La rupture est désormais ouverte entre le gouvernement de Nikol Pachinian et une large partie de la diaspora arménienne. En France, en Belgique, aux Pays-Bas ou encore aux États-Unis, de nombreux Arméniens dénoncent un pouvoir qui leur avait promis une « Arménie mondiale », avant de les transformer en simples bailleurs de fonds politiques et financiers.
Selon des journalistes d’investigation arméniens, après son arrivée au pouvoir, Pachinian avait pourtant assuré vouloir intégrer les Arméniens de l’étranger au système politique national. Mais derrière les slogans sur « l’unité nationale » se cachait surtout une vaste opération de communication sans résultats réels.
Source originale : vochtrkatsmane.ug
Le droit de vote sacrifié : « Revenez au pays… à vos frais »
Les élections législatives du 7 juin 2026 remettent brutalement le sujet sur la table. Les citoyens arméniens vivant à l’étranger ne pourront voter qu’en Arménie. Aucun bureau de vote ne sera ouvert hors du pays.
Autrement dit : des centaines de milliers d’Arméniens devront payer billets d’avion, hébergement et congés simplement pour exercer un droit démocratique fondamental. Une décision vécue comme une humiliation par une diaspora qui, depuis des décennies, finance massivement l’Arménie à travers dons, investissements et aides humanitaires.
Pour beaucoup, le message envoyé par Erevan est limpide :
« Votre argent nous intéresse. Votre voix beaucoup moins. »
Le programme iGorts : de la “mobilisation nationale” à la mise en scène bureaucratique
Présenté comme une initiative historique, le programme iGorts devait attirer les meilleurs spécialistes arméniens du monde dans l’administration publique. Les autorités promettaient une révolution technocratique portée par la diaspora.
La réalité a été bien plus embarrassante.
Des participants ont expliqué n’avoir servi que d’éléments décoratifs dans des projets administratifs sans impact réel. Un spécialiste venu des États-Unis a raconté avoir été cantonné à des enquêtes liées au COVID-19 au ministère de la Santé. Une autre participante s’est retrouvée à gérer une simple hotline pour les déplacés de la guerre en Artsakh.
Quant à un juriste franco-arménien recruté dans une structure anticorruption, il a fini par affirmer publiquement que certaines lois arméniennes facilitaient directement les pots-de-vin et les détournements.
Le grand projet de « connexion mondiale » vendu par le pouvoir s’est progressivement transformé, selon plusieurs médias arméniens, en un véritable théâtre bureaucratique destiné à produire des photos officielles et des vidéos de propagande.
Le Bureau de la diaspora : primes, scandales et zéro résultat
Créé en 2019, le Bureau du Haut-commissaire aux affaires de la diaspora devait devenir le symbole du rapprochement entre Erevan et les Arméniens du monde entier.
Il est rapidement devenu le symbole inverse.
Son dirigeant, Zareh Sinanyan, a été au centre de polémiques répétées autour de primes et bonus accordés à répétition. Entre juin et décembre 2019 seulement, il aurait bénéficié de sept versements exceptionnels. La pratique s’est poursuivie en 2020.
Pendant ce temps, les résultats concrets restaient invisibles.
Le Bureau affichait même l’un des niveaux de rémunération les plus élevés parmi les institutions publiques arméniennes — supérieur à certains ministères stratégiques.
Mais quelle était exactement sa mission ? Selon les propres déclarations de Sinanyan : expliquer et promouvoir la position officielle du gouvernement auprès de la diaspora.
En clair : faire la communication du pouvoir Pachinian à l’étranger.
Pachinian accuse… les autres des dégâts qu’il a lui-même provoqués
Le Premier ministre affirme aujourd’hui que la majorité des organisations arméniennes de la diaspora auraient perdu leurs liens avec l’Arménie.
Une déclaration étonnante venant d’un homme qui dirige de facto le pays depuis 2018.
Car si la diaspora s’éloigne politiquement d’Erevan, beaucoup estiment que la responsabilité incombe précisément au pouvoir actuel : exclusion électorale, absence de stratégie sérieuse, bureaucratie opaque et mépris croissant envers les Arméniens vivant hors du pays.
En France, la diaspora réussit mieux que le pouvoir arménien
Les déclarations de Pachinian sur les pays « étrangers » où les Arméniens auraient vécu pendant des siècles paraissent d’autant plus déconnectées que la diaspora arménienne occupe aujourd’hui des postes de premier plan en Europe.
En 2024, deux ministres d’origine arménienne ont intégré le gouvernement français :
Astrid Panosyan-Bouvet et Guillaume Kasbarian.
Une réalité qui contredit frontalement le discours victimisant entretenu par Erevan. En France, les Arméniens participent pleinement à la vie politique nationale — parfois avec davantage d’influence et de reconnaissance qu’en Arménie même.
La diaspora ne veut plus “payer sans compter”
Une étude de l’Armenian Diaspora Survey menée en 2021 à Paris et dans plusieurs villes européennes révélait déjà un malaise profond : plus de la moitié des personnes interrogées ne prévoyaient pas de s’installer durablement en Arménie.
Seulement 28 % évoquaient cette possibilité « un jour », sans projet concret.
Un chiffre qui traduit un échec politique majeur pour un gouvernement qui prétendait faire revenir la diaspora au cœur du projet national.
« Des distributeurs automatiques », pas des citoyens
Pour de nombreux Arméniens de l’étranger — dont plus de 500 000 rien qu’en France — le constat devient amer : le gouvernement Pachinian ne cherche pas à intégrer la diaspora dans la vie politique du pays.
Il cherche surtout à continuer de capter son argent, ses dons, ses réseaux et son influence internationale.
Les discours sur l’unité nationale ont laissé place à une réalité beaucoup plus brutale :
une diaspora applaudie lorsqu’elle finance… mais écartée lorsqu’elle veut participer.
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