Télétravail: que pour certains et pas pour les délicats

Télétravail: que pour certains et pas pour les délicats

Depuis la soi-disant pandémie Covid-19, le télétravail aurait quadruplé au cours des cinq dernières années. Bien que des études se soient penchées sur l’impact du télétravail sur la productivité des employés, certains délicats se plaignent que peu d’études ont été financées  pour s’intéresser à l’impact du télétravail sur le bien-être des employés.

Les auteurs de cette étude ont utilisé les variations du télétravail selon les professions pour évaluer son impact sur ‘isolement et la santé mentale. » J’en parle ici pour vous convaincre qu’on ne fait pas assez d’études sur certaines pathologies, mais trop sur des sujets évidents, tout comme nos élus font bien trop de lois, le plus souvent à tort et centralisées .

Justification

Ils ont comparé, après le Covid-19 (tiens donc !) l’évolution de l’isolement et de la santé mentale de personnes occupant des emplois compatibles avec le télétravail (par exemple, l’ingénierie logicielle et le marketing) à celle de personnes occupant des emplois non-compatibles avec le élétravail (tels l’ingénierie mécanique et les soins infirmiers). Ils ont appuyé leur analyse sur cinq enquêtes représentatives menées auprès d’Américains entre 2011 et 2024 (N = 588’222), à l’exclusion des années de pic épidémique de 2020-2021. Ils ont classé les professions selon leur possibilité de télétravail à l’aide de l’indice de Dingel-Neiman.

Résultats

Par rapport aux personnes occupant des emplois non-télétravaillables, celles occupant des emplois télétravaillables ont passé environ une heure supplémentaire seules par jour ouvrable.

Elles ont aussi augmenté le nombre de jours passés entièrement seules et diminué leurs interactions sociales après le travail. L’augmentation de l’isolement a été la plus marquée chez les personnes vivant seules, ce qui n’est pas une découverte après le confinement du Covid-19.

La détresse psychologique aurait simultanément augmenté: les scores à l’échelle de Kessler (K-6)mesurant, de 0 à 24 points au maximum, la détresse psychologique généralisée ont augmenté chez les personnes occupant des emplois télétravaillables par rapport à celles occupant des emplois non-télétravaillables, ce qui était prévisible ! Cette augmentation de la détresse était plus mportante chez les personnes vivant seules que chez celles vivant en famille, ce qui n’est pas une découverte non plus ! De nombreux employés ont rapporté des sentiments accrus de dévalorisation, de désespoir, de nervosité et de tristesse et ont consulté un professionnel de la santé mentale et se sont fait prescrire des médicaments contre l’anxiété ou la dépression, ce qui est quotidien aux Etats-Unis ! Mais, bien que nombreux, ils n’ont pas augmenté de manière significative leurs consultations auprès de professionnels non-spécialisés en santé mentale ni leurs prescriptions de médicaments non-liés à la santé mentale.

Selon ces auteurs, la période analysée a donc connu une augmentation générale de la souffrance psychologique mais pas physique. Ils suggèrent que le télétravail explique environ un tiers de cette augmentation et que le télétravail accroît l’isolement et détériore la santé mentale, en particulier chez les personnes vivant seules. Ils estiment aussi que le télétravail est responsable d’environ un tiers seulement de l’augmentation globale des problèmes de santé mentale observés depuis avant la pandémie.

Utilité de cette étude

Pour les raisons suivantes je ne crois pas à l’utilité et aux démarches de cette étude facile à mener pour glorifier son curriculum vitae.

1. Cette étude est un modèle d’étude qu’on aurait pu éviter de faire, surtout qu’il y a encore à étudier en médecine tant de pathologies apparemment simples à diagnostiquer qui sont plus fréquentes, plus invalidantes et douloureuses et dont on ignore l’étiologie et pour lesquelles nous n’avons ni traitement causal, ni préventif. Je ne citerai qu’un exemple: la chondrocalcinose dite aussi pseudo- goutte.

2. Quand je compare la figure de cette étude concernant les résultats de ce test K6 de Kessler et le tableau des points donnés aux six questions concernant la détresse potentielle des employés « étudiés », je trouve que la différence de détresse entre ces employés n’a vraiment rien de dramatique. Quant à la figure au sujet du temps passé seul en télétravail, elle n’a rien d’étonnant pour des personnes seules !

