Quand de jeunes royalistes copient les LFI, ça fait peur !

J’ai fait passé cet été une soirée avec  jeune patriote, royaliste (certes pas ma tasse de thé évidemment) mais un gars bien, gentil, avec de l’humour, que j’ai en général du plaisir à rencontrer (quand on ne parle pas politique, ce que l’on évite).

Mais ce soir de juillet, pour une raison que j’ai oubliée, la discussion autour de la table a pris un tour  politique et j’ai entendu ce jeune de 20 ans, catho tradi (oui, la totale, mais il est tellement agréable et il évite d’en parler alors on n’en parle pas) dire sa fascination pour le système des fourmis rouges, toutes en ordre de bataille pour la cause, obéissant sans discuter, se sacrifiant sans barguigner… pour la cause. Bref, le modèle du petit totalitaire comme on les aime, où l’individu n’existe pas ou plutôt n’est qu’un rouage au service du tout, du groupe. Bref, la même chose que chez LFI, que chez Staline, Hitler, Mussolini, et dans une moindre mesure ce que l’on a pu voir dans quelques pays d’Amérique latine au cours du XXème siècle, Argentine, Chili, Bolivie…

Réponse à un jeune ami royaliste qui déteste les LFI mais qui, comme eux, rêve d’un système totalitaire, celui des fourmis rouges, toutes enrôlées vers un seul but, la défense de leur caste(sous le prétexte de défendre leur pays ?) fût-ce au prix de toutes les libertés, ce modèle le fait rêver… au nom de la France, sans doute, mais faut-il vraiment un totalitarisme pour le peuple pour que « l’aristocratie » soit contente et… libre, elle ?

 

Il y a quelque chose de profondément déconcertant à voir un jeune qui se dit royaliste, qui vomit les LFI avec une sincérité certaine, et qui, dans le même souffle, rêve comme les LFI d’un ordre où les individus seraient réduits au rang de fourmis rouges. Un corps unique, une seule direction, une caste ou une nation exaltée au-dessus de tout, fût-ce au prix de toutes les libertés individuelles. Le modèle fascine : discipline, hiérarchie, dévouement absolu. Et cela se revendique « pour la France ».

Le parallèle n’est pas une provocation gratuite. LFI et une certaine monarchie nostalgique de type organique partagent, sous des oripeaux opposés, la même tentation : celle de la fusion. D’un côté, le peuple-masse qui doit s’aligner derrière le tribun et l’idéologie ; de l’autre, le peuple-corps qui doit s’aligner derrière la couronne, la tradition et la caste. Dans les deux cas, l’individu libre, capable de dire non, de choisir, de se tromper, de se retirer, devient un obstacle. Ce qui compte, c’est l’unité. Ce qui est suspect, c’est la dissidence. Ce qui est sacrifié, ce sont les libertés concrètes — d’expression, de conscience, d’association, de propriété, de mouvement — au nom d’un bien supérieur collectif.

Le rêve de la fourmilière a toujours séduit ceux qui désespèrent de la démocratie libérale, de ses compromis, de ses lenteurs, de ses divisions. Il promet l’efficacité, la clarté morale, la fin des débats stériles. Mais il promet aussi, inévitablement, la surveillance, la contrainte et, à terme, la violence contre ceux qui ne rentrent pas dans le rang. L’histoire du XXe siècle l’a montré sous toutes les couleurs : rouge, brune, ou plus discrètement nationale. Le but déclaré change ; la méthode — subordination de la personne au groupe — reste.

Que ce rêve s’exprime aujourd’hui chez un jeune royaliste ne le rend pas plus noble.

Dire « au nom de la France »  ou « pour sauver la civilisation » ne transforme pas un projet totalitaire en projet libéral.

Une aristocratie qui ne peut être heureuse et libre qu’à condition que le reste du peuple soit enrôlé, discipliné, privé de ses libertés, n’est plus une aristocratie au sens classique (celui qui exige excellence, responsabilité et exemple). C’est une caste qui revendique le privilège de la liberté pour elle seule, et la discipline pour les autres. Et cela se termine obligatoirement par la Veuve…C’est exactement l’inverse de l’idéal monarchique tempéré, constitutionnel, qui a existé et qui a su, dans les meilleurs moments, conjuguer autorité et respect des droits.

La France n’a pas besoin d’un peuple de fourmis pour être digne. Elle a besoin de citoyens capables de penser, de contester, de construire, et d’une élite — si élite il doit y avoir — qui accepte de servir sous le regard critique de ces citoyens, non au-dessus d’eux. Le royalisme digne de ce nom, s’il veut encore parler à notre époque, ne peut se contenter de nostalgie organique et de rêves de corps social unifié. Il doit affirmer que la liberté individuelle n’est pas un accident regrettable de la modernité, mais une condition de la dignité humaine. Sinon, il rejoint, par un autre chemin, ceux qu’il prétend combattre.

Quand le rejet de l’extrême gauche conduit à envier ses méthodes totalitaires, ce n’est plus de la lucidité. C’est de la contagion. Et cela, oui, ça fait peur.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de la nécessité de s’oublier et de celle de donner sa vie comme l’ont fait tant des nôtres au cours de notre histoire, que ce soit le Léonidas aux Thermopyles, Jeanne d’Arc sur son bûcher ou tous les Résistants pourchassés, arrêtés, torturés, fusillés, morts à Auschwitz dans les chambres à gaz… Dans ces cas-là cela se passe au cours d’une guerre active, une vraie guerre, pas une guéguerre par groupes fachos contre groupes patriotes comme on l’a vu pour Quentin Deranque.

Oui, quand des jeunes royalistes ne valent pas mieux que les LFI, ça fait peur !

Christine Tasin

 

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