Le résultat des élections en Israël a montré une fois de plus la nocivité d’un système proportionnel quasiment intégral.
L’émiettement en de trop nombreux partis est là. Le poids disproportionné donné à des petits partis est là aussi. L’égoïsme de dirigeants politiques faisant passer leurs querelles personnelles avant les intérêts du pays est là encore. À mes yeux, Israël devrait changer de mode de scrutin et passer à un système majoritaire à deux tours, celui qui existe en France, ou, mieux encore, à un système majoritaire à un seul tour qui favorise les regroupements en grandes coalitions au sein desquelles des élections primaires peuvent être organisées pour départager les candidats.
Ce que montre le résultat est un recul de la coalition dirigée par Binyamin Netanyahou, et ce recul me semble très regrettable. Nul dirigeant israélien n’est plus à même que Binyamin Netanyahou d’assurer le travail de premier ministre dans une période complexe où Israël est toujours confronté à la situation non résolue dans la bande de Gaza, et à la guerre inachevée contre le Hezbollah et contre le régime iranien. Nul n’est plus à même que Binyamin Netanyahou pour gérer tout cela avec Donald Trump, face à un parti démocrate devenu très anti-israélien (et qui peut gagner mardi prochain), et face à l’opinion publique américaine, au sein de laquelle le soutien à Israël fléchit. Binyamin Netanyahou est sans doute le plus grand homme d’État en exercice au sein du monde démocratique aujourd’hui et l’un des plus grands hommes d’État de l’histoire d’Israël, ce doit être rappelé sans cesse.
Haine et diffamation
Les campagnes de haine et de diffamation menées contre lui en Europe et par les médias et les politiciens de gauche américains n’existent que parce qu’il est droit, lucide, et ne fléchit pas, et sont fondamentalement des campagnes de haine anti-israélienne. En Europe et chez les journalistes et politiciens de gauche américains, seuls sont appréciés les premiers ministres israéliens de gauche, et ils sont appréciés parce qu’en général, ils mettent en danger Israël, ce qui conduit à des morts d’Israéliens qui auraient pu être évitées.
- Yitzhak Rabin et Shimon Peres ont commis des erreurs tragiques et très lourdes de conséquences, Ehud Olmert a été un Premier ministre médiocre.
- Ehud Barak a pris des décisions catastrophiques pour Israël et pour le Liban.
- Ariel Sharon, qui a glissé à gauche à la fin de sa vie, a été responsable de la transformation de la bande de Gaza en Hamastan à buts génocidaires.
Les deux premiers ministres les plus appréciés par les ennemis d’Israël ont été les deux premiers cités, et ils ont été responsables de l’abomination appelée accords d’Oslo, et de tous les attentats atroces qui ont suivi la création d’une entité terroriste arabe au sein de la Judée-Samarie.
Hélas, les campagnes de haine et de diffamation ont aussi été menées contre Netanyahou au sein d’Israël, et les responsables des atroces massacres du 7 octobre 2023 sont au premier chef les membres de l’administration Biden, qui ont levé nombre des sanctions mises en place par Donald Trump contre le régime iranien et permis à celui-ci de verser ou de dégeler des milliards de dollars que ledit régime a utilisés pour financer le Hamas. Mais, je le souligne, les autres responsables des massacres sont ceux qui ont désorganisé Israël par des manifestations et des émeutes incessantes, par des appels à la désobéissance civile au sein de l’armée et chez les réservistes et par des mensonges odieux déversés sur Netanyahou et son gouvernement, et ces gens ont du sang juif israélien sur les mains.
Sont responsables aussi des massacres les membres des services de renseignement israéliens qui ont mal estimé la situation et qui n’ont pas transmis des renseignements au Premier ministre, qui ne pouvait pas prendre de décisions sans avoir été informé. Tous les politiciens qui incriminent Netanyahou pour le 7 octobre et disent qu’il aurait dû démissionner sont d’une totale mauvaise foi et devraient être considérés comme indignes de se voir confier la moindre responsabilité gouvernementale, et je sais, hélas, que certains d’entre eux peuvent accéder à des responsabilités gouvernementales. Tous ceux qui disent que Netanyahou aurait dû créer une commission d’enquête portant l’empreinte de la très irresponsable et très à gauche Cour Suprême israélienne sont, en soi, tout aussi indignes de se voir confier la moindre responsabilité gouvernementale. Même s’ils ne le disent pas, ils sont fondamentalement de gauche et dangereux pour Israël. Et oui, ils ont dans leurs rangs Gadi Eisenkot, dont nombre de déclarations récentes ont été lamentables. Et le comportement de Gadi Eisenkot pendant la guerre contre le Hamas, à mes yeux, a été très loin d’être exemplaire et a montré une bien trop grande flexibilité, celle qui permet de reconnaître les hommes de gauche.
