Environnement : les marchands d’apocalypse ont encore frappé .

Le 9 février dernier, à Manchester, l’IPBES, souvent présentée comme le « GIEC de la nature », publiait son tout premier rapport consacré à la biodiversité, aussitôt salué comme un tournant par la presse militante.

Le verdict est en effet accablant : Homo sapiens précipite la planète vers une sixième extinction de masse, la plus brutale depuis l’apparition de la vie sur Terre.

Au terme de savants calculs, ses impacts sur la nature y sont estimés à 7 300 milliards de dollars annuels, et les dépenses pour la protéger à 3 % de ce montant.

Sans l’affirmer ouvertement, cela laisse supposer qu’il y a matière à rééquilibrer .

Comprenez : il faudra payer, selon le principe du « pollueur-payeur » désormais érigé en dogme.

Ainsi des chercheurs financés par des États qui taxent les entreprises enjoignent à ces mêmes entreprises de financer davantage la biodiversité qu’elles dégradent.

La nature offre pourtant une leçon d’humilité à ces donneurs de leçons : les parasites n’ont aucun intérêt à tuer l’hôte qui les nourrit.

Avant d’accepter le verdict, ne faudrait-il pas réfléchir?

 

On nous l’annonce avec constance : la sixième extinction de masse est en route, la plus brutale que la Terre n’ait jamaisconnue.

Le rythme de disparition des espèces serait sans précédent. L’humanité serait en train d’effacer le vivant à une vitesse jamais vue dans l’histoire géologique.

La Terre a connu cinq grandes extinctions de masse depuis l’apparition de la vie. Chacune a effacé au moins 75 % des espèces en un intervalle bref (à l’échelle géologique).

Leurs causes semblent désormais bien identifiées : dérive des continents provoquant des glaciations cataclysmiques (Ordovicien, 85 % des espèces marines disparues) ; eutrophisation des océans liée à l’explosion des premières forêts terrestres (Dévonien, 75 % des espèces) ; volcanisme colossal en Sibérie injectant des millions de km³ de basaltes et des gaz suffocants (Permien-Trias, 96 % des espèces) ; ouverture de l’Atlantique et volcanisme associé (Trias-Jurassique, 76 %) ; enfin, l’impact de l’astéroïde de Chicxulub au Yucatan, il y a 66 millions d’années, qui abolit la photosynthèse pendant un à deux ans, anéantissant les végétaux et les grands herbivores en quelques mois (76 % des espèces).

Pour comparer la vitesse de ces catastrophes à celle de la crise actuelle, les biologistes ont créé un bel outil : l’E/MSY, ou extinctions par million d’espèces-années.

En temps « normal », ce taux de fond est estimé entre 0,1 et 1.
Pour être concret , cela signifie que l’on perd environ une espèce de mammifère par siècle pour 10 000 espèces existantes.

Pour la crise actuelle, les études publiées avancent une fourchette de 100 à 1 000 E/MSY .

Or, pour les extinctions de masse historiques, le chiffre est entre dix et mille fois SUPÉRIEUR.

 

Extinction

Âge (Ma)

Durée

E/MSY estimé

Taux de fond pour référence

0,1 – 1

Ordovicien-Silurien

443

1–2 Ma

500 – 2 000

Dévonien terminal

375–359

20–25 Ma

50 – 500

Permien-Trias

252

0,06–0,5 Ma

10 000 – 100 000

Trias-Jurassique

201

0,02–0,1 Ma

5 000 – 50 000

Crétacé-Paléogène (K-Pg)

66

< 0,001 Ma

5 000 – 100 000

Crise actuelle

Aujourd’hui

En cours

100 – 1 000

    (Ma : millions d’années)

 

Donc conclure que le rythme actuel est le plus rapide que l’on ait jamais connu est à tout le moins profondément inexact, si ce n’est gravement mensonger.

Mais, bien au-delà, ces chiffres méritent d’être examinés de près.