3. La culture du travail est très différente aux Etats Unis, en France, en Suisse, au Japon, en Afrique équatoriale, etc`; et a une grande importance dans ce domaine étudié du télétravail et de la souffrance psychologique. En gros, enFrance et aux Etats-Unis les employés sont des travailleurs, au Japon ce sont des employés, en Suisse ce sont des collaborateurs… La culture des loisirs est également fort différente. Les Américains ont un culte quasi religieux pour socialiser au travail, dans leur vie privée, dans les bars après la sortie du travail, à l’école, au collège… Ces cultures du travail différentes selon les pays ont sûrement une influence, mais j’observe que ces idées actuelles de considérer son employeur comme une grande famille, et de s’y joindre pour exercices et activités en dehors du travail, sont devenues aussi courantes en Suisse et de plus en plus. Au Japon, les gens sont plutôt des pions utilisés par l’entreprise. Certes il y a une grande loyauté des employés japonais mais je ne crois pas que ça va autant dans les deux sens, le temps où le salaryman japonais et le collaborateur suisse entraient dans une entreprise à vie jusqu’à la retraite est révolu. Au Japon, tout comme aux Etats-Unis, il y a une grande culture d’aller boire ensemble ou participer à diverses activités entre employés après le travail. Mais c’est peut-être vu différemment.

3. Cette étude a été conduite chez des employés dont beaucoup étaient psychiatrisés bien avant, donc pas chez une majorité de collaborateurs motivés et passionnés par leur travail. Le % des Américains qui prennent des anxiolytiques, des somnifères des tranquillisants ou des antidépresseurs est connu pour être énorme. Environ 16,6 % des adultes consomment des antidépresseurs. De plus, environ 14,3 % prennent des médicaments contre l’anxiété et 8 % des somnifères et des sédatifs, soit 38,9% au total, ce qui représente plus de 225’000 des employés étudiés ! Cette réalité n’est pas un défaut de cette étude; cela illustre simplement qu’il n’y avait pas besoin de faire cette étude, premièrement parce qu’un chef d’entreprise compétent et pas bêtement manipulé par le narratif Covid-19 ne va pas mandater une telle population d’employés à travailler à domicile ! En outre quand on prend un échantillon d’employés représentatif, on n’a pas une majorité de gens satisfaits, passionnés ou motivés par leur travail. Au contraire, je crois que la plupart des gens sont insatisfaits, voir malheureux, dans leur travail et qu’ils le font uniquement pour survivre. Je ne pense pas que je suis pessimiste mais plus réaliste que ces auteurs et certains chefs d’entreprise. Quand, jeune médecin, après deux ans d’internat rotatif dans deux grands hôpitaux étrangers j’ai été mobilisé 4 mois, pour payer mes galons comme lieutenant médecin d’une école de recrues d’infanterie, j’ai réalisé la diversité attristante du bas niveau de formation de beaucoup de mes compatriotes. J’ai conclu que jusque-là j’avais évolué dans unebulle isolée et pas du tout représentative de la population en général, que ce soit pendant mes études à l’université, avec mes proches ou pendant mes deux première années de formation postgraduée. C’est la même chose pour le monde du travail.

Donc, en cas de travail à domicile et c’est évident, pour ces personnes psychiatrisées, être en plus obligés de ne voir personne, ça va les affecter négativement. Comme chef de service dans un grand hôpital, mon expérience de mes collaborateurs tant médecins, qu’infirmières, élèves infirmières anesthésistes et aides a été exceptionnelle. Je les ai sélectionnés et choisis avec grand soin, moi-même avec l’avis de l’un ou l’autre de mes cadres: des collaborateurs intelligents, éduqués, responsables, épris de qualité, d’élitisme et de sécurité, sauf de rares exceptions passagères. Ils n’étaient pas du tout représentatifs des travailleurs et employés en général dans l’hôpital ou dans certains autres service ou départements d’anesthésiologie-réanimation. Mon équipe, un service d’anesthésiologie-réanimation étant un Dienstleistungbetrieb (une « société de service » n’est pas une bonne traduction), était une bulle élitiste.

4. Il est bien connu des employeurs observateurs que le fait d’être obligé de se rendre physiquement à son travail est bénéfique pour la majorité de leurs employés :

Les employés qui ont besoin, partout et au travail, d’être entourés d’autres personnes sans quoi leur soutien social est limité et insatisfaisant.

