De Bastia à Nouméa, non à l’éclatement de la France !

En politique, la stupidité a des limites qui viennent d’être confirmées et allègrement franchies à propos de la Corse. Plus précisément à l’occasion du vote intervenu le 23 juin à l’assemblée nationale sur le projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République », fruit du processus dit « de Beauvau » engagé depuis 2022 entre l’État et les élus insulaires. Le texte a été adopté par 271 pour, 202 contre et 64 abstentions. Toute la gauche et les macronistes ont voté pour. LR, UDR et RN ont voté contre. Donc texte adopté mais par une assemblée partagée, y compris au sein des groupes politiques eux-mêmes. En effet, seuls les 120 députés RN et le 17 de l’UDR (Ciotti) on voté de manière unanime. Le texte va maintenant venir au sénat qui ne votera certainement pas ce texte puisque le sénat est à majorité LR. L’affaire est donc loin d’être réglée car les projets de lois constitutionnelles ont ceci de particulier qu’ils doivent être adoptés exactement dans les mêmes termes par les deux chambres, sans possibilité d’interrompre la navette parlementaire par la convocation d’une commission mixte paritaire. La navette risque donc de durer fort longtemps. On n’est pas sorti de l’auberge.

Mais revenons sur l’objet de cette Loi constitutionnelle. Pour cela regardons ce qu’en disent les nationalistes corses du parti Nazione.

Ce parti donne d’abord une appréciation globale sur le texte en ces mots : « recul pour la lutte nationale » puis indique quatre points rédhibitoires. Le 1er grief concerne « la négation du peuple corse, relégué, sur sa propre terre, au rang d’une simple communauté ». Le 2° grief concerne l’absence d’un véritable pouvoir législatif et « donc d’une réelle autonomie », puisqu’« il appartiendra au Parlement français de déterminer les domaines dans lesquels l’Assemblée de Corse pourra voter des ‘‘normes’’ spécifiques », « la durée » pour laquelle elle « sera habilitée à agir » et les « modalités de contrôle ». Le 3° grief porte sur l’amendement 111 de la France insoumise, adopté par l’Assemblée nationale, qui assure « l’égalité de tous » et vient ainsi « fermer la porte, de façon cette fois-ci définitive, à toute possibilité de statut de résidence, de co-officialité de la langue, de corps électoral propre à la Corse, voire de corsisation des emplois, c’est-à-dire l’ensemble des éléments fondamentaux de la revendication nationale ». Enfin, Nazione s’oppose au fait que le référendum qui devrait être organisé en Corse concerne les électeurs inscrits sur les listes électorales « en Corse », et non « de Corse », c’est-à-dire un « corps électoral altéré par les milliers d’électeurs fraîchement installés et issus de la colonisation de peuplement ».

Développer de tels arguments n’est guère sérieux et je m’étonne qu’ils puissent séduire des gens pour peu qu’ils réfléchissent juste un peu. Reprenons.

Pour Nazione, il y aurait un « peuple corse ». Ah bon ? Il y a certes une île qui s’appelle la Corse. Il y a des gens qui y vivent, et qu’on appelle des Corses. Il y a une culture et même une langue corse. Mais mis à part que ce n’est pas une île, la Bretagne est dans la même situation. Il y a une culture bretonne et une langue, même plusieurs. Il y a plusieurs départements qui forment ce qu’on nomme la Bretagne. Va-t-on demain réclamer l’indépendance de la Bretagne ? Soyons sérieux. L’unité de la France s’est faite il y a bien longtemps. Les habitants de Corse, même s’ils ont des particularités comme tous les habitants de nos régions, sont des Français habitant en Corse mais des Français. D’ailleurs il est assez drôle de constater que les nationalistes corses disent comme les européens enragés telle von der Leyen : il faut détruire les vieilles nations et créer une Europe des régions.

S’agissant du 2° grief sur le refus d’un véritable parlement autonome en Corse, il est fort logique que cela soit refusé. Même les petites propositions du texte ne sont pas correctes. La France est un pays qui n’est pas divisible. Il ne saurait donc pas y avoir de possibilité de légiférer en dehors de la procédure parlementaire unique et nationale. Question de principe.

