La Pologne va-t-elle exploser entre les anti et les pro UE ?

 La Pologne  est apparemment en pleine crise institutionnelle, la plus grave depuis 1989.
Depuis vendredi soir, la police anti-émeute bloque le Tribunal constitutionnel.
C’est l’explosion d’un conflit qui dure depuis 2015 !!!
D’un côté le Premier ministre Donald Tusk, revenu au pouvoir en décembre 2023 avec sa coalition pro-européenne. Pro-UE donc pro-migrants et pro-euro…
De l’autre: le Président de la République Karol Nawrocki, élu en juin 2025 avec le soutien du PiS national-conservateur, et qui a le pouvoir de veto et de nomination des juges.
Vendredi, une juge nommée par Tusk, Anna Korwin-Piotrowska, a annoncé suspendre le président du Tribunal, Bogdan Swieczkowski, un proche du PiS, et prendre l’intérim. Le ministre de la Justice de Tusk a demandé la levée de son immunité. La police est intervenue.
Le président Nawrocki a interrompu son voyage au Sénégal, est rentré d’urgence et dénonce « un coup d’État, une prise de force d’un organe constitutionnel ». Tusk répond: « Rétablir l’État de droit est notre devoir. Après des années d’illégalité sous le PiS, c’est un processus difficile. »
Hier samedi, Nawrocki a convoqué tous les partis au Palais présidentiel pour trouver une issue. La Coalition de Tusk a refusé d’y aller. Le pays a deux légitimités qui ne se reconnaissent plus.
En parallèle, jeudi, le chef du PiS Jaroslaw Kaczynski a créé un séisme en évoquant pour la première fois l’hypothèse d’un « Polexit »: une sortie de l’UE si Bruxelles ne supprime pas la Commission européenne, qu’il qualifie « d’organe très néfaste ». Tusk a répliqué: « Je n’entends pas perdre cette lutte acharnée. »
Qui sont les « européistes »?
Ce n’est pas un parti, c’est une coalition au pouvoir depuis 2023:
La Coalition Civique (KO) de Donald Tusk – centre-droit libéral, c’est le pilier
La Troisième Voie – centristes et agrariens (PSL)
La Gauche (Lewica) – gauche sociale-démocrate
Leur socle sociologique: grandes villes (Varsovie, Gdansk, Wroclaw), jeunes diplômés, entrepreneurs, une partie de l’administration.
Que veulent-ils?
Débloquer l’argent européen : Le PiS était en conflit avec Bruxelles pour ses réformes judiciaires jugées contraires à l’État de droit. Tusk a permis de débloquer les fonds de relance et vient de toucher 43,7 milliards d’euros du fonds européen de défense SAFE.
Restaurer l’État de droit à leur façon : Annuler les nominations de juges faites par le PiS depuis 2015 au Tribunal constitutionnel, à la Cour suprême et au Conseil de la magistrature, qu’ils jugent politisées.
Ils veulent plus d’intégration européenne, ils soutiennent la primauté du droit européen sur le droit polonais, l’intégration de la défense européenne, le soutien total à l’Ukraine… 
Libéralisation sociétale: Assouplissement de la loi sur l’avortement quasi-interdite sous le PiS.
Leurs opposants (PiS et nouveau président) les accusent de vouloir faire de la Pologne une province de Berlin et de Bruxelles.
Le rôle très particulier de Donald Tusk
Tusk n’est pas un Premier ministre normal. C’est l’homme le plus européen de Pologne.
Ancien Premier ministre (2007-2014), il a fait entrer la Pologne dans le cœur de l’UE.
Président du Conseil européen (2014-2019): pendant 5 ans, il a été le patron des 27 chefs d’État européens, l’homme qui parlait au nom de l’UE face à Trump, Poutine, et pendant le Brexit. Il connaît tous les couloirs de Bruxelles par cœur.
Rentré en Pologne en 2021 pour reprendre la tête de l’opposition contre le PiS, avec le soutien ouvert de Bruxelles et de Berlin.
Pour ses partisans, c’est le seul capable de ramener la Pologne en Europe et de restaurer la démocratie. Pour ses adversaires, c’est « l’homme de Berlin et de Bruxelles », qui applique à Varsovie l’agenda de la Commission européenne.
C’est pour ça que la crise actuelle est existentielle et nous concerne tous : Tusk estime que sans reprendre le contrôle du Tribunal constitutionnel, il ne peut ni réformer la justice, ni sécuriser les élections législatives de novembre 2027 qui s’annoncent extrêmement serrées. Le président Nawrocki, lui, estime que Tusk détruit la Constitution pour garder le pouvoir.
La Pologne est aujourd’hui coupée en deux, avec d’un côté un gouvernement pro-européen qui contrôle le Parlement et Bruxelles, et de l’autre un président nationaliste qui contrôle le veto présidentiel et l’armée…
Pour en savoir plus :
A suivre !
Jeanne La Pucelle

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