1. Pourquoi des médecins prescrivent tant d’antidépresseurs?
Vous devriez poser quelques questions à votre médecin avant votre prochaine prescription d’antidépresseurs. Je résume ce document élaboré et conseillé par le site Lies are Unbekoming (les mensonges sont inconvenants), un guide de 13 pages bien structuré: dix questions accompagnées de leurs faits clé, deux paragraphes explicatifs de contexte pour chacune des questions, un tableau de référence permettant de trouver les questions correspondant à votre situation, ainsi qu’un guide de référence rapide d’une page à imprimer et à emporter lors de votre consultation.
Personnellement, comme médecin spécialiste en anesthésiologie et médecin spécialiste en médecine intensive, j’ai toujours été très avare de mes prescriptions de somnifères, de tranquillisants, d’anxiolytiques, de neuroleptiques, alors que j’ai été si souvent choqué de voir combien de patients que j’ai anesthésiés ou réanimés prenaient des antidépresseurs et/ou des anxiolytiques et combien souvent mes confrères généralistes prescrivaient des somnifères et des tranquillisants. J’ai eu si souvent l’impression que ces patients sur-médicalisés étaient addicts et/ou pris au piège dans un cercle vicieux. Je n’ai prescrit qu’une fois un antidépresseur (Prozac) et cela seulement pour quelques jours jours et l’ai diminué très progressivement.
Le trop fameux essai STAR*D a coûté 35 millions de dollars et a recruté plus de 4’000 patients dépressifs. Il s’agissait du plus grand essai clinique sur l’efficacité des antidépresseurs de l’histoire de la psychiatrie. Les chercheurs ont annoncé qu’environ 70 % des participants ayant été suivis dans cette étude ne présentaient plus aucun symptôme. Ce chiffre a été repris dans les manuels médicaux, les supports de formation et les brochures destinées aux patients. Aujourd’hui, la plupart des patients à qui l’on prescrit un antidépresseur se voient prescrire un médicament dont l’efficacité repose en grande partie sur ce chiffre de cette essai STAR*D.
Ed. Pigott et ses collègues ont passé plus de cinq ans à analyser les données sous-jacentes de ce grand essai STAR*D. Une fois pris en compte de manière appropriée les abandons et les rechutes survenus pendant le suivi de ces patients, le chiffre qui répondait à la question pour laquelle l’essai STAR*D avait été conçu, à savoir que, en réalité le pourcentage de patients ayant intégré l’essai, atteint une rémission, conservé leur état de bien-être et poursuivi le suivi à un an — ne s’élevait qu’à 3 %. ! Confronté à ce chiffre, le chercheur Maurizio Fava a reconnu qu’il était exact. Les chercheurs le savaient depuis le début.
70 % était le chiffre qui figurait dans les manuels médicaux et les brochures destinées aux patients. 3 % était le chiffre réellement obtenu par l’essai. En 2007, près de quatre millions d’Américains percevaient des prestations fédérales d’invalidité pour cause de maladie mentale, soit une multiplication par six au cours de la période ayant connu la plus forte expansion de la prescription d’antidépresseurs de l’histoire de la médecine. Cette corrélation est très troublante ! Les troubles psychiques sont la première cause d’invalidité en Suisse, représentant près de 46 % des rentiers de l’Assurance Invalidité (AI), soit environ 80’000 personnes sur un total d’environ 180’000 rentiers.
Le narratif manipulateur que les patients entendent lors d’une consultation, déséquilibre chimique, vulnérabilité biologique, prise en charge à vie, a été contredit par les propres recherches de la profession psychiatrique. La revue systématique globale publiée en 2022 dans Molecular Psychiatry n’a trouvé aucune preuve cohérente d’un lien entre la sérotonine et la dépression. Steven Hyman, ancien directeur de l’Institut national américain de la santé mentale, a reconnu que les patients ne présentaient pas de déséquilibres chimiques au départ. Ce sont les médicaments antidépresseurs qui les créent. Le cerveau compense la présence du médicament en modifiant sa propre chimie, ce qui explique pourquoi tant de patients ne parviennent pas à arrêter le traitement une fois qu’ils l’ont commencé. Jusqu’à la moitié de ceux qui tentent d’arrêter le traitement souffrent de symptômes de sevrage, vertiges, sensations de décharges électriques, agitation, dépression, que le patient et le prescripteur interprètent à tort comme un retour de la dépression. Le traitement est alors repris. Mystérieusement, les symptômes disparaissent en quelques heures. Un véritable épisode dépressif ne réagit pas à un comprimé en quelques heures. Le Collège royal des psychiatres anglais, après des décennies de déni, a reconnu en 2019 que le sevrage des ISRS peut être grave et prolongé. Les ISRS sont les Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine. En Suisse, le plus prescrit est le Prozac. C’est la classe d’antidépresseurs la plus prescrite. Ils sont principalement utilisés pour traiter la dépression, l’anxiété, les phobies et les troubles obsessionnels compulsifs
Voici la question n° 4, l’une des dix de ce document instructif:
Quel est le risque avéré qu’un antidépresseur déclenche une manie et fasse de moi un patient bipolaire à long terme ?
