Un sondage récent effectué pour le Ronald Reagan Institute permettait de voir où en est l’électorat américain à quelques mois des midterms.
Le sondage montrait qu’une majorité de Démocrates souhaitaient un accord avec le régime iranien, quel qu’en soit le prix. Ce résultat n’était pas étonnant. Le Parti Démocrate est le parti de l’apaisement face aux dictatures criminelles, sauf lorsqu’il s’agit de la Russie, mais il en est ainsi concernant la Russie parce que les Démocrates sont fascinés par la Chine et apprécient le fait que la Russie soit de plus en plus nettement assujettie à la Chine.
Les Démocrates sont aussi le parti qui a offert au régime iranien les milliards qui lui ont permis de financer et armer le Hamas, le Hezbollah et les milices Houthies, et comme ils détestent désormais Israël, cela ne les a pas dérangés du tout, bien au contraire. Ils se sont montres émus par les atrocités perpétrées par le Hamas le 7 octobre 2023, mais ils ont vite tourné la page en se disant que le Hamas avait fait un acte de « résistance » à « l’oppression sioniste ».
Les commentateurs démocrates ironisent sur Trump, et disent qu’il a été « vaincu par le régime iranien » ; ce n’est pas exact, mais cela leur fait plaisir de le dire. Ils appartiennent à un parti d’extrême gauche.
Si les Démocrates reviennent au pouvoir en 2028, ils verseront à nouveau des milliards au régime iranien s’il n’a pas disparu d’ici là, et lui permettront d’accéder à l’arme atomique, ce qui le conduira à se sanctuariser et à renforcer ses liens avec les organisations terroristes islamiques de la région, Hezbollah, Hamas, milices Houthies, qui pourront redoubler de violence contre Israël.
Le sondage du Ronald Reagan Institute donne un résultat très différent pour les Républicains, qui optent à soixante-dix pour cent en faveur du renversement du régime ou, au minimum, de la marginalisation de celui-ci. Ce n’est pas un résultat surprenant. L’immense majorité des Républicains savent que le régime iranien, même très diminué pour le moment, est toujours un régime fanatique et dangereux qui veut la destruction d’Israël et l’humiliation des Etats-Unis. Ils préfèrent le voir abattu, ou mis pleinement hors d’état de nuire.
Trump le sachant, il compte faire apparaître la situation présente comme une victoire américaine. Il lui sera difficile d’en convaincre pleinement l’électorat républicain, et là réside la difficulté pour lui car si la situation présente ne montre pas une victoire du régime iranien, elle ne montre pas non plus une victoire américaine.
Résumons la situation.
Il y a eu, en un peu plus d’un mois, une victoire militaire américaine écrasante, mais inaboutie et incomplète, puis le choix, par Trump, contre l’avis de l’état-major des armées américaines, d’un cessez-le-feu le 8 avril, quinze jours trop tôt selon l’état-major des armées américaines, et sans qu’il ait voulu toucher aux installations pétrolières iraniennes, aux ponts et aux centrales électriques, que l’armée américaine était prête à frapper.
Trump, après le 8 avril, a confié la conduite des négociations à l’habituel duo Kushner-Witkoff, placé sous la supervision de l’isolationniste anti-israélien J.D. Vance. Kushner et Witkoff ont, je l’ai dit, des liens financiers avec le Qatar, et Vance incarne une aile isolationniste anti-israélienne minoritaire chez les Républicains, et très minoritaire au sein du mouvement MAGA. Il n’a pas rompu ses liens avec l’antisémite Tucker Carlson. Il a voulu et signé le memorandum of understanding, avant que Trump le signe lui-même. Israël a été placé, depuis le 8 avril devant le fait accompli, et exclu des négociations.
Marco Rubio, qui a le soutien de la majorité des Républicains, et de l’immense majorité du mouvement MAGA, et qui n’est, lui, ni isolationniste ni anti-israélien, s’est placé en retrait, et mène une diplomatie parallèle, avec l’assentiment de Trump, qui a ainsi deux fers au feu.
Vance voulait se rendre aux Émirats Arabes Unis : Mohammed ben Zaied, qui est très mécontent de la signature du memorandum of understanding, et qui est un allié d’Israël, lui a fait savoir qu’il ne serait pas le bienvenu, et le plus important commentateur politique émirati Amjad Taha, un ami d’Israël, a dit la même chose dans des termes plus explicites encore.
