Ce qui se passe à Roubaix n’est pas une anecdote locale. C’est une méthode. Et elle a un nom: l’épuration culturelle par le peuple.
Le décor
Roubaix, 98 000 habitants, 45% sous le seuil de pauvreté, la ville la plus pauvre de France. Capitale historique du textile, devenue capitale du communautarisme et du trafic.
En mars 2026, David Guiraud, 33 ans, député LFI du Nord, est élu maire. Pas avec un programme de propreté, de sécurité, de réindustrialisation. Avec un programme identitaire assumé: « Roubaix aux Roubaisiens« , festival « 70 Nations » pour célébrer les diasporas, école du Pile rebaptisée non pas Samuel Paty mais Lili Keller-Rosenberg, rescapée de la Shoah — symbole moins clivant selon lui.
Cela a été en effet son premier geste: refuser le nom de Samuel Paty. Pour un maire LFI, donner le nom d’un prof décapité pour avoir montré des caricatures à une école de Roubaix, c’est une provocation de la droite. Pour lui, la faute morale est à droite, pas chez ceux qui ont décapité Paty.
La cible: le NAME
Le NAME Festival, c’est l’inverse exact de l’idéologie Guiraud.
C’est une création roubaisienne pure. 2005, la Condition Publique, friche textile de 10 000 m2 transformée en centre culturel. Deux filles du cru, Sabine Duthoit et Fanny Bouyagui, lancent le premier festival de musiques électroniques de province.Pas de subventions parisiennes, pas de label LFI. 20 ans de travail, un rayonnement international, mais surtout un ancrage: des ateliers dans 15 établissements scolaires, des centaines de gamins du coin initiés au son, à la lumière, à la création.
Pour Guiraud, c’est le problème. Le NAME est trop universel. La techno, c’est par définition sans drapeau, sans origine, sans « 70 nations ». C’est une musique qui mélange tout le monde sans demander son passeport. Pour une mairie qui veut communautariser chaque fête, c’est insupportable.
Alors on sort l’arme fatale: le mépris social.
| Communiqué de la mairie: Ce festival se fait sans les habitants: ils n’y participent pas, ils ne s’y sentent pas les bienvenus, et les nuisances sont devenues invivables. Et la chute : « mépris politique et social envers le Pile, l’un des quartiers les plus défavorisés de France » |
C’est la rhétorique classique de l’épuration. On ne dit pas « on n’aime pas votre musique ». On dit « vous méprisez les pauvres ». On ne dit pas « on veut mettre notre festival à la place ». On dit « vous n’êtes pas légitimes socialement ».
La méthode: Pol Pot en survêtement
Cf Saint-Just, en 1794: « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté« . Cette phrase a pu justifier la Terreur. aux yeux de certains. La terreur avait un sens, on était en pleine révolution, il fallait se battre à mort pour pouvoir changer de régime… Là c’est repris tel quel par LFI et par une partie de la Macronie depuis 5 ans: au nom de la République, de l’inclusion, de la lutte contre les discriminations, on interdit, on dissout, on déprogramme.
Récapitulatif de la mécanique roubaisienne, 3 étapes suffisent.
Étape 1: on crée une nouvelle légitimité — le « vrai peuple » du Pile, les « 70 nations », les « habitants qui ne se sentent pas les bienvenus ».
Étape 2 : on transforme l’ancien occupant en ennemi du peuple — « bobo », « méprisant », « déconnecté », même s’il habite là depuis 40 ans.
Étape 3: on remplace — la Condition Publique, lieu du NAME, accueillera le festival « 70 Nations ». Même salle, autre idéologie.
Ce n’est pas une annulation pour nuisances. Les organisateurs avaient réduit la jauge de 5000 à 1500, embauché des médiateurs, payé des navettes. La mairie a proposé une salle de repli… 3 semaines avant la date, quand les artistes sont déjà payés. C’est une éviction politique déguisée en gestion administrative.
Pourquoi c’est grave pour tout le monde
Si une mairie LFI peut du jour au lendemain déprogrammer 20 ans de culture électronique au motif que « les habitants du Pile ne s’y sentent pas les bienvenus », alors toute culture peut être déprogrammée.
Demain, une bibliothèque qui n’a pas assez de livres en arabe ? Mépris social.
Une expo de peinture qui n’a pas assez d’artistes issus des « 70 nations » ? Mépris politique.
Un prof qui montre des caricatures ? Provocation.
Roubaix est le test grandeur nature de ce que LFI ferait à l’échelle nationale. Pas besoin de dissoudre avec le Conseil d’Etat. Il suffit de dire: vous n’êtes pas du bon peuple, vous n’êtes pas de la bonne couleur politique, donc vous n’avez pas le droit à la salle municipale, à la subvention, à l’existence...
C’est ça l’épuration moderne. Elle ne porte pas de brassard. Elle porte un keffieh et parle au nom des quartiers populaires.
Christine Tasin
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