Fait marquant: une étude de l’Université de Yale de 2004 portant sur 87’290 patients diagnostiqués comme souffrants de dépression ou d’anxiété a révélé que ceux traités par antidépresseurs ISRS développaient un trouble bipolaire à un taux de 7,7 % par an — soit trois fois le taux observé chez ceux qui n’étaient pas exposés à ces médicaments. Sur des périodes plus longues, 20 à 40 % des patients initialement diagnostiqués comme souffrant de dépression unipolaire finissent par développer un trouble bipolaire.
Le premier rapport faisant état d’une manie induite par un antidépresseur est apparu en 1956. En 1993, le guide de pratique de l’Association américaine de psychiatrie consacré à la dépression reconnaissait que « tous les traitements antidépresseurs, y compris l’électroconvulsivothérapie (ECT), peuvent provoquer des épisodes maniaques ou hypomaniaques ». Dans une enquête menée par l’Association pour la dépression et la maniaco-dépression, 60 % des personnes ayant reçu un diagnostic de trouble bipolaire ont déclaré avoir d’abord souffert de dépression et n’être devenues bipolaires qu’après avoir été exposées à des antidépresseurs. Fred Goodwin, coauteur de l’ouvrage de référence dans ce domaine, Manic-Depressive Illness, a décrit ce mécanisme dans une interview accordée en 2005 : « Si l’on crée de manière iatrogène un patient bipolaire, celui-ci est susceptible de présenter des récidives de trouble bipolaire même si l’antidépresseur en cause est arrêté. »
Un paragraphe de contexte de ce document figure ci-dessus. Un deuxième, qui approfondit le mécanisme et ses implications, se trouve dans le document original aux côtés des neuf autres questions.
Les neuf autres traitent de la théorie du déséquilibre chimique, de l’ampleur absolue de l’effet des ISRS par rapport au placebo, du problème du placebo actif, de l’impact des ISRS sur les fonctions émotionnelles et cognitives, du mécanisme de sevrage qui piège les patients dans la prise de ces médicaments, des données sur les résultats à long terme montrant que les patients sous traitement s’en sortent moins bien que ceux qui ne le sont pas, de la réanalyse de l’étude STAR*D, et des approches non médicamenteuses qui s’attaquent aux véritables causes des symptômes.
Les éléments de preuve présentés dans ce document de Lies are unbekoming sont tirés de trois essais publiés sur le site Lies are Unbekoming — « Se sentir mieux, aller plus mal : comment les médicaments psychiatriques créent l’illusion qu’ils guérissent », « Le trouble bipolaire: une épidémie fabriquée de toutes pièces » et « Les 10 principaux mythes de la psychiatrie moderne » qui rassemblent les travaux de Peter Gøtzsche (Mental Health Survival Kit ; Is Psychiatry a Crime ?), Peter Breggin (Toxic Psychiatry ; Talking Back to Prozac), d’Irving Kirsch (analyse des données de la FDA sur les principaux ISRS), de Robert Whitaker (Anatomy of an Epidemic), de Joanna Moncrieff (The Myth of the Chemical Cure), de Mark Horowitz et David Taylor (sevrage hyperbolique, Lancet Psychiatry), de Giovanni Fava (sensibilisation à long terme) et d’Ed Pigott (réanalyse de l’étude STAR*D).
Conclusion: si vous pensez souffrir de dépression faites tout votre possible pour vous en sortir sans antidépresseur, sans Prozac ou autre Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine. Faites d’abord confiance à un bon médecin ayant une bonne autorité naturelle, une grande expérience et adepte de la via negativa.
Fin de la première partie
PD. Dr. méd. Dominique Schwander
juillet 2026
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