Paris préfère l’argent des pétromonarchies musulmanes à celui de Trump

Campus IA en Seine-et-Marne, rénovation du Centre Pompidou, prises de participation… Et, bien sûr, les trois parcs d’attractions censés ouvrir près de Cergy (Val-d’Oise). Face à la nouvelle donne mondiale, entre reflux des capitaux américains et méfiance vis-à-vis de la Chine, l’argent des pétromonarchies comme l’Arabie saoudite irrigue la région. Une chance pour l’emploi ou un danger pour notre souveraineté ?

Des montants stratosphériques pour des projets monumentaux. Et de moins en moins discrets. C’est ainsi que l’on peut qualifier l’intérêt grandissant des monarchies du Golfe pour l’Île-de-France. La dernière en date vient d’Arabie saoudite. Le 24 août 2026, son chef d’État, Mohamed ben Salmane, dit « MBS », a signé à l’Élysée un protocole de 6 milliards d’euros pour l’ouverture de trois parcs d’attractions près de Cergy (Val-d’Oise), à partir de 2032. Porté par Qiddiya Investment Company, ce projet englobant les 55 ha de l’ancien parc Mirapolis, abandonné depuis 1991, promet 22 000 emplois directs à terme.

Cette révélation a suscité des tonnes de réactions sur le « soft power » déployé par MBS, comme avec la récente Coupe du monde d’e-sport qui s’est tenue cet été à Paris. Elle entraîne aussi des inquiétudes liées à l’artificialisation de terres agricoles aux portes du parc naturel du Vexin.

« Nous désartificialiserons des friches industrielles ailleurs », promet le chef de l’exécutif régional, dont les règles d’aménagement (le Sdrif-E) prévoient 14 500 ha de foncier économique réservés pour l’industrie stratégique.

Le Brexit a changé la donne

Les investisseurs saoudiens ont étudié les atouts de plusieurs localisations : à Londres, en Espagne et près de Paris. « Le simple fait qu’ils disent : l’endroit où on a envie de faire un parc, c’est Paris, a, pour moi, une immense valeur car ils ont observé et comparé les trois destinations pendant dix-huit mois et réfléchi avant de décider », se félicite la présidente (LR) de la région Île-de-France, Valérie Pécresse.

Dans la région, les Saoudiens investissent aussi plus « modestement » dans des entreprises technologiques (santé, aéronautique, énergie) comme Aramco France à Paris (VIIIe), et déploient leur soft power culturel via le mécénat, injectant notamment 50 millions d’euros (11 % du budget) dans la rénovation en cours du Centre Pompidou.

Depuis quelques années, la région Île-de-France rebat les cartes du Monopoly international. « L’érosion des capitaux venant des États-Unis (un projet sur trois en 2004 et moins d’un sur six en 2025) et surtout les conséquences du Brexit nous ont incités à diversifier l’origine des investissements directs étrangers (IDE) », résume Baptiste Orlandini, directeur de Choose Paris Region (CPR), l’agence d’attractivité économique francilienne.

Progressivement, des fonds ont afflué des principales pétromonarchies du Golfe. Qatar, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Koweit… Des pays dépendant des énergies fossiles cherchant à se diversifier mais jusqu’alors historiquement « acquis » à la City de Londres.

Les Émirats misent très gros sur la Tech

En quelques chiffres marquants, Guillaume Cairou, président de la CCI des Yvelines et conseiller au Commerce extérieur de la France, décrit le poids qu’ont pris les Émirats dans l’écosystème régional : « L’an dernier, les Émirats arabes unis ont investi près de 11 milliards d’euros en Île-de-France (essentiellement dans le Campus IA en Seine-et-Marne et dans un projet agroalimentaire, employant des drones et des robots fermiers). C’est plus d’un tiers de l’ensemble des investissements directs étrangers réalisés dans la région, soit 30 milliards d’euros provenant de 43 pays pour financer 438 projets. »

Ciblant la Tech, en particulier l’intelligence artificielle (IA), comme beaucoup d’autres nations, les Émirats ont plié le match en annonçant, début 2025, leur intention de construire non pas un mais onze data centers en Île-de-France.



