Hommage à Lucrèce qui nous a libérés des Dieux (2)

Première partie : https://resistancerepublicaine.com/2026/10/09/hommage-a-lucrece-qui-nous-a-demontre-que-les-dieux-se-fichaient-des-hommes/

 

Seconde partie 

En retirant les dieux et la magie de l’explication de la nature, Lucrèce a posé la règle d’or de la méthode scientifique : expliquer le monde physique uniquement par des causes physiques. Des penseurs comme Gassendi, Galilée ou Newton se sont tous approprié l’atomisme pour bâtir la science moderne.

Or, la redécouverte du manuscrit de Lucrèce au XVème siècle est un vrai  hold-up intellectuel par l’Eglise !

Pendant tout le Moyen Âge, le poème de Lucrèce a été totalement occulté par l’Église  qui rejetait en bloc ce matérialisme sans Dieu et cette idée que l’âme meurt avec le corps. Le livre a été brûlé, caché, interdit… On le pensait définitivement perdu.

L’histoire bascule pendant l’hiver 1417, en plein Concile de Constance. Poggio Bracciolini (dit Le Pogge), un humaniste italien et secrétaire papal brillant, profite des temps morts du concile pour faire ce qu’il préfère : chasser les vieux textes oubliés. 

Il se rend dans la bibliothèque d’un monastère (probablement l’abbaye de Murbach en Alsace ou celle de Fulda en Allemagne). Au fond de rayons poussiéreux, il met la main sur l’ultime copie survivante du De rerum natura.  Conscient de tenir une bombe philosophique, Le Pogge fait recopier le manuscrit par un scribe et envoie le texte à ses amis érudits en Italie. 

 L’historien Stephen Greenblatt a consacré un livre célèbre à cet événement,  Quattrocento, démontrant que la réapparition de ce poème a été l’étincelle qui a propulsé l’Europe vers la Renaissance et les sciences modernes en brisant le monopole théologique sur le savoir.

 

 

 

 

L’apparition de la vie : comment Lucrèce résonne avec la biologie actuelle

Dans le Livre V de son œuvre, Lucrèce propose une vision de l’origine et de l’évolution de la vie sans intervention divine. Sa pertinence face à la biologie moderne est stupéfiante.

L’abiogenèse : la vie qui naît de la matière inanimée

Lucrèce explique que la Terre primitive, alors jeune et gorgée d’humidité et de chaleur, a spontanément généré les premières créatures vivantes à partir de combinaisons fortuites d’atomes, par exemple des espèces d’ « utérus » ancrés dans le sol.

On retrouve la même idée ( plus de 2000 ans après Lucrèce !!! en biologie moderne : c’est le concept de « l’abiogenèse » ou de la « soupe primitive » (expérimentée par Miller-Urey) en 1953). La science moderne cherche précisément à comprendre comment des molécules inanimées de carbone, d’hydrogène et d’azote se sont assemblées pour créer la première cellule vivante.

La sélection naturelle avant l’heure

Lucrèce écrit que la Nature a d’abord produit une multitude de monstres et de créatures bizarres (manquant de pieds, aveugles ou stériles). Ces êtres inadaptés n’ont pas pu se nourrir, fuir le danger ou se reproduire, et ont fini par s’éteindre. Seuls ceux dotés d’organes fonctionnels ont survécu et perpétué leur espèce.

En biologie moderne c’est le fondement exact de la théorie de l’évolution de Charles Darwin. Lucrèce rejette l’idée que les animaux ont été dessinés pour remplir une fonction (les yeux n’ont pas été créés pour voir, mais parce que les yeux se sont formés, la créature a pu voir et donc survivre). C’est le triomphe du mécanisme sur le créationnisme.

 L’ADN et la transmission : le code secret

Lucrèce expliquer pourquoi un lion engendre toujours un lion et un mouton un mouton, il affirme qu’il existe des « semences (semina) « ou des agencements d’atomes spécifiques cachés dans les corps, qui transmettent invariablement les caractères d’une génération à l’autre.

En biologie moderne il suffit de remplacer les « atomes spécifiques » par « gènes » ou « molécules d’ADN ». C’est absolument stupéfiant et admirable ! L’intuition   qu’il existe un code matériel, une configuration physique interne dictant la forme et le comportement des êtres vivants, ! C’est le cœur même de la génétique moderne !

Christine Tasin

Je m’arrêterai ici pour cette seconde partie. Je réfléchis à une troisième qui serait à la fois plus littéraire et plus philosophique pour gloser sur les vers les plus connus de Lucrèce, le plaisir d’être à l’abri sur le rivage quand des marins se battent pour survivre sur leurs bateaux et au sens du plaisir qui, chez Lucrèce, naît simplement de la fin d’une souffrance… On est aux antipodes d’un Sade, par exemple. On pourrait aussi évoquer, tout aussi rapidement ce qui suppose forcément simplifications, la notion du bien et du mal et enfin j’aimerais évoquer le fabuleux prêtre  Gassendi qui a réussi le tour de force de « christianiser  » Lucrèce ! 

Pour une autre fois peut-être ?

 

 

 

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