Un chien de compagnie peut-il contribuer à préserver nos facultés intellectuelles ?

Oui, posséder un animal de compagnie, tout particulièrement un chien, peut effectivement ralentir le vieillissement de votre cerveau et préserver plus longtemps vos facultés intellectuelles. Plusieurs études scientifiques longitudinales menées sur des adultes de plus de 50 ans démontrent que la présence d’un animal de compagnie est directement associée à un déclin plus lent de la mémoire et des capacités cognitives globales. Cet effet protecteur s’avère particulièrement bon chez les personnes qui vivent seules.

La science explique ainsi ce phénomène et les mécanismes concrets par lesquels votre chien protège votre santé cérébrale :

1. Réduction du stress chronique
Baisse du cortisol : Caresser ou interagir avec un chien diminue rapidement le taux de cortisol (l’hormone du stress) et libère de l’ocytocine, l’hormone du bien-être.
Protection neuronale : Le stress chronique est toxique pour les neurones, notamment dans l’hippocampe (le siège de la mémoire). En nous aidant à réguler notre stress, le chien agit comme un bouclier biologique pour notre cerveau.

2. Stimulation par l’activité physique
Augmentation de la marche : Les propriétaires de chiens marchent en moyenne 30 minutes de plus par jour.
Oxygénation du cerveau : Cette activité cardiovasculaire régulière favorise la neurogenèse (création de nouveaux neurones) et maintient une bonne circulation sanguine cérébrale, réduisant les risques de démence vasculaire.

3. Maintien d’une routine et d’une charge mentale positive
Exercice de planification : S’occuper d’un animal impose des tâches quotidiennes fixes (nourrir à heure régulière, planifier les sorties, l’éduquer, lui enseigner, gérer les rendez-vous chez le vétérinaire et les achats de ses aliments).
Entretien de la mémoire : Cette charge mentale positive stimule les fonctions exécutives du cortex préfrontal et entretient les mécanismes de la mémoire de travail.

4. Réduction de l’isolement social
Catalyseur de rencontres : Promener un chien favorise grandement les interactions sociales et les discussions avec les passants ou d’autres propriétaires.
Préservation du langage : Le simple fait de parler à son chien au quotidien et de maintenir un lien social régulier permet de freiner la perte de la fluidité verbale. Une étude publiée dans Scientific Reports a d’ailleurs confirmé que les propriétaires de chiens conservaient une mémoire immédiate et différée nettement meilleure au fil des ans.

Bien plus que de simples compagnons, nos amis à quatre pattes nous apportent de nombreux bienfaits. Un chien qui vous attend à la porte fait plus que simplement réclamer une promenade. Il montre à son propriétaire comme il est heureux de le revoir. Ces rituels quotidiens de votre chien pourraient être l’une des façons dont les animaux de compagnie influencent discrètement le vieillissement. Il semblerait que ces bienfaits ne proviennent pas seulement de la présence proche de votre chien, des ses comportements et de vos relations avec lui, mais aussi du fait que vous vous en occupez, l’éduquez, l’enseignez.

Que nous enseigne la science ?

L’un des domaines de recherche les plus fascinants de nos relation avec notre animal de compagnie concerne le vieillissement cognitif.

Une étude publiée dans Scientific Reports a suivi 637 adultes généralement en bonne santé, âgés de 50 à 100 ans, pendant une période allant jusqu’à 13 ans. Les propriétaires d’animaux de compagnie ont connu un déclin plus lent de leurs fonctions cognitives, mesuré par plusieurs indicateurs, que les personnes n’en possédant pas. Chez les propriétaires de chiens, les promenades avec leur animal étaient également associées à un ralentissement de la détérioration à certains tests cognitifs.

Une autre étude menée auprès de près de 8000 adultes de 50 ans et plus a révélé que posséder un animal de compagnie était associé à un ralentissement du déclin de la mémoire verbale et de la fluidité verbale, tout particulièrement chez les personnes vivant seules. Cette association n’a pas été observée chez celles vivant avec d’autres personnes.