Les jeunes employés et ceux en début de carrière qui ont plus besoin d’encadrement et derelations professionnelles

Les personnes guère battantes au travail et dans leur vie, les personnes souffrant d’anxiété, de dépression et/ou ayant un fort besoin d’interaction sociale et de soutien

Les personnes qui souffrent d’avoir du mal à faire la distinction entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Outre l’isolement croissant, le télétravail peut, en effet pour certains employés peu motivés par leur métier ou plus passionnés pour leur profession que pour leur famille rendre plus difficile le maintien d’une frontière entre vie professionnelle et vie personnelle. Le télétravail supprime les barrières physiques et visuelles qui séparent naturellement leur travail de la vie privée. Ils ont besoin bien plus que d’autres, par exemple les workaholics, (bourreaux du travail), d’une part de limites claires et et d’autre part d’une certaine discipline pour que leur télétravail soit conduit avec efficacité.

5. Certaines personnes parviennent plus aisément que d’autres à garder leur sang-froid sous la pression. Heureusement, cette aptitude n’est nullement hors de portée de quiconque qui fait l’effort de s’y entraîner. C’est d’ailleurs la première qualité que Kipling réclame de l’homme dans son poème immortel Si… (If) (un peu trop macho mais c’était un autre temps). Tout est une question de volonté et d’entraînement, si vous savez que vous pouvez garder la tête froide et qu’il le faut, alors vous y parviendrez probablement.

6. Beaucoup d’entrepreneurs, de directeurs et de propriétaires d’entreprises, pour être à la mode ou pour fuir certaines de leurs responsabilités, font l’erreur de s’adjoindre un chef et un service croissant des ressources humaines qui très régulièrement se croient de grands psychologues et sociologues. Ils inventent même de nouvelles maladies méritant d’être prises en charge par les assurances maladie ! En Suisse française, une forte proportion de ces responsables des ressources humaines sont des Français beaux parleurs, ils ne sont pas imprégnés de notre culture, ont une forte tendance à engager des étrangers et des frontaliers et s’adjoignent les services d’étrangers comme recruteurs d’employés, comme eux. Comme j’ai pu l’observer dans les trois très grands hôpitaux universitaires où j’ai travaillé, une bonne partie du problème n’est pas juste les gens eux-même mais comment ils ont été éduqués, sélectionnés et formés. A mon avis les départements de resources humaines devraient être supprimés partout où ils existent. C’est littéralement de la garderie pour femmes… Tout patron, chef de service… doit prendre lui-même la responsabilité de choisir tous ses collaborateurs, et les risques.

7. Il est malsain de couver, de gâter et de psychiatriser ses enfants et les écoliers. Il est malsainde chouchouter ou de psychiatriser les employés. Il est malsain de rendre les gens délicats. Il est malsain de transformer tout mal-être en une maladie à la charge des assurances et des autres. Il est malsain de dépenser notre argent pour dorloter les gens en conduisant de coûteuses études non-indispensables. Pour évoluer en mieux l’humanité a eu besoin pendant des millénaires de toutes sortes de stress répétés. Pour mieux faire face aux catastrophes et aux stress vraiment graves et prolongés, chacun a besoin d’apprendre à manager sans être chouchouté et/ou psychiatrisé pour tous les stress quotidien de sa vie et de sa profession.

Je pense que les conclusions de cette étude, non-nécessaire et dont un chef d’entreprise tant soit peu compétent et observateur n’a pas besoin pour faire son diagnostique et ses choix, correspondent assez bien à la réalité. La moitié, si ce n’est davantage des gens sont incapables de se prendre en main, se valorisent à travers les autres et ont besoin de contacts constants,  surtout beaucoup de femmes, d’où le succès des médias sociaux chez beaucoup d’entre elles.

Quand un employé fait son travail à distance, tout cela est très réduit. Donc il a besoin de tout ça. Si on ne le lui offre pas, cela risque de lui causer une grande détresse. Personnellement, comme médecin retraité, je pense que ce ne sont que les autistes et les personnes à QI élevé qui fonctionnent bien en télétravail car cela leur permet de ne pas devoir affronter le bourdonnement incessant et distrayant infligé par les autres et juste de se concentrer sur leur travail. Un chef compétent et observateur peut bien sûr décider et prendre lui le risque que tel autre collaborateur particulier peut travailler à domicile un jour, voir deux par semaine.

PD. Dr. méd. Dominique Schwander

Juillet 2026

Questionnaire 8 – Kessler Psychological Distress Scale – 6 items (K6)

Au cours du dernier mois,  à quelle fréquence vous êtes- vous senti : nerveux? désespéré? agité ou ne tenant pas en place? si déprimé que plus rien  pouvait vous faire sourire? Que tout était un effort?

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