Fin 2021, Poutine refusait que l’Ukraine rentre dans l’OTAN. Il avait repris la Crimée en mars 2014, et entendait la garder pour conserver la base de Sébastopol et l’accès aux mers chaudes, donc à la Méditerranée. Il voulait que l’Ukraine devienne un pays neutre. Il avait obtenu, en armant des milices, la création des républiques de Donetsk et de Louhansk. Il voulait que le Donbass soit une région autonome au sein de l’Ukraine
Zelensky avait le droit de vouloir que l’Ukraine entre dans l’OTAN, mais il avait l’armée russe sur ses frontières, et aucun moyen d’empêcher l’invasion de son pays. Il aurait pu dire qu’il était prêt à négocier le statut de la Crimée et du port de Sébastopol. Il aurait pu dire qu’il acceptait que l’Ukraine soit un pays neutre. Il aurait évité ce qui a suivi. Il ne l’a pas fait. Il livrait en 2021 la guerre aux républiques de Donetsk et de Louhansk, qui étaient, de fait, sécessionnistes, et refusait l’autonomie du Donbass. Bien que l’Ukraine ait été en situation de faiblesse, et incapable d’éviter une action russe, il refusait toute entente avec la Russie et tout compromis, même provisoire.
Zelensky pensait-il pouvoir compter sur le soutien de l’administration Biden ? L’administration Biden avait demandé à tous les Américains de quitter l’Ukraine, personnel diplomatique compris, quelques jours avant l’invasion. Ce n’était pas un signe de soutien américaine. C’était même l’inverse. Zelensky aurait pu comprendre que l’administration Biden ne le soutiendrait pas et que son pays courait un immense risque. Il aurait pu ne pas insister. Il a insisté. L’invasion a suivi.
L’armée russe a d’emblée montré ses limites, sans quoi l’Ukraine serait tombée très vite, et Zelensky n’aurait sans doute pas survécu. Et ce qui a provisoirement sauvé l’Ukraine et Zelensky a été les déficiences militaires russes. Des chars sont tombés en panne. L’approvisionnement en carburant n’a pas fonctionné. L’armée russe n’est pas parvenue à prendre Kiev. Poutine a néanmoins vite montré qu’il était toujours prêt à des massacres de civils, et la ville de Marioupol a été entièrement détruite. Je me suis indigné à l’époque, mais je le dis maintenant : l’invasion aurait pu être évitée, et ce qui l’a suivi aurait pu être évité aussi.
Des négociateurs ukrainiens ont rencontré des négociateurs russes à Istanbul quelques semaines après le début de la guerre, et un projet d’accord accepté par la Russie a été établi. Zelensky a voulu introduire dans le projet d’accord des points qu’il savait inacceptables par la Russie, et l’accord n’a pas eu lieu.
Il est possible de trouver héroïque la position de Zelensky de fin 2021 au mois de mars 2022. Elle aurait été héroïque si l’Ukraine avait eu une possibilité de se battre, voire de gagner la guerre. J’ai moi-même hâtivement pensé que Zelensky était héroïque. En prenant en compte toutes les données, j’ai compris qu’il n’y avait rien d’héroïque chez Zelensky, mais tout juste la perspective de milliers de morts et de milliards de destruction très évitables.
Le massacre de Boutcha s’est produit à ce moment, et l’indignation s’est installée dans le monde occidental et aux Etats-Unis. J’ai un moment pensé que Joe Biden finirait par se conduire dignement, et cela a expliqué ma position de l’époque, mais Biden a pratiqué l’indignité jusqu’à son départ de la Maison Blanche. Biden a soutenu verbalement Zelensky, dépensé des milliards, mais n’a jamais donné les moyens à l’armée ukrainienne de faire autre chose qu’endiguer la Russie. Il a sacrifié l’Ukraine en l’utilisant comme un moyen d’affaiblir la Russie. Il n’a jamais envisagé un accord acceptable par la Russie. Le général Lloyd Austin, ministre de la Défense de Biden, a cyniquement admis tout cela. On a tendance à l’oublier.
Trump, lui, a envisagé un tel accord, et c’est pourquoi il a dit que la guerre pourrait prendre fin en vingt-quatre heures.