Marco Rubio, lui, s’est rendu aux Émirats Arabes Unis, et a reçu un accueil très chaleureux de Mohammed ben Zaied. Il a ensuite négocié un accord entre Israël et le gouvernement libanais, et l’accord a été signé. C’est un accord très important : depuis 1948, Israël et le Liban n’ont aucune relation diplomatique, et depuis que le régime iranien a une influence sur le Liban, le Liban a dû adopter une position hostile à Israël. Cet accord va à l’encontre du memorandum of understanding, mais ne pourra pleinement se concrétiser que si le régime iranien est vaincu et si, en conséquence, le Hezbollah est éliminé, ce qui signifie que sa concrétisation est hypothétique.
Les choses en sont là.
Le régime iranien a toujours des missiles et des drones. Il ne cède sur rien. Il contrôle toujours le détroit d’Ormuz, et entend toujours imposer un péage aux bateaux le traversant. Il vend à nouveau du pétrole et gagne des milliards de dollars. Il menace toujours ses voisins arabes sunnites et a frappé voici peu le Koweït et le Bahreïn. Il menace toujours les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et Israël. Il a frappé des bateaux dans le détroit d’Ormuz. Il a refusé de se rendre à Oman rencontrer les négociateurs américains, qui ont dû se limiter à des rencontres indirectes au Qatar.
Le régime iranien est affaibli, mais il tient tête à l’administration Trump, qu’il voit divisée, et aucun des objectifs de guerre énoncés fin février par Donald Trump n’a été atteint.
Quasiment tous les commentateurs conservateurs américains pensent que le memorandum of understanding, qui définit toujours les paramètres de négociation entre l’administration Trump et le régime iranien, est désastreux.
Quasiment tous pensent que Trump aurait dû écouter l’état-major des armées américaines sur tous les points, et ne pas choisir les négociations le 8 avril. Je le pense aussi.
Un seul parmi eux, Victor Davis Hanson, pense que l’administration Trump pourra maintenir le régime iranien dans une situation d’isolement et le frapper s’il tente de relever la tête. Mais il pense aussi que s’il survit, le régime iranien pourra relever la tête dès que les Démocrates reviendront au pouvoir, et que la situation alors redeviendra dangereuse. Je pense que tôt ou tard, les Démocrates reviendront au pouvoir, et je ne partage dès lors pas les positions de Victor Davis Hanson, malgré le respect que j’ai pour lui.
Tous les autres commentateurs conservateurs américains importants, Mark Levin, Daniel Greenfield, Marc Thiessen, Douglas Murray, Mark Dubowitz (on peut leur ajouter les généraux Jack Keane et Keith Kellogg) pensent comme moi que le régime iranien doit être détruit et ne doit plus jamais pouvoir relever la tête.
Ils pensent, comme moi, que Trump s’est placé dans une position délicate. Je ne répète pas ici leurs explications : je les partage entièrement et je les ai énoncées ici dans des articles précédents.
Et j’insiste sur ce point : l’armée américaine avait un plan précis, qui devait aboutir à la chute du régime. Ce plan avait été établi en synergie avec l’armée israélienne.
Certains lecteurs ont osé me dire voici peu que j’étais un « fumiste ». J’ai dû leur rappeler mes activités de longue date, et leur dire que ce que j’écrivais correspondait à ce que disait l’état-major américain, qui n’est pas, je pense, composé de fumistes, et correspondait aussi à ce qui avait été établi avec l’armée israélienne, qui n’est elle-même pas dirigée par des fumistes et établit ses plans en coordination avec Binyamin Netanyahou, que je considère comme l’un des plus grands hommes d’État de ce temps. Binyamin Netanyahou, je pense, n’est pas un fumiste non plus.
Passons et disons, pour conclure, ce qui doit l‘être.
Oui, c’est un fait, Trump a choisi avant le 8 avril de ne pas effectuer des frappes que l’état-major des armées américaines définissait comme indispensables. Et je pense qu’il a commis une grave erreur. Je l’estime et j’ai voté pour lui, mais je sais que c’est un être humain et qu’il n’est pas infaillible. Quand on veut gagner une guerre, on s’en donne les moyens. L’arme américaine est la plus puissante du monde. Elle avait tous les moyens de remporter une victoire écrasante, aboutie et complète.
