Bientôt la « taxe mégots »… À quand la taxe « cassoulet »?

Illustration tirée du « Tribunal du net »

Une canicule, un incendie, une taxe…

Le 5 août dernier, le député LR de l’Isère Yannick Neuder a annoncé sur X qu’il déposait une proposition de loi pour faire « prendre leur part » aux industriels du tabac dans la lutte contre les incendies de forêt.
Il vise les mégots accusés d’allumer une partie des quelque 98 000 hectares partis en fumée.
Et il a trouvé l’arme atomique : une taxe mégot», contribution de 30 centimes par paquet, qui alimenterait un fonds de 350 millions destinés notamment au SDIS, à l’Office national des forêts, au Centre national de la propriété forestière et les collectivités.

Tout fier de lui pour ce trait de génie, il s’empresse de préciser que ça ne touchera pas le portefeuille des fumeurs ni des buralistes (ils sont nombreux et votent). Seuls les fabricants trinqueraient (c’est négligeable en nombre de voix).
Il est en effet hautement probable que les producteurs, bien connus pour leur philanthropie, ne répercuteront pas la taxe dans leur prix et sacrifieront leurs marges avec le sourire.

Bien vu, M. le député Neuder !

Les mauvais esprits pourraient lui faire remarquer qu’une taxe mégot existe déjà par le biais d’une filière REP depuis 2021, portée par l’éco-organisme Alcome, mais ce serait d’une vulgaire mesquinerie.

Ceci est une belle illustration d’un réflexe national parfaitement pavlovien : à chaque drame, un nouveau prélèvement.
Ainsi, la vache folle a donné aussitôt la fameuse taxe d’équarrissage sur les achats de viande. Certes, le dispositif était si mal ficelé que la Cour de justice des Communautés européennes l’a fini par retoquer, obligeant Paris à la rembourser rétroactivement.
Le Grenelle de l’environnement de 2007 a accouché de l’écotaxe poids lourds. Ce fut là aussi un fiasco retentissant qui a fini piétiné par les bonnets rouges.
Pour sa part, la COP21 a inspiré la composante carbone.

Chaque crise sanitaire, environnementale ou médiatique trouve ainsi sa traduction fiscale. Le gouvernement montre ainsi qu’il agit « en responsabilité » en accouchant d’une nouvelle taxe que personne n’ose critiquer sous peine de faire preuve … d’irresponsabilité.

À force d’empiler ces réponses réflexes, on parvient aujourd’hui à 438 taxes, impôts, cotisations et contributions actifs en France.
Ce chiffre est probablement sous-estimé, faute de liste exhaustive. En effet, même la Cour des comptes reconnaît l’absence de tout inventaire complet et fiable de notre propre système fiscal.
La comparaison internationale est édifiante. Dans l’OCDE, la France comptabilise 199 impôts et taxes distincts quand l‘Irlande et l‘Estonie, championnes de la simplicité fiscale, plafonnent respectivement à 36 et 34.

De plus, faut bien une armée pour faire tourner cette usine à gaz. En 2024, la seule Direction générale des finances publiques employait environ 47 800 agents en équivalent temps plein pour la gestion de l’impôt auxquels s’ajoutent les 65 000 fonctionnaires des douanes et de l’Urssaf.
La Suède, pour sa part, fait tourner l’ensemble de son administration fiscale et douanière avec moins de 9 500 agents.

Bercy n’est plus une administration, c’est une pieuvre.

Dans cette ambiance, on comprend que l’inventivité fiscale de nos élus ne connaisse plus de limites.
Le jour est-il proche où l’on verra naître la taxe cassoulet au nom du climat ? La production entérique de méthane le justifierait pleinement. On peut aussi compliquer le dispositif avec un bonus/malus en fonction du pourcentage de haricots lingots dans la recette.
On pourrait tout aussi bien instaurer une taxe sur les talons aiguille afin de financer l’entretien des trottoirs malmenés par ceux-ci.

Au-delà de la plaisanterie, il n’est pas inutile de se demander à quoi bon une taxe spécifique si le poste budgétaire est d’intérêt national.

