Nantes: 5 dentistes licenciés pour avoir refusé la prothèse chinoise. Qui a raison?

L’histoire se passe au centre VYV Dentaire de Nantes. Cinq dentistes sur sept ont été licenciés pour faute grave. Leur tort? Avoir refusé d’imposer à leurs patients 30% de prothèses importées de Chine, comme le leur demandait leur direction.
Le centre tourne désormais au ralenti, 250 rendez-vous annulés en deux semaines.
Qui a tort? Qui a raison? Tout dépend sans doute de la qualité du produit chinois et je dois dire que ni les patients ni moi n’y voient clair !
Hypothèse 1: Les prothèses chinoises sont de mauvaise qualité. Alors les dentistes ont raison.
C’est ce que dénoncent les syndicats et l’Union Nationale des Prothésistes Dentaires. Depuis la convention de 2020 qui a plafonné les remboursements de prothèses, les importations de Chine, Turquie, Madagascar explosent. Exonérées de TVA, fabriquées avec une main d’oeuvre à bas coût, parfois avec des métaux lourds comme le béryllium ou des résines au bisphénol A interdits en UE, elles ne subissent aucun contrôle réel. Or, en France, un prothésiste est soumis au règlement UE 2017/745 ultra-strict. En Chine, pas de contrôle sur place.
Pire: selon certains témoignages, ces couronnes chinoises achetées 30 à 80€ seraient revendues au même prix que la française au patient. Le bénéfice ne va pas au patient, il va à la mutuelle. Le patient, lui, ne sait même pas d’où vient sa couronne, car les devis ne mentionnent pas toujours l’origine.
Si c’est le cas, les dentistes qui ont refusé de les imposer ont défendu la santé publique, la traçabilité et le Made in France. Les licencier est scandaleux.
Hypothèse 2: Les prothèses chinoises sont aussi bonnes mais moins chères. Alors le licenciement est discutable mais l’intention est louable.
C’est l’argument de VYV3: c’est « indispensable au maintien d’une offre de soins de proximité, accessible et de qualité« . Et il y a une réalité sociale.
Avant le 100% Santé, combien de Français renonçaient à se faire soigner? Comme disait François Hollande, les « sans-dents » étaient nombreux. J’ai connu quant à moi mes deux grands-parents maternels, ouvriers, sans dents. Pas un sou pour se faire mettre une prothèse, non remboursée dans les années 70.
Alors, si une couronne française coûte 400€ à fabriquer et une chinoise 80€, et que cela permet à un centre mutualiste de rester ouvert, de soigner des gens qui sinon resteraient sans dents, est-ce si condamnable?
Dans ce cas, avoir des dents grâce à la Chine, même moins chères, c’est mieux que de rester sans dents à la française, non ?
La vérité est probablement entre les deux: oui, il faut du low-cost pour soigner tout le monde, mais non, on ne peut pas l’imposer au patient sans le lui dire, et au même prix que le français.
La solution? Transparence totale: marquer « Fabriqué en Chine » sur le devis, avec le vrai prix d’achat, et laisser le patient choisir. Et si le patient choisit le moins cher, qu’il en profite vraiment.
À Nantes, ce n’est pas ce qui s’est passé. 
Christine Tasin

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