Il a proposé, dès son arrivée au pouvoir fin janvier 2025, un accord acceptable par Poutine (faut-il que je le rappelle une fois de plus, pour qu’un accord existe, il faut l’assentiment des deux parties). Zelensky n’a cessé de refuser toute concession. Il a, je l’ai déjà dit, compté sur le soutien des dirigeants européens, conduits par Emmanuel Macron, et sur celui de tous ceux qui en Europe ont adopté des positions aveugles et se sont montres prêts à ce que l’Ukraine soit davantage détruite et ait bien davantage de morts. Pour eux toute concession a été défini comme une capitulation.
Quand l’issue est la victoire ou la mort, on peut comprendre qu’on se batte jusqu’au bout. Quand le choix est entre quelques concessions permettant d’arrêter le massacre et des milliers de morts et de dégâts supplémentaires sans perspective de victoire, choisir des milliers de morts et de dégâts supplémentaires sans perspective de victoire est criminel. Cela a été le choix de Zelensky et des Européens.
Pour justifier leur attitude, les dirigeants européens (en fait, Macron, Starmer puis Burnham, Scholz, puis Merz, Ursula von der Leyen), ont dit que si l’Ukraine ne se battait pas jusqu’au bout (en sacrifiant sa population, ce qu’ils n’ont pas dit), Poutine attaquerait des pays d’Europe. C’était absurde et mensonger : Poutine n’avance que très peu en Ukraine et ne peut envisager d’attaquer des pays membres de l’OTAN. Poutine est face aux limites de sa puissance, et la Russie n’est pas l’Union Soviétique, c’est un pays relativement pauvre qui dispose d’une armée porteuse de déficiences. C’était criminel, car cela sacrifiait la population ukrainienne.
Le but des dirigeants européens susdits était de montrer leur hostilité à Trump et de justifier un réarmement des pays européens justifié par la menace russe et l’idée que la Russie allait envahir l’Europe. Ils ont sacrifié la population ukrainienne, et c’était criminel, oui.
J’ai résumé récemment la situation présente. J’ai dit que l’Ukraine était très détruite sur tous les plans, avait perdu une proportion très importante de sa population et avait une dénatalité indiquant un risque de mort globale de sa population (0,8 enfant par femme). Le port d’Odessa, par lequel transitaient les exportations de l’Ukraine est totalement à l’arrêt. Les exportations de céréales de l’Ukraine ont baissé de près de 80 % et ne peuvent se faire que par la route, le train ou le Danube. Les silos de stockage non détruits sont saturés. Les usines ukrainiennes sont détruites ou à l’arrêt. La destruction des infrastructures électriques en Ukraine est massive. La pénurie de main-d’œuvre dans tous les secteurs est également massive en raison de la mobilisation militaire et du départ de nombreux Ukrainiens vers l’étranger. J’ai donné récemment les chiffres : il reste sans doute moins de 25 millions d’Ukrainiens en Ukraine (en 2021, 44 millions). L’Ukraine ne survit que par perfusion de l’argent européen. Tout cela n’est jamais dit en Europe où l’information est largement remplacée par la propagande.
Les milliards donnés par l’Europe ont permis a l’Ukraine de se doter de moyens de fabriquer des drones de plus en plus performants qui ont créé des pénuries de carburants dans plusieurs régions de la Russie et qui frappent les entrepôts de Wildberries, une entreprise russe qui fonctionne comme Amazon dans le monde occidental. C’est exact. Mais cela ne conduit pas à une révolte de la population russe contre Poutine, contrairement aux espoirs de Zelensky et des dirigeants européens. Les enquêtes montrent que la population russe considère que la Russie est agressée par le monde occidental et est, en fait, confrontée à la guerre que lui livrent, au-delà de l’Ukraine, les pays de l’OTAN. L’armée russe avance très lentement en Ukraine (guerre des drones oblige), mais elle avance. Comme c’était prévisible, la Russie est de plus en plus dépendante de la Chine, et Zelensky et les dirigeants européens servent les intérêts de la Chine, toujours sous régime communiste.