Ces études sont observationnelles, ce qui signifie qu’il leur est difficile de prouver que les animaux de compagnie protègent notre cerveau. Les personnes en assez bonne santé pour être capables de s’occuper d’animaux de compagnie peuvent différer sur bien des points significatifs des personnes n’en possédant pas.

Néanmoins, la spécialiste féline Kuo Lan-Hsin pense que la stimulation répétée liée aux soins d’un animal pourrait être importante. Le système nerveux reste plastique tout au long de la vie, a-t-elle déclaré à The Epoch Times, et les activités qui exigent de nous de bouger, de planifier, de réagir, et d’interagir stimulent notre cerveau.

Relation entre posséder un chien et la démence sénile

Une vaste étude japonaise apporte un autre élément encourageant. Les chercheurs ont suivi plus de 11’000 personnes âgées vivant à domicile et ont constaté que les propriétaires de chiens avaient environ 40 % moins de risques de développer une démence invalidante au cours d’un suivi d’environ quatre ans que les personnes n’ayant jamais possédé de chien auparavant. La possession d’un chat n’était pas associée à ce même avantage. Cette association positive semblait particulièrement forte chez les propriétaires de chiens qui faisaient régulièrement de l’exercice et n’étaient pas isolés socialement. Cette particularité distinctive pourrait expliquer les résultats. Promener son chien allie activité physique, activité psychique, temps passé en plein air et occasions d’interagir avec des voisins et d’autres propriétaires de chiens. Nourrir, prendre soin d’un animal, le surveiller, l’éduquer, apprendre son langage corporel et lui enseigner engendrent également des responsabilités quotidiennes et des satisfactions mutuelles.

Plutôt que de suggérer que les chiens préviennent la démence, la recherche soulève une possibilité plus pratique : posséder un chien pourrait encourager plusieurs comportements qui sont déjà associés à un vieillissement en bonne santé. Les personnes vivant seules sans animal de compagnie étaient particulièrement susceptibles de se sentir seules.

Pendant la pandémie de COVID-19, une étude publiée dans PLOS One, a également révélé que les propriétaires de chiens présentaient des scores de dépression plus faibles et un soutien social perçu plus important que les personnes qui souhaitaient avoir un chien mais n’en possédaient pas.

Cependant, les recherches sur les animaux de compagnie et la santé mentale ont donné des résultats mitigés. Les animaux de compagnie ne peuvent remplacer les relations humaines, et posséder un animal de compagnie ne doit pas être considéré comme un traitement contre la dépression ou la solitude. Leur bénéfice potentiel réside plutôt dans la combinaison de la compagnie de son chien et d’une structure quotidienne. Les animaux de compagnie, en particulier les chiens ont besoin d’être nourris, toilettés, de jouer avec leur maître et les personnes en visite ou rencontrées lors de promenade. Ces responsabilités peuvent créer des repères tout au long de la journée et donner un sentiment d’utilité, notamment pour les personnes retraitées ou vivant seules.

L’interaction homme-animal peut également influencer la réponse au stress de l’organisme. Des études ont établi un lien entre l’interaction avec les animaux de compagnie et des variations de la pression artérielle, du rythme cardiaque et des hormones liées au stress. Le contact visuel entre les chiens et leurs maîtres a également été associé à l’ocytocine, une hormone impliquée dans le lien social.

Parallèlement, il ne faut pas négliger que les animaux de compagnie peuvent être source de stress. Les frais vétérinaires, les problèmes de comportement, les troubles du sommeil et les responsabilités liées aux soins font que l’expérience dépend fortement du propriétaire, de l’animal et des circonstances.

Quand les animaux deviennent-ils un outil thérapeutique ?

La relation homme-animal s’est également intégrée aux soins de santé formels.

