140 cibles. Trois nuits de frappes. Et l’Iran qui continue de prétendre qu’il contrôle le détroit d’Hormuz « par la force » !
L’ultimatum, et ce qui s’est passé quand l’Iran l’a ignoré : vendredi, l’administration Trump a exigé que l’Iran garantisse publiquement le libre passage dans le détroit d’Hormuz — condition clé pour mettre fin aux combats.
L’Iran n’a pas obtempéré. Au contraire : les Gardiens de la révolution (IRGC) ont frappé un cargo commercial et déclaré le détroit « fermé jusqu’à nouvel ordre ». Rien de nouveau sous le soleil de Téhéran — le 20 juin déjà, l’Iran avait annoncé fermer le détroit, invoquant les actions israéliennes au Liban comme violation d’un accord. Une accusation démentie par l’armée américaine, qui repris les bombardements pendant deux jours et deux nuits.
Trump avait prévenu dès mercredi, au sommet de l’OTAN à Ankara : « Je vais leur donner un petit avertissement, on va les frapper fort ce soir, mais on verra comment ça se passe. » Ce ne sont plus des paroles en l’air. Puis il a annoncé leur donner un nouvel ultimatum jusqu’à samedi. Et samedi, ça a fait boum. L’armée américaine a lancé une nouvelle série de frappes près du détroit, en réponse à l’attaque de missiles de l’IRGC contre le cargo. Début des frappes : 19h15, heure de l’Est. Troisième vague de la semaine.
Ce que Centcom dit avoir détruit
Le Commandement central des États-Unis (Centcom) annonce sur X avoir achevé son troisième cycle d’attaques contre l’Iran, et indique clairement que c’est en réponse à une nouvelle attaque iranienne contre un navire commercial dans le détroit. Bilan revendiqué : « les forces américaines ont frappé environ 140 cibles militaires iraniennes avec des munitions de précision tirées par des avions de chasse terrestres et navals, des drones et des navires de la marine ».
Dans le détail, les cibles comprennent « des sites de missiles et de drones, des capacités maritimes, des installations de stockage de munitions, des réseaux de communication et des postes de surveillance côtière ». Sur l’ensemble de la semaine : plus de 300 cibles atteintes, sur ordre du commandant en chef Donald Trump, pour réduire la capacité de l’Iran à s’en prendre aux marins civils et aux navires commerciaux du détroit. Le trafic commercial, précise Centcom, continue de circuler dans ce corridor maritime vital, ce qui n’est pas tout à fait exact, selon les sites spécialisés dans la surveillance maritime.
Pouvoir exécutif
Le Corps des gardiens de la révolution islamique, lui, voit les choses autrement
Communiqué : le détroit restera fermé jusqu’à nouvel ordre, jusqu’à la fin de ce qu’il appelle « les interventions américaines dans la région ». Aucun navire autorisé à y circuler. Motif invoqué : « l’insécurité résultant de l’ingérence illégale d’étrangers ». Avertissement joint : toute « nouvelle agression » américaine ou israélienne entraînera une réponse « plus sévère », avec de « nouvelles bases ennemies » dans la région comme cibles. Responsabilité des conséquences ? Attribuée d’avance aux « États-Unis, à Israël et aux pays ayant mis leur territoire à la disposition des bases ennemies ». C’est très large, et les Européens sont épargnés, même si les appels au meurtre incluent Macron et Stramer.
Ce n’est pas la première fois que Trump exécute ses menaces, ni qu’il les annule
Samedi (on peut supposer minuit heure locale, mais Trump ne l’a pas précisé), était l’expiration de l’ultimatum. L’exigence a été formulée vendredi.
- Le 22 mars, Trump menaçait d’« anéantir » les centrales électriques iraniennes si le détroit ne rouvrait pas sous 48 heures.
- Le 23 mars, il reportait l’ultimatum, invoquant des « conversations très bonnes et productives » avec l’Iran. Cet épisode allait soit dans le sens du bluff – les stratèges appellent ça la « propagande de guerre », et ceux que Trump irrite appellent ça une girouette.
- L’ultimatum de samedi a été exécuté et les Iraniens, qui ont recruté des psychologues pour tenter de comprendre le président américain doivent en avaler leurs keffiehs : les épisodes coexistent dans le même conflit.
- Donc ni « Trump bluffe toujours » ni « Trump exécute toujours ses menaces » ne résiste entièrement aux faits que les Iraniens (et les anti-Trump qui vous diront « qu’ils ne sont pas contre Trump, mais… ») tentent d’établir.
Khamenei vivant était un outil. Khamenei mort est une arme.
Pendant ce temps, l’Iran campe sur son récit. Le porte-parole de la commission de la Sécurité nationale et de la politique étrangère au Parlement iranien a déclaré ce matin, donc après les derniers bombardements :
Nous avons pris le contrôle du détroit d’Hormuz par la force et continuerons de le maintenir par la force.
Plus tôt ce matin, les relations publiques du Corps des gardiens de la révolution islamique revendiquent une frappe contre des infrastructures militaires américaines à la base aérienne Prince Hassan, en Jordanie.
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Version iranienne des faits (reprise avec délice par les spécialistes du mensonge : les médias)
Les États-Unis ont, samedi soir, « imposé leur volonté au gouvernement du sultanat d’Oman » en tentant, par plusieurs navires, de franchir « de manière illégale la route au sud du détroit d’Hormuz » — tentative « arrêtée par une réponse ferme de la force navale ». Pour « compenser cet échec », l’armée américaine a alors mené une frappe aérienne contre plusieurs bases côtières et plateformes de communication sur le sud de l’Iran. Réponse immédiate revendiquée par les forces aérospatiales du Corps des gardiens : ciblage du centre de commandement et des hangars de drones MQ-9 à la base jordanienne, « détruits par plusieurs missiles balistiques ». Nouvel avertissement à la clé : toute frappe américaine supplémentaire entraînera « des réponses plus sévères ».
Pouvoir exécutif
Alâeddin Boroudjerdi, membre de la commission de la sécurité nationale du Parlement, monte encore d’un cran auprès de l’agence Khaneh Mellat :
« Trump, Netanyahou et leurs exécutants doivent s’attendre à tout moment à la mise en œuvre d’une opération de vengeance divine par les défenseurs de la liberté dans le monde, et ils doivent savoir qu’aucun endroit sur Terre, pas même la Maison-Blanche, ne sera sûr pour ces régimes fauteurs de troubles et criminels. » Et il ajoute : « La vengeance contre les agresseurs n’est pas seulement une réponse limitée, mais s’est transformée en un mouvement mondial. Cette vengeance sera inévitable, tôt ou tard, et aucune barrière, qu’elle soit militaire ou politique, ne pourra protéger les criminels. »
Vous noterez que la Maison-Blanche est dans la liste des cibles. Ne me dites pas que vous êtes surpris.
Côté israélien, on estime que la patience de Donald Trump touche à sa fin, et que la probabilité d’un accord entre Téhéran et Washington est désormais proche de zéro. Si le président américain est à bout de patience, on pourra lui reprocher d’avoir trop attendu. Pas d’être un va-t’en-guerre.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.com.
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