Trump a renoncé, dans les semaines qui ont suivi la rencontre d’Anchorage, à tout espoir de parvenir à un accord avec Poutine permettant d’éloigner celui-ci de la Chine. Poutine ne peut pas se permettre de perdre la guerre. Il ne peut que soutenir davantage les régimes qui le soutiennent : ceux de la Chine, de la Corée du Nord et de l’Iran. L’attitude des dirigeants européens contribue à souder davantage l’alliance Russie, Chine, Corée du Nord, Iran.
Poutine n’attaquera pas l’Europe, mais il la considère en guerre contre la Russie : ce qui n’est pas faux. Il mène des actions de déstabilisation contre les pays d’Europe, ce qui est dès lors très logique. On peut s’en indigner, ce n’en est pas moins la réalité.
Il est présentement de plus en plus impossible de voir une issue à la guerre.
L’Ukraine ne peut pas gagner et reprendre les territoires perdus, non. Elle peut fabriquer des drones et infliger des dommages à la Russie. Elle ne peut éviter que la Russie frappe l’Ukraine de plus en plus aisément : l’Ukraine n’a plus de missiles Patriot car les Etats-Unis ne lui en livrent plus. L’armée américaine a des stocks bien trop bas aujourd’hui pour en fournir à l’Ukraine, même si les Européens les payaient a prix d’or. La Russie continue à infliger des destructions a l’Ukraine et n’a aucune raison d’arrêter.
L’Europe continue à dépenser des dizaines de milliards qu’elle doit emprunter pour financer la guerre, et elle va continuer, mais elle est face à des difficultés économiques et financières croissantes.
Le peuple ukrainien n’a pas moyen de donner son avis : le pays est sous la loi martiale depuis le début de la guerre, et aucune élection ne peut être organisée tant que la guerre durera. La présidence Zelensky est censée être achevée depuis mai 2024. Mykhaïlo Fedorov, ministre de la défense ukrainien récemment limogé par Zelensky, qui n’admet pas la moindre critique, a publiquement dénoncé la « corruption systémique » qui règne en Ukraine, et appelé le 18 août à trouver un mécanisme pour organiser des élections malgré la guerre et pour restaurer la démocratie. Sera-t-il écouté ? Sans doute pas. Et la corruption systémique continuera à régner, avec l’aide et la complicité des dirigeants européens qui, de facto, l’acceptent et la financent.
Les conséquences pour l’Europe vont être de plus en plus lourdes, mais le dire vaudra encore de se faire traiter de pro-russe et de pro-Poutine. Il faut vouloir (sans le dire) la destruction de l’Ukraine et de sa population et, bien sûr, être anti-Trump, pour être politiquement correct en Europe aujourd’hui.
Donald Trump ne s’intéresse plus à l’Ukraine et à l’Europe, et entend essentiellement trouver une issue a la guerre en Iran, qui est pour lui un problème bien plus important que la guerre en Ukraine. Je l’ai dit, et je vais y revenir en détail dans un prochain article : il compte, après avoir mal mené la guerre, sur l’effondrement économique et financier du régime iranien. Si l’effondrement survient dans les semaines à venir, il pourra sans doute éviter la victoire démocrate lors des midterms. Si l’effondrement ne survient pas, cela sera sans doute différent.
La Russie et la Chine continuent d’aider le régime iranien, et voient, a juste titre, dans la baisse des stocks de Patriot un élément d’affaiblissement de l’Ukraine. Et Poutine et Xi Jinping ont raison sur ce point.
Trump voulait un accord. Les Européens susdits ont choisi le soutien au jusqu’auboutisme de Zelensky, et la poursuite d’une guerre sans issue autre que la mort et la destruction. Les conséquences pour l’Ukraine et pour l’Europe sont lourdes, très lourdes. Elles vont sans doute être de plus en plus lourdes. Mais les adeptes du politiquement correct en Europe sont contents, très contents.
Les Ukrainiens, je l’ai dit, désertent massivement l’armée. Des Ukrainiens sont capturés dans les rues et envoyés au front ou leur espérance de survie est très limitée. L’Ukraine manquant d’hommes mobilisables, Zelensky vent envoyer des femmes au front.