Certes, on nous brandit parfois la vertu pédagogique ou dissuasive de la taxe mais la taxe, en tant que telle, a-t-elle jamais changé un comportement ?
L’exemple du tabac invite fortement au scepticisme. Depuis 2004, les hausses continues du prix du paquet ont généré un manque à gagner de plus de 30 milliards d’euros pour l’État et de plus de 2 milliards pour les buralistes.
Et ce n’est aucunement parce que les Français auraient cessé de fumer, mais parce qu’ils se fournissent ailleurs par la contrebande ou par les achats transfrontaliers.
La fiscalité punitive n’a pas éradiqué le tabagisme. Elle a déplacé le circuit d’approvisionnement, contourné le contrôle sanitaire, et privé l’État de recettes colossales.

En l’occurrence la taxe mégot n’a aucune vertu dissuasive ni pédagogique. Faire payer le fabricant de cigarettes est un non-sens. C’est le fumeur qui choisit de les jeter au sol ou dans un cendrier.

Il faut se souvenir que l’Histoire a souvent été façonnée par la fiscalité.
En France, en 1675, la révolte du papier timbré a embrasé la Bretagne et le Bordelais : Louis XIV voulait taxer les actes notariés, l’étain, le tabac ; les paysans bretons portant des bonnets rouges ont brûlé les papiers timbrés mais aussi les châteaux.
Trois siècles et demi plus tard les mêmes Bretons, excédés par l’écotaxe, reprennent en toute connaissance de cause le nom de « Bonnets rouges ».

La Révolution française a eu également une forte composante fiscale. Les États Généraux de mai 1789 avaient pour but de financer le déficit abyssal de la France en augmentant les impôts. Toute ressemblance avec une situation existante ne serait que pure coïncidence…

Dans d’autres pays, le même mécanisme se vérifie. Le thé jeté dans le port de Boston en 1773 a sonné le glas de l’autorité britannique sur ses colonies, au cri de « no taxation without representation ».

À chaque fois, la mécanique est la même : ce n’est pas l’impôt en soi qui met le feu aux poudres, c’est le sentiment de son iniquité, de son absurdité, ou de son cumul sans fin.

Avec 438 ponctions, la France ferait bien de relire son histoire avant que ne ressortent au mieux les bonnets rouges, au pire la belle invention du docteur Guillotin.

Raoul Girodet

 10,896 total views,  1,188 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


22 Commentaires

  1. Entre autres, vous avez oublié de « porter » dans cette rubrique celle de l’impôt des « portes et fenêtres »…. Qui aurait pu conduire Madame Claude à la fermeture des maisons closes 😀

  2. Il eût été plus judicieux et de simple bon sens de proposer l’interdiction de fumer des clopes en voiture, habitacle confiné er réduit toxique pour les passagers non fumeurs, par temps de canicule (au minimum). Qu’en pensent les lecteurs ?

  3. Il faut dire que dans un excès louable d’autoritarisme, visant à imposer une diminution de la consommation de tabac, on a interdit les cendriers dans les voitures.
    Auparavant le fumeur pouvait éteindre sa cigarette dans le cendrier, maintenant, il la jette par la fenêtre.
    Et voilà le résultat de décisions arbitraires stupides, qui veulent forcer les gens au lieu de les éduquer.
    On n’obtient rien par la force, sinon le chaos.

  4. On voudrait connaître les noms de ceux qui ont été mis en garde à vue, voire improbablement condamnés. On sait qu’il y a une population qui par haine de la France, veut la faire brûler.

  5. Bientôt les flatulences même chez soi seront punies d’une amende de 1ere classe pour pollution atmosphérique. Une alarme couinera et les flics radineront dans les 10 minutes.

  6. A cause des attaques à l’arme blanche par lesadeptes de la religion amour et de paix (pets) on ne peux même plus avoir un couteau de poche sur soi sans risquer une forte amende, notre liberté fout le camp de jour en jour! Se faire un sandwich, trancher un saussisson, éplucher un fruit, c’est terminé.

  7. Ni cette taxe mégot, ni les peines dérisoires ne vont arrêter les pytomanes, vu les centaines de maisons brûlées et morts c’est aussi grave que quelqu’un qui fonce dans la foule ou ouvre le feu à l’arme automatique, le rétablissement de la peine de mort pour tous ces criminels.

  8. Un mégot ne peut déclencher un incendie que si il a été allumé par une allumette ou un briquet.
    Allez on taxe les allumettes et les briquets pour faire bonne mesure.