Le 3° grief a des côtés qui pourraient franchement prêter à rire, mais l’affaire est sérieuse. Pour Nazione il convient de refuser l’égalité de droits entre tous les Français, notamment avec ceux qui vivent en Corse mais n’ont pas eu la présence d’esprit d’y voir le jour. Et par exemple il faudrait « corsiser » les emplois. Là on me permettra de rigoler de bon cœur tellement dire cela est une énormité. Si d’aventure on allait dans ce sens, on ne tarderait pas à mesurer la stupidité d’une telle demande. En effet il faudrait logiquement que les Français pas nés en Corse quittent l’île, leur emploi et retournent sur le continent. Mais inversement tous les Corses fonctionnaires sur le continent, devraient quitter le leur pour retourner sur leur île… mais il n’y aurait pas assez de postes pour tous ceux qui auraient quitté le continent. Faut-il que la mesure soit mise en œuvre pour que ceux qui la souhaitent se rendent compte de l’imbécillité de leur propos ?

Il en va de même pour le droit de vote et les listes électorales. La seule règle c’est d’avoir la nationalité française, de s’inscrire sur la liste électorale de sa localité et de pouvoir ainsi être électeur. Sinon, c’est que la Corse est devenue un État indépendant, et jusqu’à plus ample information, ce n’est pas le cas. En conséquence, s’il y a un référendum, ce sont tous les inscrits sur les listes électorales en Corse qui pourront glisser un bulletin dans l’urne et pas seulement ceux « de Corse ». Pourtant, si ce devait être le cas, Nazione ne nous dit pas combien il faudrait avoir de générations précédentes étant nées et ayant vécues en Corse pour que les membres d’une famille soient considérés « de Corse ».

Au final, tous ces arguments ne sont pas crédibles et montrent surtout un manque criant de réflexion. La vérité c’est que la Corse est dans la France. Sinon c’est son indépendance qu’elle doit revendiquer. Et si cela devait se faire… combien de temps se passerait avant que l’île ne sombre totalement ? Faisons un peu de pédagogie par l’erreur. Ok, on donne l’indépendance à la Corse. Première mesure, tous les Corses qui habitent, travaillent et vivent sur le continent doivent partir et retourner en Corse. Et tous les non corses doivent quitter l’île et rejoindre le continent. Questions : qui va payer les fonctionnaires en Corse ? qui va payer les hôpitaux, les écoles, les routes, les aéroports, les ports, les chômeurs, les allocations familiales,… etc. En seulement un mois, tout s’effondrerait. Et ceux qui voulaient l’indépendance pleureraient pour pouvoir redevenir des Français. Alors les comédies nationalistes devraient être prises pour ce qu’elles sont : de pauvres propositions dénuées de tout fondement et de peu de crédibilité. Mais le personnel politique français est soit débile (gauche) soit complice de von der Leyen pour détruire la France et l’exploser en régions dans le cadre d’une Europe des régions.

Cela m’amène à dire qu’on retrouve des problèmes identiques en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie. En préalable, on me permettra de noter qu’en France, un étranger africain ou afghan fraîchement naturalisé est considéré comme français. À l’inverse, en Nouvelle-Calédonie – donc également en France – on parle de colons pour des Blancs dont la famille est présente depuis bien plus de 100 ans au travers de ses multiples générations. S’agissant de la population de Nouvelle-Calédonie, il faut savoir qu’elle est composée de 40 % de Kanaks, 30 % de Caldoches (Blancs issus de métropole) et 30 % de Mélanésiens, d’Asiatiques, etc. Le 28 juin, ont eu lieu les élections provinciales ce qui a marqué la fin d’une crise commencée en 2024 avec des affrontements très violents qui ont provoqué plusieurs morts. Mais au fait… pourquoi y a-t-il eu ces affrontements ? À cause du problème de ceux autorisés à voter pour les élections régionales. Pour l’élection présidentielle et pour les législatives, tout Français a le droit de voter en Nouvelle Calédonie. Pas pour les élections provinciales qui désignent les élus des assemblées provinciales et ceux du congrès. Pour ces élections le corps électoral constitue une exception qui n’existe nulle part ailleurs. En effet, en vertu de l’accord de Nouméa de 1998 et de l’article 188 de la loi organique de 1999, sont électeurs les individus disposant de la citoyenneté néo-calédonienne, résidant en Nouvelle-Calédonie avant 1998, ainsi que leurs descendants, à la condition de résider préalablement pendant dix années consécutives sur le territoire.

