Arythmie cardiaque 2 : attention aux signes à surveiller

Connaître les signes et symptômes cardiaques auxquels vous devez prêter attention pourra faire la différence parce que certaines arythmies nécessitent une prise en charge médicale rapide et d’autres pas

Notez les informations de tout évènement cardio-vasculaire vécu

Lorsque vous consultez un médecin pour poser un diagnostic, vous devez lui décrire avec précision vos signes et symptômes cardiaques ou associés ressentis, si par exemple vous présentez aussi des vertiges, un essoufflement, une douleur, une constriction ou une oppression thoracique, etc.

  • Heure, durée et contexte de la crise. Notez minutieusement ce que vous faisiez et ce que vous aviez mangé ou bu.
  • Mesures de la fréquence cardiaque. Le suivi de votre fréquence cardiaque pendant un épisode peut fournir des informations précieuses sur ce qu’a fait votre cœur et aider à préciser un diagnostic. Placez votre index sur votre cou ou votre poignet pour vérifier votre pouls et le noter. Un tensiomètre, une montre connectée ou un oxymètre de pouls peuvent vous aider à mesurer et à noter votre fréquence cardiaque.

Trois types d’anomalies du rythme cardiaque

Notre cœur bat en moyenne 100’000 fois par jour et la fréquence cardiaque normale au repos pour un adulte est d’environ 60 à100 battements par minute (BPM). Pendant notre sommeil, la fréquence cardiaque d’un adulte en bonne santé baisse naturellement pour se situer entre 40 et 60 battements par minute (BPM). Ce qui représente généralement une baisse de 14 à 24 battements par minute par rapport au rythme cardiaque observé au repos en état de veille. Votre fréquence cardiaque est régulièrement plus élevée lors d’efforts physiques, d’émotions ou de fièvre. Elle varie aussi selon votre âge, votre  condition physique, votre état de santé général et vos activités.

Dans des conditions normales, vous ne sentez pratiquement pas vos battements cardiaques parce que le péricarde et le liquide péricardique qui entourent votre cœur agissent comme un amortisseur, isolant l’impact des battements cardiaques.

  • Battements anormaux persistants. Vous observez que votre rythme cardiaque est « toute la journée constamment rapide » ou « bat pendant quelques minutes puis votre coeur arrête d’être ressenti»Les médecins parlent de tachycardie et d’arythmie pour ces  symptômes.
  • Palpitations. Ces battements cardiaques irréguliers transitoires, prématurés sont des contractions précoces du cœur (ventricules ou oreillettes) ressenties comme un cœur qui saute, un battement, une pause, une sensation de raté, dans votre poitrine. Vous présentez des symptômes qui ne se manifestent pas de manière continue, mais plutôt sous la forme d’ « un ou deux battements soudains, puis ça disparaît », d’une « sensation d’être frappé à la poitrine avant que cela ne disparaisse »… Si ils surviennent au volant d’un voiture ou pendant une activité physique, de tels battement peuvent provoquer une désorientation momentanée ce qui peut être dangereux. Les médecins appellent extrasystoles de tels battements anormaux isolés ou consécutifs au nombre de deux à trois, prématurés, suivis d’une pause et d’une contraction plus forte, perçus comme un saut ou un coup dans la poitrine. Ces extrasystoles résultent d’une conduction électrique cardiaque anormale. Ce phénomène se décompose souvent en trois phases perçues par le patient: un battement prématuré souvent trop faible pour être ressenti. Une pause compensatrice avec brève sensation d’arrêt du cœur ou de vide. Le battement suivant est plus vigoureux car le cœur a eu plus de temps pour se remplir de sang. Souvent bénignes sur un cœur sain, les extrasystoles peuvent être déclenchées par le stress, l’anxiété, la caféine, l’alcool et des médicaments. Bien que fréquentes et généralement inoffensives, un avis médical est recommandé si les symptômes persistent, deviennent fréquents ou inconfortables, si ces extrasystoles s’accompagnent de vertiges, de douleurs thoraciques, d’essoufflement ou si elles sont liées à une maladie cardiaque sous-jacente connue ou à diagnostiquer. La majorité des personnes qui ont des extrasystoles de temps en temps ne nécessitent généralement pas de traitement. Un électrocardiogramme (ECG) ou un Holter ECG (enregistrement sur 24h-48h) peut être nécessaire.
  • Symptômes atypiques. Certains patients décrivent des sensations comme une « oppression », une « sensation étrange » ou un « léger essoufflement », ou leurs proches remarquent que le teint cutané de leur proche âgé a récemment changé. Ces symptômes apparemment sans rapport peuvent être dûs à une arythmie affectant la fonction cardiaque.