Le Campus IA Fouju, près de Melun (Seine-et-Marne), prévoit une trentaine de bâtiments sur 89 ha de terres agricoles. Ils se sont engagés à injecter 7 milliards d’euros — le plus gros investissement étranger l’an dernier — pour la première tranche.

À terme, 50 milliards d’euros doivent y être investis pour une puissance électrique de 1,4 gigawatt (GW). C’est un tout petit peu plus que la consommation d’électricité des habitants de Paris ou la production d’un réacteur EPR. Du jamais-vu en Europe.

Les IDE provenant du Qatar se limitent quant à eux à 3 milliards d’euros, incluant l’installation l’an dernier de la Qatar National Bank et d’un projet d’hôtellerie haut de gamme à Paris. Mais le pays a développé une stratégie différente : celle de prises de participation dans des entreprises françaises. Ainsi, 25 autres milliards d’euros qatariens sont investis à Paris dans l’immobilier de prestige et de grands groupes du CAC 40…

Et dans le PSG, acquis entièrement en 2012. « Notre interlocuteur est avant tout une société française. Nous n’avons jamais perçu de particularité liée à la nationalité de son actionnariat », confirme Pierre Bédier, président (DVD) du conseil départemental des Yvelines, supporter du projet incluant un stade à Poissy.

Des relations calquées sur la diplomatie française

Face à cette affluence de fonds souverains issus de régimes dont certains sont considérés comme autocratiques et ou autoritaires, l’Île-de-France impose des garde-fous stricts. Même si Valérie Pécresse rappelle sa volonté « d’aller chercher les emplois avec les dents », elle revendique une « démarche de conquête de marchés » et assume totalement son alignement sur la diplomatie de l’État. « Strictement », avertit-elle.

Et s’il n’y a pas de « liste noire à proprement parler », il y a « des projets parfois interdits », admet la présidente. « C’est ce qui a conduit il y a quelques années au rejet, pour des soupçons d’espionnage économique et industriel, de plusieurs projets chinois sur le plateau de Saclay. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons fermé notre bureau de Shanghai. »

Quant à la question de la souveraineté, elle a atteint le Sénat. Dans le cas du Campus IA de Fouju, financé à 70 % par le fonds émirien MGX, la sénatrice de Seine-et-Marne Marianne Margaté (PCF) s’est interrogée, le 22 mai, sur « l’hébergement des données publiques sensibles » et les moyens de l’État pour les protéger. La ministre du Numérique, Anne Le Hénanff (Horizons) n’a pas montré d’inquiétude, s’appuyant sur un cadre légal strict.

« Il n’y a pas de paradoxe, dès lors qu’on distingue qui finance et qui contrôle, appuie auprès du Parisien le ministre de l’Attractivité, Nicolas Forissier. Un fonds souverain peut investir des milliards dans une infrastructure stratégique en France sans en détenir la gouvernance ni l’accès aux données sensibles. »

Quant aux alternatives françaises, Guillaume Cairou lance le défi : « Allez trouver le même type d’investisseurs en France, je n’en connais pas. »

https://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/derriere-le-projet-de-parc-manga-lappetit-grandissant-des-pays-du-golfe-pour-paris-et-lile-de-france-07-09-2026-QDANJ4BPXVFJHLTIJR7LCNVZ4Q.php?ts=1788849996966

Voir notre article sur  les 6 milliards saoudiens gâchés, avec le refus des Japonais d’accorder à la France une licence pour Son Goku

https://resistancerepublicaine.com/2026/09/09/cergy-6-milliards-saoudiens-pour-du-vent-et-on-appelle-ca-de-la-souverainete/

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