Insolite : le taureau porte-bonheur de Milan a-t-il été castré ?

La légende racontée par Il Fatto Quotidiano fait remonter cette coutume au XIXe siècle. Et comme souvent en Italie, cette étrange tradition puiserait ses origines dans des rivalités citadines. “La coutume milanaise consistant à tourner le talon sur les testicules du taureau représenté sur la mosaïque s’explique par la volonté d’exprimer son mépris pour la maison royale piémontaise”, assure le média romain.

Ce taureau est en effet l’emblème de la ville de Turin, alors capitale du royaume de Piémont-Sardaigne et qui a, au cours du XIXe siècle, unifié l’Italie en englobant notamment la cité voisine de Milan. Les habitants de la ville lombarde, raconte la légende, piétinaient ainsi la partie la plus sensible du taureau turinois représenté dans la galerie Victor-Emmanuel-II. Un geste de défi, devenu avec le temps un rituel porte-bonheur pour les Milanais de passage dans ce lieu iconique.

Problème, arrivée d’Internet oblige, la tradition locale a fini par devenir un rituel prisé des touristes, et les piétinements démultipliés des attributs virils du taureau turinois ont fini par endommager la mosaïque, qui a dû être récemment restaurée. Samedi 30 mai, le nouveau taureau flambant neuf a finalement été dévoilé au public, mais comme l’explique Il Giornale, “par rapport à l’ancien, une différence se remarque tout de suite : si dans l’original les testicules du taureau étaient bien visibles car de couleur rouge, à la suite des travaux de restauration, une couleur beaucoup plus délicate et neutre a été utilisée, et par conséquent, les testicules semblent désormais avoir disparu”.

Voilà qui a suscité des commentaires ironiques en tout genre sur la toile, du “taureau transformé en bœuf” à la “transition de genre” de l’animal milano-turinois. Mais y a-t-il eu vraiment une tentative maladroite de censure puritaine ? Pour le savoir, le mieux est d’interviewer Gianluca Galli, l’homme qui s’est occupé des travaux de restauration. Un brin irrité, il confie sa version au Corriere della Sera.

La pierre rose que j’avais utilisée lors de la dernière restauration en 2017 n’était plus disponible, j’ai donc utilisé la seule que j’ai pu trouver dans les entrepôts de la commune. Je n’ai pas l’impression que la différence soit si grande, et de toute façon il n’y a pas une version à laquelle se conformer puisque les premières photos de l’œuvre dont on dispose sont toutes en noir et blanc.” Galli conclut, philosophe : “C’est toujours la même chose, à chaque travail de restauration, tout le monde a son mot à dire. Et les premiers à parler sont ceux qui n’ont aucune compétence en la matière.”

Courrier international

 77 total views,  77 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


1 Commentaire