Le psychologue Boris Levinson a contribué à l’essor de ce domaine moderne après avoir observé que son chien, Jingles, aidait certains enfants à s’impliquer dans leur psychothérapie. En 1964, il a introduit le terme zoothépapie. Cette zoothérapie est aussi indiquée chez les enfants autistes. Aujourd’hui, des animaux sélectionnés et éduqués pour ces tâches de soutien sont utilisés dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les programmes de réadaptation, les prisons et d’autres structures, tout particulièrement pour vivre avec et aider des personnes handicapées. La thérapie assistée par l’animal a fait l’objet d’études pour ses bénéfices potentiels, notamment la réduction de l’anxiété et du stress, l’amélioration de l’implication des patients et l’aide d’un chien dans la vie quotidienne. Par exemple, des chiens peuvent assister les personnes épileptiques ou diabétiques en intervenant pendant ou après les crises, tandis que leur odorat exceptionnel a inspiré des recherches sur la détection de signaux biologiques associés à des maladies telles que le cancer.

Ces applications diffèrent de la possession d’un animal de compagnie ordinaire car les animaux sont sélectionnés et longuement entrainés pour des rôles thérapeutiques ou d’assistance spécifiques. En Suisse la Fondation Le copain forme des chiens pour accompagner des personnes en situation de handicap: chien d’assistance capable d’exécuter plus de cinquante opérations difficiles ou impossibles pour une personne à mobilité réduite, chien d’alerte qui avertit le bénéficiaire de la venue d’une crise (diabète, épilepsie, narcolepsie…), chien d’éveil qui aide au développement (stimuli de la motricité fine, contact privilégié, développement du langage, etc.) essentiellement pour des enfants ou jeunes adultes dépendants; et chien de thérapie intégré comme assistant dans les EMS, les ateliers de réinsertion, les crèches, les physiothérapies de réhabilitation, etc.

Un animal de compagnie est-il fait pour tout le monde ?

Bien que posséder un animal de compagnie puisse présenter des avantages pour la santé, en adopter un principalement pour des raisons de santé nécessite une réflexion approfondie. Il est recommandé de prendre en compte la taille, le tempérament, le caractère, la santé et le niveau d’activité de l’animal, ainsi que les capacités physiques, le caractère, l’autorité naturelle et le cadre de vie du propriétaire.

Pour les personnes âgées, la taille peut être particulièrement importante. Un chien de grande taille ou énergique peut tirer brusquement sur sa laisse ou heurter son propriétaire, augmentant ainsi le risque de chute et se sentir trop à l’étroit dans un petit logement. C’est sans doute pourquoi en 20 ans la race de chiens la plus représentée en Suisse est devenue les Chihuahuas.

Les aspects pratiques sont également à considérer. Les soins vétérinaires, l’alimentation, le toilettage, les allergies, les contraintes liées au logement, les voyages et la capacité du propriétaire à prendre soin de l’animal tout au long de sa vie doivent tous être pris en compte dans la décision. Le bien-être de l’animal est tout aussi important.

Pour les personnes qui aiment les animaux mais ne peuvent pas s’en occuper à temps plein, passer du temps avec l’animal de compagnie d’un membre de la famille, faire du bénévolat auprès d’animaux en chenil ou participer à un programme d’assistance animale peuvent offrir des alternatives.

En fin de compte, la recherche ne suggère pas que les animaux de compagnie soient un médicament. Leur potentiel de bien-être est peut-être beaucoup plus ordinaire et peut-être plus intéressant. Un animal de compagnie donne à son propriétaire quelqu’un dont s’occuper, une raison de maintenir une routine et, dans le cas d’un chien, une raison de se lever et de sortir. Avec le temps, ces petites exigences peuvent s’accumuler et avoir un impact significatif.

Adaptation élargie en francais d’un article de Amber Yang sur Epoch Times: https://www.theepochtimes.com/health/can-pets-help-keep-your-brain-young-what-the-research-shows-6046679

PD. Dr. Dominique Schwander
août 2026

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