Que s’est-il passé?
Le 21 septembre, le Wall Street Journal révèle que SpaceX a discrètement cessé de commercialiser des vols de sa fusée Falcon 9 au-delà de 2028. L’info a été confirmée par Le Monde: le carnet de vol est déjà plein jusqu’à cette date, et plus aucun nouveau client commercial n’est accepté.
Epoch Times en rajoute en disant « l’Europe sans fusée » — ce n’est pas faux, mais ce n’est pas toute l’histoire.
Qui décide? Musk ou les Américains?
Ce n’est pas la NASA, ce n’est pas la Maison Blanche. C’est une décision industrielle de SpaceX elle-même.
SpaceX n’a jamais commenté officiellement, mais deux documents expliquent tout:
Dans ses documents d’introduction en Bourse de mai 2026, SpaceX a prévenu que les lancements de Falcon 9 iraient « décroissant dans le temps ».
Sa présidente Gwynne Shotwell l’a résumé cet été: « si nous ne rendons pas nos propres produits obsolètes, quelqu’un d’autre le fera ».
La stratégie est signée Musk : sacrifier le produit star pour pousser le suivant.
Pourquoi? Trois raisons:
Starship arrive. La nouvelle fusée géante a commencé sa vie commerciale le 28 septembre. Elle peut mettre 100 tonnes en orbite contre 22 tonnes pour Falcon 9, et emporter 60 satellites Starlink V3 d’un coup contre une poignée aujourd’hui. La place en usine, les pas de tir, les équipes: tout doit migrer vers Starship.
Starlink passe en V3. Les nouveaux satellites gèrent 10 fois plus de données. Pour déployer la constellation de nouvelle génération et atteindre 168 millions d’abonnés visés, SpaceX a besoin de toute sa propre capacité. Elle l’écrit noir sur blanc: elle pourrait « privilégier ses propres charges utiles plutôt que de nouveaux clients tiers ».
Falcon 9 ne disparaît pas tout de suite. Les missions déjà contractées, et les vols pour la NASA vers l’ISS jusqu’en 2030, continueront. Ce qui s’arrête, c’est la vente de nouveaux tickets au grand public.
Conséquences prévisibles
Pour le monde : pénurie. La fusée Falcon 9 a tiré 165 fois en 2025, soit un tir tous les deux jours. 80% de la masse mondiale mise en orbite, c’était elle. Sans elle, tout le marché des satellites est en stress.
Pour l’Europe: c’est un « triple électrochoc » comme le dit Les Echos. On avait utilisé SpaceX pour compenser les retards d’Ariane 6. Or Ariane 6, entrée en service en juillet 2024, n’a tiré que 4 fois en 2025 et vise 9 à 10 tirs par an au mieux en 2027, et elle souffre déjà d’un aléa technique. Résultat: Vega C et Ariane 6 ont un carnet qui explose, mais ne peuvent pas absorber. Le patron de l’ESA (Agence Spéciale Européenne), Josef Aschbacher, prévient déjà qu’on risque de manquer de lanceurs en 2030.
Donc risque de retards pour Galileo, pour Iris², Internet souverain européen, pour Eutelsat OneWeb. Les prix des lancements vont remonter.
Bonne ou mauvaise chose ?
À court terme, très mauvaise pour l’Europe. Elle nous montre notre dépendance totale. On a cru qu’on pouvait louer un taxi américain en attendant notre bus, et le taxi vient de nous dire qu’il ne prend plus de clients.
À long terme, c’est peut-être une bonne claque nécessaire. Ça libère des parts de marché pour les concurrents. Arianespace vient d’annoncer 10 nouveaux contrats Ariane 64 en septembre, Avio (Vega) dit recevoir des clients refusés par SpaceX. Et surtout, ça force l’Europe à trancher: on finance vraiment la réutilisable (MaiaSpace, The Exploration Company) ou on reste avec une Ariane 6 consommable qui n’a aucune réutilisation.
Bref, en un mot, Musk n’a pas tué Falcon 9 pour embêter l’Europe. Il l’a tuée pour se forcer à réussir Starship. Et nous, on se retrouve sans plan B parce qu’on n’a pas investi assez vite dans le nôtre.
Bay
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