Malgré les attaques, malgré les insultes et la diffamation, malgré aussi les attaques infondées qu’il subit d’une justice politisée indigne des valeurs fondatrices d’Israël, Binyamin Netanyahou a réussi à maintenir le Likoud au premier rang des partis politiques israéliens, et c’est remarquable, mais (hélas encore) insuffisant pour qu’Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich restent au sein d’une coalition gouvernementale.
L’ajout des partis religieux ne permet pas d’arriver à soixante et un sièges, et je comprends que l’hostilité des dirigeants de ces derniers à la conscription des ultra-orthodoxes étudiant dans les yeshivas constitue un problème qu’il faudra résoudre. Mais je le dis : c’est l’accord passé avec eux qui a permis à Binyamin Netanyahou de gouverner, et s’il avait trouvé d’autres alliés fiables attachés au judaïsme et à l’État d’Israël davantage qu’à leur petite cuisine politique, il aurait pu en être autrement, mais pour l’heure, ces alliés sont introuvables.
Arrogance
Si la coalition Netanyahou sortante ne peut constituer une majorité et ne disposera que de 53 sièges (il en faudrait huit de plus pour avoir une majorité à la Knesset), l’ensemble hétéroclite de centre gauche et de gauche hostile à Netanyahou et qui prétendait avec arrogance et hargne le renverser n’est pas arrivé à ses fins et a obtenu un score inférieur (48 sièges) à celui de la coalition Netanyahou, et il est heureux qu’il en soit ainsi. J’ai dit plus haut ce que je pensais de Gadi Eisenkot, qui est son chef de file. Ce que je pourrais dire de Naftali Bennett n’est guère plus positif : il semblait imprégné d’idées de droite solides avant de s’allier avec Yair Lapid et Mansour Abbas, et il a nui à la sécurité d’Israël en peu de temps, cédé la place, comme c’était prévu par leur alliance, à Lapid, un homme de centre gauche, et ce gouvernement bric-à-brac est tombé, ce qui a conduit à de nouvelles élections qui ont permis le retour triomphal et salubre de Netanyahou.
Cet ensemble hétéroclite anti-Netanyahou ne peut lui non plus pas constituer une majorité, et le peut moins encore que la coalition Netanyahou sortante : sa seule issue serait de recevoir un soutien sans participation des élus des listes arabes, ce qui, trois ans après le 7 octobre 2023 serait une trahison de toutes les valeurs fondatrices d’Israël, et même si des membres de cet ensemble l’envisageaient, il serait impensable que tous ses membres puissent l’envisager. Des responsables des partis orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah ont envisagé d’apporter un appui à un gouvernement minoritaire Eisenkot à condition que ce gouvernement accepte ce que Netanyahou a dû accepter : l’exemption de service militaire pour les ultra-orthodoxes étudiant dans les yeshivas. Une option totalement inacceptable pour Avigdor Lieberman, qui est d’une hostilité irréductible envers les partis religieux et sans doute inacceptable pour Eisenkot.
Arabes israéliens
Doit être ajoutée à tout cela la mobilisation des électeurs arabes israéliens, et les résultats obtenus par les deux listes arabes doivent être regardés en face : Ra’am a obtenu 9 sièges et la Liste unifiée (Hadash, Ta’al, Balad), onze sièges, ce qui fait 19 sièges en tout. Il y a eu une forte mobilisation arabe, et cette mobilisation montre que les Arabes israéliens, musulmans pour l’essentiel d’entre eux, ne s’intègrent pas à Israël et ont les mêmes réflexes politiques que les musulmans vivant en Europe occidentale et aux États-Unis : plutôt qu’être heureux et emplis de gratitude envers un pays qui leur donne démocratie, droits humains, liberté d’entreprendre, développement économique, ils restent imprégnés de ressentiment et souvent de haine, ce qui est logique : l’islam est fondamentalement incompatible avec les valeurs occidentales, et en supplément, la propagande des organisations terroristes « palestiniennes » s’ajoute.