Causes des extrasystoles et des arythmies

1. Facteurs environnementaux et physiologiques externes

Ces facteurs temporaires peuvent généralement être atténués en modifiant son mode de vie.

  • Facteurs émotionnels. Le rythme cardiaque augmente lorsque vous vous sentez tendu et diminue lorsque vous êtes détendu.
  • Mode de vie et état de santé. Un manque de sommeil, de la fatigue, de la fièvre, de la diarrhée, une déshydratation, la pollution, un manque de magnesium ou de potassium et d’autres malaises physiques peuvent augmenter le rythme cardiaque. Déséquilibres hormonaux: les problèmes de thyroïde, notamment l’hyperthyroïdie, et le diabète  sont des causes fréquentes d’accélération et d’irrégularité du rythme. Parmi les facteurs cardiovasculaires: hypertension artérielle, maladie coronarienne, insuffisance cardiaque, vice valvulaire, myocardite. Bien sûr aussi des médicaments tels que ceux contre le rhume qui contiennent de la pseudoéphédrine, les digitaliques.
  • Environnement physique. Des changements brusques de température peuvent affecter  votre rythme cardiaque.
  • Stimuli alimentaires. Une consommation excessive de café, de thé fort, de nicotine, de drogues illicites ou d’aliments épicés peut déclencher des extrasystoles.
  • Facteurs structurels et génétiques. L’âge, (la fibrillation auriculaire augmente avec le vieillissement), génétique (syndrome du QT long et anomalies congénitales), apnée du sommeil.

2. Anomalies persistantes du système de régulation du rythme cardiaque.

Lorsque ce système fonctionne mal voyez un médecin pour diagnostic et traitement.

À partir de quand considérer un rythme cardiaque comme anormal ?

  • Norme absolue. En général, une fréquence cardiaque supérieure à 100 battements par minute (bpm) au repos est considérée comme rapide et nécessite votre attention.
  • Norme relative. Si la fréquence dépasse de plus de 30 bpm la fréquence cardiaque  normale d’une personne, cela peut provoquer une gêne. Par exemple, une personne dont la fréquence cardiaque normale est de 60 BPM peut se sentir mal à l’aise si celle-ci passe soudainement à 90 BPM, même si elle reste inférieure à la norme absolue de 100 BPM. Une telle augmentation est alors considérée comme significative.
  • Le cœur dispose d’un système de régulation sophistiqué qui contrôle la régularité des battements cardiaques. Il est donc nécessaire de faire la distinction entre l’accélération physiologique (par exemple lors dun effort physique ou lors de fièvre), et l’arythmie pathologique causée par des décharges électriques anormales à un endroit anormal du cœur, entraînant une conduction électrique irrégulière et des contractions cardiaques désordonnées, ce qui réduit la fonction de notre pompe cardiaque et, dans un cas grave, peut aussi être un risque vital.
  • Symptômes qui doivent vous alerter. Un rythme hors norme devient préoccupant s’il s’accompagne de signes et de symptômes physiques. Sensation que son cœur s’emballe, cogne ou bat de manière anarchique. Étourdissements ou vertiges: sensation que sa tête tourne ou de malaise imminent. Essoufflement: difficulté à respirer, même sans effort. Douleurs thoraciques: gêne ou oppression dans sa poitrine. Pertes de connaissance (syncope): évanouissement soudain

Arythmies les plus dangereuses

Une accélération du rythme cardiaque peut donner l’impression d’un accident vasculaire cérébral ou d’un arrêt cardiaque imminent. Bien que la plupart des arythmies soient bénignes, les arythmies malignes constituent une cause importante de mort subite et doivent être prises au sérieux.

Arythmies vitales = urgence immédiate

  • La fibrillation ventriculaire (FV) est considérée comme l’arythmie cardiaque la plus dangereuse et constitue une urgence médicale absolue. Elle provoque un arrêt cardiaque immédiat car le cœur ne parvient plus à pomper le sang vers le reste du corps. Le cœur « tremble » au lieu de battre et de pomper. Sans bonne oxygénation et défibrillation rapide, elle est fatale en quelques minutes car la circulation sanguine s’arrête totalement.
  • Tachycardie ventriculaire (TV).  Le cœur bat extrêmement vite à partir des ventricules. Elle peut être bien tolérée brièvement mais risque de dégénérer à tout moment en fibrillation ventriculaire.