Considérant que ces dispositions portent atteinte à l’exercice du droit de vote, le Conseil constitutionnel a annulé en 1999 le gel du corps électoral en limitant ces conditions à la présence continue pendant dix ans. Cette décision, qui remplace le corps électoral « gelé » par un corps électoral « glissant », a provoqué une vive opposition de la part des indépendantistes. Venu en Nouvelle Calédonie en 2003, Jacques Chirac promit d’annuler cette décision du conseil constitutionnel. Ce qui fut fait par le vote de la Loi constitutionnelle n° 2007-237 du 23 février 2007. Cette dernière réintroduit le gel du corps électoral en l’inscrivant directement dans la constitution. Mais cela a eu de sérieuses conséquences. Depuis la réinstauration du gel, la part de la population néo-calédonienne exclue du vote aux élections provinciales n’a cessé de croître, passant d’environ 8 000 personnes en 1999, à 18 000 en 2009, puis 42 000 en 2023. Le 26 décembre 2023, le Conseil d’État a rendu un avis sur ce sujet et conclut que « Les règles en vigueur concernant le régime électoral des assemblées de province et du Congrès dérogent de manière particulièrement significative aux principes d’universalité et d’égalité du suffrage, notamment en excluant du droit de vote des personnes nées en Nouvelle-Calédonie ou qui y résident depuis plusieurs décennies. ». Le gouvernement de Macron, suivant cet avis, décida une réforme constitutionnelle dont l’objectif était de dégeler le corps électoral calédonien et de donner le droit de vote à 25.000 personnes. C’est cela qui a mis le feu aux poudres et déclenché les émeutes de 2024. Finalement, pour calmer les choses le gouvernement suspend cette mesure et renvoie les élections provinciales à plus tard et ouvre un processus de négociations avec toutes les parties concernées. En 2026, après l’échec du vote sur les accords de Bougival, le Parlement français vote finalement l’ouverture du corps électoral aux natifs (un peu plus de 10.000 personnes) et les élections provinciales, initialement prévues en 2024, sont reportées au 28 juin 2026. Ce sont ces élections qui viennent d’avoir lieu.

Que retenir de tout cela ?

Tout d’abord que la gauche n’est absolument pas gênée de dire blanc à Paris et noir à Nouméa. Ainsi, en France si vous dites « la France aux Français » la gauche répond… fasciste. Mais à Nouméa si vous ne dites pas « la Nouvelle Calédonie aux Calédoniens », la gauche répond… fasciste. En second lieu, il est parfaitement anormal que certains citoyens n’aient pas les mêmes droits que les autres en Nouvelle Calédonie. Car quoi ? On est en France sur le territoire de la Nouvelle Calédonie et de ce fait cette inégalité de traitement n’est pas acceptable. Ceux qui décident ce genre de mesures débiles essaient de faire plaisir à tout le monde en « coupant la poire en deux ». Mais les demi-mesures ont toujours la même conséquence : les deux camps sont mécontents. Ce qu’il faut, c’est avoir des hommes politiques qui n’ont pas peur de prendre leurs responsabilités et de défendre des principes valables partout sur notre territoire. Certains disent qu’il faut « décoloniser « la Nouvelle Calédonie. Donc lui donner son indépendance. On rappellera au lecteur qu’il y a eu 3 référendums et que par 3 fois la population à refusé de quitter la France et que la Nouvelle Calédonie devienne indépendante. Il faut le dire sans détour : la Nouvelle-Calédonie est incapable de s’assumer seule. Elle est clairement sous perfusion de la métropole qui lui accorde des moyens qui, s’ils n’arrivaient pas, plongeraient l’archipel dans la misère totale. Ainsi en est-il par exemple des structures de santé. La Nouvelle-Calédonie seule pourrait-elle faire face aux montants des dépenses de ce seul secteur ? Évidemment que non.

Quitter la France et devenir indépendante ne serait donc nullement la solution d’autant que la Nouvelle-Calédonie possède le 2e plus gros gisement de nickel au monde. Si la France devait quitter le territoire, la Chine ne tarderait pas – ou la Russie – à y mettre les pieds et ainsi remplacer le prétendu « colonisateur » français, qui est en fait le « bienfaiteur » de la Nouvelle-Calédonie avec tous les moyens qu’elle y met en œuvre.

La Corse et la Nouvelle Calédonie sont deux exemples qui nous permettent de voir que la quasi totalité de la classe politique est constituée de dangereux démagogues qui détestent leur pays (Gauche) et de trouillards, vendus à l’Union Européenne (centre et droite molle) incapables de défendre ouvertement l’idée que la France doit rester une et entière et qu’à Bastia ou à Nouméa, ils n’accepteront pas de baisser pavillon devant ceux qui veulent voir notre pays éclater .

Bernard GERMAIN

Ripostelaique.com

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