Mansour Abbas, qui est à la tête de Ra’am, un mouvement issu de la branche sud du Mouvement islamique en Israël, ne considère pas que le Hamas est une organisation terroriste, et cette position est la même que celle de la plupart des Arabes israéliens (et, de fait, la même que celle de La France insoumise en France). Le Hadash, communiste, est la composante majeure de la liste unifiée. Ta’al est un peu plus modéré et se dit nationaliste. Balad est un parti d’extrême gauche « antisioniste ». Tous les partis arabes israéliens refusent de reconnaître Israël en tant qu’État juif et démocratique et, avec des nuances diverses, soutiennent la « lutte armée » contre Israël.
Le gouvernement israélien sortant a envisagé d’interdire la participation de ces partis arabes aux élections, disant que participer aux élections d’un pays dont on ne reconnaît pas pleinement l’existence, les valeurs et les institutions tout en soutenant des organisations qui veulent la destruction de ce pays ne devrait pas être possible. Et c’est un argument parfaitement recevable. Cela dit, mieux vaut savoir ce que la population arabe israélienne pense et veut, et mieux vaut donner à ces partis la possibilité de s’exprimer que les réduire au silence, car le silence pourrait permettre à certains d’ignorer ce que la population arabe israélienne pense. Et ce que cette population pense est inquiétant, et devrait rendre totalement inenvisageable la participation des partis arabes israéliens à un gouvernement, et même exclure la possibilité qu’un gouvernement dépende de l’appui de ces partis. Le fait que 20 pour cent de la population israélienne soit arabe et essentiellement musulmane est un grave problème pour un pays sans cesse agressé par des organisations que ces 20 pour cent, pour l’essentiel, soutiennent. Melanie Phillips parle du résultat obtenu par les listes arabes israéliennes comme d’un « 7 octobre démocratique ».
Pas d’issue positive
Il n’y a pas d’issue positive qui puisse être envisagée au résultat de l’élection. L’une des issues est le retour des Israéliens aux urnes, mais ce ne serait pas optimal du tout dans un contexte où les guerres contre le Hamas, le Hezbollah et l’Iran sont inachevées. Il faudrait, le cas échéant, espérer des résultats différents, et cet espoir risquerait d’être déçu.
Une autre issue serait la composition d’un gouvernement d’union rassemblant le Likoud et des partis composant le bloc anti-Netanyahou, et excluant Itamar Ben Gvir, Bezalel Smotrich et les partis religieux. Ce serait peut-être un moindre mal, mais cela impliquerait l’entrée au gouvernement de gens qui ont montré qu’ils n’étaient pas fiables, pas très solides, souvent insultants envers Binyamin Netanyahou. Et ce serait un gouvernement bancal.
Cela me renvoie à ce que j’écrivais au début de cet article : le scrutin proportionnel conduit à un émiettement politique délétère et donne un poids disproportionné à des petits partis. S’ajoute l’égoïsme myope de dirigeants politiques qui ne se conduisent pas en hommes d’État. S’ajoute aussi l’attitude irresponsable de la plupart des grands médias israéliens, celle de la Cour Suprême israélienne et celle de la justice israélienne.
Il a fallu beaucoup de solidité et de savoir-faire à Binyamin Netanyahou pour gouverner dans ces conditions et pour le faire remarquablement.
Un espoir
Mon espoir est qu’il puisse, malgré tout, continuer. Les guerres contre le Hamas, le Hezbollah et l’Iran sont inachevées, oui, et doivent être menées à leur terme. Les deux dernières années de la présidence Trump doivent permettre ce résultat et, Trump et Netanyahou n’ont pas perdu l’espoir que cela soit possible, conduire à des accords d’Abraham approfondis et élargis. Seul Binyamin Netanyahou peut avancer dans cette direction, et je regrette infiniment qu’il n’y ait pas davantage d’Israéliens pour le voir.
Après 2028, les conditions pour Israël seront moins favorables.
Si Vance est le candidat républicain et est élu, une administration américaine davantage tentée par l’isolationnisme et moins ouverte au soutien à Israël prendra place. Si un démocrate succède à Trump, l’alliance entre les États-Unis et Israël sera tout au bord de la rupture. Binyamin Netanyahou ne cesse de dire qu’Israël doit davantage compter sur ses propres forces et que le peuple israélien doit faire preuve de lucidité. Il a entièrement raison.
© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.
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