L’Empire britannique et le miroir aux alouettes du foyer juif en Palestine

Noblesse oblige. Tandis que les empires coloniaux d’Europe se partageaient le monde à cœur joie, découpant les cartes au gré de leurs seuls intérêts, les Britanniques, au lendemain de la Shoah, ont feint une générosité audacieuse. Une bienveillance calculée, mais profondément faussée à sa racine… Quelle sinistre plaisanterie de mauvais goût ! Héritiers du mandat sur la Palestine, les Anglais, loin de chercher un refuge digne pour les rescapés juifs de l’enfer européen, se sont d’abord empressés de servir leurs propres ambitions. C’est ainsi qu’ils amputèrent la Palestine mandataire de 77 % de son territoire pour en faire don aux hachémites, payant là leur dette politique pour la révolte contre l’Empire ottoman.

Quelle justice, me direz-vous, pour un peuple traqué, persécuté, assassiné, et de tout temps désigné comme le bouc émissaire des malheurs du monde ? On l’isola du reste de l’humanité, comme pour mieux orchestrer sa disparition définitive et effacer sa présence du panorama des nations. Pourtant, ces hommes obstinés refusaient de s’éteindre, bravant l’indifférence et le cynisme de l’Occident. Quant aux malheureux 23 % restants, si « bénévolement » concédés aux survivants d’une Europe corrompue jusqu’à la moelle, ils furent assortis de conditions draconiennes. Rappelons les termes de la Déclaration Balfour : le Royaume-Uni se déclarait favorable à l’établissement en Palestine d’un « foyer national pour le peuple juif », tout en verrouillant le texte par une clause stipulant que ce projet ne devait pas porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives.

Un présent empoisonné, en somme. Face à la contestation des populations arabes de la région, la Couronne britannique publia ses Livres blancs, restreignant drastiquement l’immigration des Juifs en Palestine, avant de subordonner ce minuscule reliquat territorial à la création d’un État palestinien. Un chef-d’œuvre de diplomatie hypocrite, comme si tout avait été orchestré pour destituer les Juifs de leurs droits ancestraux sur cette terre.

Depuis lors, le peuple juif demeure la cible d’une hostilité multiforme, nourrie par les armes, l’entraînement militaire des nations arabes, la terreur et une haine viscérale de l’Autre. Cet Autre, le Juif, que les dirigeants arabes, à l’instar de la dynastie saoudienne, refusent de regarder en face. Ces princes et souverains musulmans, qui osent porter le nom de Salman ou de Ben Salman, semblent avoir oublié la sagesse et l’équité du Salomon originel, le roi biblique célèbre pour sa justice. Ce sont les mêmes qui réclament aujourd’hui un État palestinien, non par intérêt réel pour ce peuple, mais pour flatter le ressentiment de foules nourries depuis des générations par l’antijudaïsme. Ces musulmans, qui portent pourtant des noms prophétiques et bibliques comme Ibrahim (Abraham) ou Daoud (David), refusent de relire les textes sacrés, et le Coran lui-même, où il est explicitement mentionné que la terre d’Israël fut promise par Dieu au peuple juif.

Où cette impasse nous conduit-elle ? À l’éternisation de la haine ou à une impossible réconciliation ? Le Juif, lui, persiste à tendre la main, revendiquant sa fraternité avec les chrétiens et les musulmans, au-delà des divergences théologiques et des récits historiques qui séparent les croyances. En réponse, le fanatisme envoie ses enfants périr au nom d’un djihad destructeur, tandis que le Juif continue de pleurer ce fratricide absurde, condamné à enterrer ses enfants au lieu de les voir grandir et célébrer la vie.

Là où la dévotion est dévoyée, certaines mères ne pleurent plus leurs fils, bercées par l’illusion qu’un martyre guerrier leur ouvrira les portes d’un paradis aux soixante-douze vierges. Face à cette tragique abdication de la raison, l’erreur demeure fatale et la bêtise universelle dicte sa loi. Et le troubadour, solitaire, continuera d’entonner son chant, portant le faible mais tenace espoir d’un monde enfin réaliste, plus juste et plus humain.

Thérèse Zrihen-Dvir

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