Les conditions pour la paix demandées par Poutine sont désormais plus importantes qu’en 2022 : Poutine veut non seulement la neutralité de l’Ukraine. Il veut aussi sa démilitarisation, et il veut les quatre oblasts du Donbass : Louhansk, Donetsk, Zaporizhzhia, Kherson. La Russie a 100 % de l’oblast de Louhansk, 85 % de l’oblast de Donesk, 80 % de l’oblast de Zaporizhzhia, 80 % de l’oblast de Kherson. La négociation permettrait sans doute de limiter les concessions à la Russie, mais je le répète, l’Ukraine n’a aucune chance de récupérer les territoires perdus. Refuser de négocier fera qu’il y aura encore des morts ukrainiens, pour rien, des destructions, pour rien aussi et de la perte de territoire ukrainien. La Russie perdra encore des hommes, subira des bombardements elle aussi. Poutine ne reculera pas, non.
La guerre en Ukraine a déjà été plus longue que la Première Guerre mondiale, qui avait duré 51 mois. Elle sera sans doute plus longue que la Deuxième Guerre mondiale, qui a duré 72 mois.
Au vu de la situation présente, la guerre cessera sans doute quand l’Ukraine sera plus détruite encore, quand la Russie sera plus affaiblie encore, quand l‘Europe sera plus ruinée encore. Combien de temps durera-t-elle encore ? Nul ne le sait. Quel régime sera le gagnant ? Celui de la Chine communiste surtout.
Les Etats-Unis resteront à l’écart et vendront des armes aux Européens tant que Trump sera au pouvoir, et il sera au pouvoir jusqu’en janvier 2029. Ils ne livreront aucun missile Patriot.
L’élection de 2028 changera-t-elle quoi que ce soit à la situation en Ukraine si la guerre dure encore ? La réponse est non, et peu importe sur ce point ce que sera le résultat de l’élection. Les Démocrates seraient très destructeurs pour les Etats-Unis, mais ils donneraient des armes aux Européens, et pas de missiles Patriot inexistants. Ils pourraient, tout autant que les Républicains, s’accommoder d’une Ukraine détruite, d’une Russie affaiblie et d’une Europe qui sombre.
Trump pense qu’il n’a pas pu sauver l’Ukraine, pas arrêter la guerre, et que l’Europe est dans un processus d’autodestruction et d’effacement civilisationnel. Cet effacement est dû surtout à l’islamisation et aux politiques désastreuses mises en place dans toute l’Europe. La guerre en Ukraine y contribue aussi, très nettement.
Je terminerai en citant un message posté sur X par Ioulia Mendel, Ukrainienne qui fut porte-parole de Zelensky au début de sa présidence, et qui l’a soutenu jusqu’au déclenchement de la guerre : « La guerre russo-ukrainienne est sanglante et insensée ; à ce stade, les massacres et les destructions massives n’ont plus d’autre finalité que le néant. S’il s’agit d’empêcher l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, cette question est désormais caduque. S’il s’agit de défendre la démocratie, force est de constater que la nôtre est si fragile qu’elle se distingue à peine d’un régime autocratique : liberté d’expression très restreinte, institutions affaiblies, violations des droits constitutionnels fondamentaux, persécutions politiques, et une vie humaine qui compte aussi peu que sous n’importe quelle autocratie. Si la guerre visait à évincer Zelensky du pouvoir, force est de constater qu’il en a été le principal bénéficiaire : alors qu’il était sur le point de perdre le pouvoir en 2021, le conflit lui a permis de prospérer, de tirer profit de tous les aspects de la guerre et d’acquérir un pouvoir quasi illimité dans le pays, tout en jouissant d’une notoriété internationale. S’il s’agit de reconquérir les territoires ukrainiens tombés aux mains des Russes, l’Ukraine en perd davantage qu’elle n’en récupère. Rien ne justifie la poursuite de cette guerre, si ce n’est l’intérêt de quelques groupes restreints. À cause d’elle, l’Ukraine est au bord de l’anéantissement. »
© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.
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Très bonne analyse de la situation,et Macron chef de guerre pousse à l’affrontement avec la Russie qui est poussée dans les bras de la Chine communiste.La France surendettée continue a donner des milliards sans espoir de remboursement alors que la guerre intérieure nous menace.