Oui, Trump a fait face au blocage graduel du détroit d’Ormuz, et ce blocage aurait pu être évité si Trump avait écouté l’état-major des armées américaines. Il a mis en place un blocus à la sortie du golfe arabo-persique, mais n’a pas voulu que l’armée américaine mène une action militaire décisive pour débloquer le détroit. Ce fut une autre grave erreur.
Oui, il a choisi un cessez-le-feu le 8 avril, et des négociations enclenchées aussitôt. Il a commis une troisième grave erreur.
Il avait dit que l’Iran n’a jamais gagné une guerre, mais n’a jamais perdu des négociations, et il a choisi de négocier quand même !

Les Iraniens ont fait traîner les négociations, comme c’était prévisible et prévu. Voyant le temps passer, son anniversaire, le 4 juillet et les midterms approcher, voyant aussi sa cote de popularité baisser et les sondages annoncer une nette victoire démocrate aux midterms, Trump a choisi de tenter d’obtenir l’ouverture du détroit d’Ormuz, la baisse du prix du pétrole et la baisse du prix des carburants la pompe en cédant beaucoup aux Iraniens, et il a choisi la solution Vance, et le memorandum of understanding qui signifie une quasi-capitulation. Il a espéré obtenir ainsi le moyen de gagner les midterms. La solution Vance n’est pas honorable et pourrait aboutir à une impasse.
C’est ce qui se profile présentement.
Le blocage du détroit d’Ormuz est, avec l’activation du Hezbollah, l’arme essentielle qui reste au régime iranien, et le régime iranien ne se prive et ne se privera pas de l’utiliser.
Le régime iranien voudrait que Trump perde les élections de mi-mandat, et que les Démocrates gagnent, entravent Trump pendant le reste de son mandat, et parviennent à gagner en 2028.
Et ce doit être dit : en n’écoutant pas l’état-major des armées américaines, en choisissant la négociation et la solution Vance, Trump s’est placé à la merci du régime iranien.
Celui-ci va exiger de Trump bien davantage que ce que Trump lui a cédé pour le moment. Et Trump va avoir du mal à résister aux exigences.
Il sait que s’il reprend des frappes sans qu’elles soient décisives, son action sera inutile, et pourront tout juste aboutir à une remontée du prix du pétrole et du carburant à la pompe. Il sait que s’il veut mener des frappes décisives, il faudra plusieurs semaines (plus de deux semaines sans doute, car le régime iranien a sorti de terre des missiles ensevelis pendant le conflit), et il y aura une remontée du prix du pétrole et du carburant à la pompe. Je pense donc que Trump menacera et ne frappera pas, ou assez peu.
Je crains que les Républicains perdent les midterms. Ce qui peut avantager les Républicains, et les sauver est le glissement du Parti Démocrate vers l’aile la plus radicale de l’extrême gauche.
Après l’élection, quel que soit le résultat, Trump aura les mains un peu plus libres, car même si les Démocrates gagnent, il gardera le statut de commandant en chef, mais il ne pourra obtenir du Congrès aucune rallonge budgétaire pour l’armée.
Il pensera à sa place dans l’histoire, quand il aura quitté la Maison Blanche, et je ne suis pas certain qu’il veuille rester comme le président qui aura laissé en place un régime affaibli, mais toujours abominable, et choisi la solution Vance et la signature du memorandum of understanding. Je ne suis pas certain qu’après avoir été le plus grand ami qu’Israël ait eu à la Maison Blanche, il veuille être celui qui aura laissé Israël sur le bord de la route et qu’après avoir voulu élargir et approfondir les accords d’Abraham, il veuille être celui qui aura laissé les pays arabes sunnites de la région face à ce régime abominable, et face à l’obligation pour eux de lui faire tôt ou tard allégeance.
Choisira-t-il alors de s’éloigner de la solution Vance, qui n’est pas une solution, d’agir de manière décisive, et de se tourner alors vers Marco Rubio, et vers ceux qui, dans son administration, ont des positions similaires à celles de Rubio, tels Pete Hegseth et John Ratcliffe ? Écoutera-t-il enfin l’état-major des armées américaines ? Nul ne peut le dire en cet instant.
© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.
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