Trump lance son offensive contre Soros : son empire est-il menacé ?

L’administration Trump prépare une offensive contre l’un des réseaux philanthropiques les plus puissants au monde : celui de George Soros.
Selon trois sources proches des délibérations du département du Trésor, un audit massif des organisations à but non lucratif soupçonnées d’abuser de leur statut fiscal est en préparation, avec en tête de liste l’Open Society Foundations (OSF). Deux de ces sources rapportent que l’entourage du secrétaire au Trésor, Scott Bessent, élabore un plan pouvant priver la fondation de son exonération fiscale. Bessent, qui a pourtant travaillé près de treize ans pour Soros au début des années 90, aurait aussi recruté un ancien des opérations spéciales, devenu cadre tech, pour piloter la cellule d’investigation. « Nous avons commencé à dresser des listes, à cartographier les réseaux… Le dossier est épais. Et comme on dit toujours, nous allons suivre la piste de l’argent », avait-il déclaré en octobre dernier.
Créée en 1993 et aujourd’hui présidée par Alex Soros, fils du fondateur, l’OSF s’appuie sur un fonds de dotation d’environ 23 milliards de dollars et a distribué plus de 24 milliards depuis sa création, principalement sous forme de subventions à des associations de tendance libérale, actives notamment dans l’immigration, la justice pénale, les médias ou le monde universitaire. Le levier juridique retenu par l’administration repose sur la doctrine dite de l’« objet substantiellement illégal », issue d’une jurisprudence de 1984 contre l’Église de scientologie et réutilisée par Donald Trump en mars 2025. Encore faut-il prouver qu’une part substantielle des subventions de l’OSF a financé des activités illégales, une démonstration jugée difficile car l’intention doit être établie. Selon Samuel Handwerger, professeur de fiscalité à l’université du Maryland, la menace principale réside ailleurs : le désengagement des banques, le refroidissement des donateurs et le coût des contrôles fiscaux, avant même une éventuelle révocation du statut.
La tâche s’annonce d’autant plus complexe que l’OSF n’est qu’une branche d’un réseau à trois entités : le bras caritatif, l’Open Society Action Fund, dédié au lobbying, et le Democracy PAC, un super comité de financement électoral créé en 2019. Ce dernier a permis de dépenser plus de 40 millions de dollars en une décennie pour faire élire des procureurs réformateurs, dont Alvin Bragg à Manhattan, soutenu à hauteur de plus d’un million de dollars et ayant depuis fait poursuivre Donald Trump au pénal. Au moins 75 procureurs en fonction seraient ainsi soutenus par Soros, couvrant plus de 72 millions d’Américains. Neutraliser l’OSF ne toucherait donc ni le lobbying ni le véhicule politique, mais l’administration mise sur une guerre d’usure. Un combat qui dépasse d’ailleurs les États-Unis : dès 2018, les lois hongroises « Stop Soros » avaient poussé le siège régional de l’OSF de Budapest à Berlin, et la fondation finance en France des associations comme la Ligue des droits de l’homme depuis les années 2000.
Monique B

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