  9. Ce député LR , ferait mieux de réfléchir et de proposer , des solutions , pour sortir la France du marasme économique , de la gestion catastrophique par son taux d’endettement et de son déficit des comptes publiques , il ferait mieux de s’inquiéter , sur le taux record de faillites d’entreprises toutes tailles confondues , de commerces , la chute de sa production , contributeurs de la croissance nationale , mais qu’est ce qu’ils espèrent , en surtaxant , en imposant tout , sur tout et partout , se substituer à la croissance , qu’il n’y a plus ??? Les économies qu’ils feraient d’un coté sont inférieur aux dépenses d’état

  10. Ces gens sont fous. Des taxes pour tout et n’importe quoi. Il faudrait faire le calcul pour savoir approximativement ce que chaque individu paye en taxes et impôts sur le mois.

  11. Faites savoir concrètement au député aspirant racketteur Yannick Neuder que vous partagez pleinement l’opinion exprimée dans cet article :
    L’IMPRIMER et l’ENVOYER par La Poste à son adresse postale à l’Assemblée et/ou en circonscription :
    https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA794038
    Pour imprimer l’article facilement, cliquer sur l’icône « + » blanc sur fond bleu en toute fin d’article puis sélectionner PrintFriendly.
    Cliquer, pour les effacer, sur tous les éléments « parasites » à la fin.
    Choisir Style> Texte 120% Images 25%
    Cliquer sur PDF, choisir Taille de page A4, générer-télécharger le PDF et imprimer les quatre pages en deux feuilles, la première recto puis verso, page 1 puis 2 au dos, ensuite pages 3 et 4 idem sur une deuxième feuille.
    Au bas de la dernière page, rajouter, à la main ou avec https://www.ilovepdf.com/edit-pdf :
    Lu et approuvé
    signé de votre prénom et ville.
    Mettre les deux feuilles dans une enveloppe, écrire nom et adresse, timbrer et poster.

  12. Dans la même veine, il faudrait une très, très grosse taxe sur les allumettes, mais une vraie mahousse. Pour qu’il y est un incendie il faut des allumettes et la volonté de s’en servir. Je pourrai même vous expliquer comment mettre le feu à un département avec une grosse boîte d’allumettes avec un ingénieux système « retard » vous permettant de fuir le lieu de votre forfait avant le début des flammes. Le mégot mettant le feu, c’est de la blague, ou alors de façon extrèmement marginale..

    • Je pense aussi qu’il doit être extrêmement rare qu’un mégot déclenche un feu. Il faut vraiment un terrain propice.

      • Bonjour,

        Les feux sont possibles;

        Si 40% d’humidité sol, 40Km/h de vent, 50/55% Humidité Air.

        Cela se produit, rarement, pour UN MEGOT ET Un SEUL MEGOT!

        En revanche, un cartouche de mègots(200 cigs)( enorme gag) ou autres, mais PLUS certain 1 à 2l d’essence , plus du diesel x3/essence et un disikilbri payé par un vendeur de pales ou de solaires ou de chariah.

        Qui fait ou/et/ font partir des feux depuis plusieurs points à distances differentes…

        Cherchez/trouvez, Feux dans l’Aude en septembre 2025…

        Un demarreur, essence, un carburant, diesel/huile/keroséne, et les conditions precités/ comburants( le vent/Air sec) et matières inflammables.
        Stop aux conneries,
        Le megot et la cannette, mais Par bLeu non !

  13. Comme on ne les croit plus,on va la jouer sournoise. Honnêtement lois ils s’en foutent,ils sont les premiers à ne pas les respecter(voir l’accident de raffarin et de son, chauffeur dernièrement).C’est leur nom qui va avec,qui les intéresse,loi tartempion, loi inutile,loi gabgie,et j’en passe,ils ont tellement envie d’exister,que avant qu’on les vire,ils se dépêchent d’inscrire leur nom à la postérité.Fini les grands hommes,nous n’avons que des nains de jardin(oui,ce n’est pas gentil pour eux)Quand je vois les rues de nos villes avec tous ces grands noms,on ne peut que s’incliner devant toutes ces grandes choses qu’ils ont réalisées,militairement souvent,ou au travers des oeuvres qu’ils ont crées.Allez tous vous rhabiller(je suis poli)politiques de malheurs vous ne savez créer que malheurs et pauvreté,et violences…..