Arythmies à risque de complications graves

  • Fibrillation auriculaire (FA). C’est la plus fréquente. Bien qu’elle ne soit pas immédiatement mortelle, elle multiplie par cinq le risque d’accident vasculaire cérébral. Les oreillettes ne parviennent pas à se contracter efficacement et le sang peut facilement stagner dans ces oreillettes, formant ainsi des caillots sanguins qui peuvent se déplacer vers le cerveau et provoquer un accident vasculaire cérébral (AVC). Certains patients atteints de fibrillation auriculaire sont totalement asymptomatiques et ne présentent aucun symptôme évident.
  • Flutter auriculaire. Proche de la FA il est un rythme rapide et régulier. Il peut être totalement asymptomatique ou entraîner des symptômes tels que palpitations, tachycardie à 150, fatigue, malaise, essoufflement (dyspnée), gêne thoracique, angoisse. Il présente un risque thromboembolique et peut entraîner une insuffisance cardiaque si le rythme cardiaque est trop rapide de manière prolongée.
  • Les troubles de conduction lents, Blocs auriculo-ventriculaires (BAV) de haut degré, Le signal électrique entre les oreillettes et les ventricules est bloqué. Cela peut provoquer des syncopes ou un arrêt cardiaque si le rythme devient trop lent.

Toutes ces arythmies nécessitent un électrocardiogramme (ECG) parce que vous et votre  médecin ne peuvent pas déterminer le type d’arythmie en se basant que sur la sensation de vos battements cardiaques.

Que faire vous-même lors de palpitations pour aider à stabiliser votre rythme cardiaque et à atténuer le danger immédiat.

  • Asseyez-vous ou allongez-vous immédiatement. Lors de palpitations, votre cœur peut moins bien pomper, ce qui peut entraîner des vertiges, un manque d’équilibre et une perte de conscience. Arrêtez toute activité, asseyez-vous ou allongez-vous afin d’éviter de tomber et de vous blesser.
  • Ralentissez votre respiration. Respirez régulièrement et lentement. Évitez de respirer rapidement ce qui peut déclencher un syndrome dhyperventilation aggravant votre état.
  • Stimulez votre système nerveux parasympathique. Buvez un peu d’eau ou avalez votre salive, ce qui peut aider à rééquilibrer votre système nerveux autonome et stabiliser votre rythme cardiaque. Sauf si vous vous sentez défaillir, inspirez lentement puis retenez votre respiration pendant quelques secondes, ce qui contribue à activer votre système nerveux parasympathique. Cependant, arrêtez immédiatement si vous vous sentez étourdi.

Si vos symptômes ne s’améliorent pas après avoir essayé ces mesures, si ils ne disparaissent pas ou si ils s’aggravent consultez  un médecin.

Raisons  pour consulter un médecin

En cas d’arythmie, consultez un médecin rapidement si l’un des éléments suivants se produit.

  • Durée supérieure à 30 secondes des épisodes. Un rythme cardiaque irrégulier ou rapide persistant plus de 30 secondes peut indiquer une arythmie plus grave.
  • Épisodes fréquents : si une tachycardie ou une arythmie survient tous les quelques mois ou est liée à un événement précis (comme de la fièvre ou un stress très important) il vous faut  surveiller. Si elles se répètent plusieurs fois au cours d’une semaine, cela peut indiquer que l’organisme a développé un schéma de décharges électriques anormales et il est indiqué de consulter un médecin.
  • Symptômes associés graves. Des vertiges, une oppression thoracique, des douleurs thoraciques, un essoufflement ou tout autre inconfort manifeste lors de palpitations peuvent indiquer que votre trouble du rythme a compromis la fonction cardiaque. Consultez un médecin.
  • Lieu où vous vivez. Si vous vivez dans une région isolée ou en banlieue d’une grande ville  aux ressources médicales limitées, ou si vous vous préparez à entreprendre un long voyage en avion ou en bateau, et vous avez l’impression que votre rythme cardiaque est irrégulier, consultez un médecin bien avant le départ. Et ne faites pas l’erreur de changer vos médicaments cardio-vasculaires les jours précédents votre départ.

PD. Dr. méd. Dominique Schwander

Spécialiste FMH anesthésiologie

Spécialiste FMH médecine intensive

retraité

mai 2026

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