En effet, la méthodologie permettant d’y parvenir souffre de biais cumulatifs amenant tous à surestimer le rythme actuel d’extinction des espèces.

Premier biais : l’incertitude sur le nombre d’espèces existantes. On ne connaît à ce jour qu’environ 1,5 à 2 millions d’espèces décrites, alors que les estimations du total réel varient de 5 à 100 millions selon les méthodes employées. Une erreur d’un facteur 10 sur ce dénominateur produit mécaniquement une erreur d’un facteur 10 sur le taux calculé.

Deuxième biais : la comparaison porte sur des corpus radicalement hétérogènes. Les cinq extinctions passées sont mesurées sur les invertébrés marins à coquille : ce sont les seuls organismes suffisamment bien fossilisés pour permettre une analyse statistique.

La crise actuelle, elle, est mesurée sur les vertébrés terrestres inventoriés par la Science. Comparer ces deux grandeurs revient à mesurer des températures en mer et sous abri en affirmant observer le même phénomène.

Troisième biais : l’échantillon retenu pour la crise actuelle souffre d’un double défaut rédhibitoire.

D’une part, un biais de sélection : les vertébrés présentent des caractéristiques biologiques qui les rendent beaucoup plus vulnérables aux perturbations anthropiques que la majorité des autres groupes ( faibles effectifs de population, reproduction lente, grands domaines vitaux, forte spécialisation écologique).

Leur taux d’extinction ne saurait être extrapolé à l’ensemble du vivant.

D’autre part, un biais de taille : 70 000 espèces de vertébrés représentent 0,7 % de la biodiversité réelle, peut-être beaucoup moins.

Aucune autre discipline scientifique n’accepterait de tirer des conclusions universelles d’un échantillon aussi peu représentatif.

S’y ajoute ce que les paléontologues nomment « l’effet Lazare» : une espèce absente d’une couche stratigraphique n’est pas nécessairement éteinte.

Quatrième biais, presque grotesque : le choix arbitraire de l’année 1500 comme point de départ du calcul.

En pratique, chaque espèce disparue ne contribue au dénominateur que depuis sa première description par un naturaliste et non depuis son apparition.

Le cas du dodo est parfaitement représentatif.

Documenté pour la première fois en 1598 à l’île Maurice, éteint vers 1680, il ne contribue donc au calcul que pour 82 espèces-années.

Or cet oiseau existait sur son île depuis fort longtemps, sa lignée s’étant différenciée il y a environ 25 millions d’années. Compter 82 ans est un non-sens, pourtant lourd de sens: un dénominateur massivement plus grand réduirait considérablement le taux E/MSY.

Ce biais s’applique à la totalité des espèces disparues depuis 1500 : toutes existaient bien avant que les naturalisteseuropéens ne les découvrent.

L’accumulation de ces biais conduit à une conclusion qui devrait tempérer les discours les plus alarmistes : il n’est en aucune façon démontré que le rythme d’extinction actuel est « sans précédent ». Les données disponibles indiquent même le contraire : les extinctions de masse passées ont été entre 10 et 1000 fois plus rapides qu’aujourd’hui, la mesure actuelle étant par ailleurs surestimée.

Nous connaissons certes une crise de la biodiversité, et toutes les initiatives visant à la protéger sont louables.

Mais qualifier cette crise de « sixième extinction de masse » est, en l’état actuel de nos connaissances, à tout le moins prématuré.

Plus de 99 % des espèces ayant jamais existé ont disparu avant même que l’homme n’apparaisse.

 

Là encore, comme pour le réchauffement climatique, une véritable propagande se met en place.
Il devient de plus en plus évident que maintenir l’angoisse et la peur est devenu la préoccupation première chez nos dirigeants.

La disparition des espèces s’inscrit dans une logique aussi vieille que la vie. Darwin lui a donné un nom : ça s’appelle l’évolution.

Raoul Girodet 

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2 Commentaires

  1. Si LFI, les écolos, le PS, le PC, Renaissance, le Modem, Horizon étaient des espèces en voie de disparition, la France se porteraient mieux.