Conférence internationale : Le Phanar et l’œcuménisme – comment les fondements de l’Orthodoxie sont sapés
Le Conseil international pour la protection de l’ordre canonique orthodoxe du Centre d’études géostratégiques, en coopération avec la maison d’édition italienne Theosis Editrice et l’hebdomadaire orthodoxe grec Orthodoxos Typos, a organisé, le 20 août 2026, la conférence internationale « L’Orthodoxie et les processus œcuméniques contemporains : aspects théologiques, canoniques et géopolitiques ».
La conférence a réuni des théologiens, des chercheurs, des juristes, des journalistes et des analystes géopolitiques de plusieurs pays. Les débats ont porté sur les processus œcuméniques contemporains, les questions de primauté et de conciliarité, d’autocéphalie et de juridiction ecclésiastique, ainsi que sur l’imbrication de plus en plus manifeste des questions ecclésiales avec les intérêts politiques et géopolitiques.
La diversité des parcours professionnels et des origines nationales des participants a permis d’examiner les questions de l’œcuménisme contemporain, de l’ordre canonique et de l’unité orthodoxe sous différents angles — théologique, canonique, juridique, historique et géopolitique. Une attention particulière a été accordée aux questions de la primauté et de la conciliarité, de l’autocéphalie et de la juridiction ecclésiastique, de l’instrumentalisation politique des questions religieuses, ainsi qu’à la situation des communautés orthodoxes canoniques dans le contexte des conflits géopolitiques contemporains.
Sur la base des interventions des participants et de la discussion qui a suivi, les principales conclusions et appréciations suivantes peuvent être dégagées :
1. La conciliarité et l’égalité des Églises orthodoxes locales constituent un fondement de l’ecclésiologie orthodoxe. La primauté d’honneur historique ne peut être interprétée comme conférant un droit de juridiction universelle ou un pouvoir d’un centre ecclésiastique sur les autres Églises locales. Les tentatives visant à transformer la primauté d’honneur en primauté de pouvoir risquent d’approfondir les différends et les divisions au sein du monde orthodoxe.
2. Les prétentions contemporaines du Phanar à des compétences juridictionnelles élargies nécessitent un réexamen canonique et théologique sérieux. (Le Phanar désigne le siège du Patriarcat œcuménique de Constantinople situé dans le quartier historique d’Istanbul, et ses relations avec la Serbie renvoient aux liens historiques et diplomatiques entre cette institution suprême de l’orthodoxie et l’Église orthodoxe serbe).
[1, 2]Les questions de l’autocéphalie, du territoire canonique et des relations entre les Églises locales ne peuvent être réglées par des décisions unilatérales, mais doivent l’être de manière conciliaire, dans le respect de l’ordre canonique et de l’autonomie légitime des Églises locales.
3. L’œcuménisme ne doit pas être considéré exclusivement comme une question de dialogue interecclésial. Il a été souligné lors de la conférence que certaines approches œcuméniques contemporaines influencent la compréhension même de l’Église, de la primauté, de l’unité et de la communion ecclésiale. Un danger particulier apparaît lorsque l’unité organisationnelle ou le compromis institutionnel prennent le pas sur l’unité dans la foi et la vérité dogmatique.
4. La théologie orthodoxe doit être interprétée à partir de sa propre tradition patristique. L’adoption non critique de catégories théologiques occidentales peut entraîner une modification du sens de concepts théologiques fondamentaux et avoir des conséquences non seulement sur la théologie elle-même, mais également sur la vie spirituelle et ascétique des fidèles.
5. Les questions ecclésiales ne doivent pas devenir un instrument au service d’intérêts politiques et géopolitiques. L’expérience historique et les processus contemporains montrent que l’instrumentalisation politique des questions religieuses peut conduire à une violation de l’ordre canonique, à l’approfondissement des divisions ecclésiales et à l’affaiblissement de l’unité orthodoxe. L’opportunité politique ne saurait être placée au-dessus de la foi et de la tradition canonique.
6. La question ecclésiale ukrainienne constitue l’un des exemples contemporains les plus graves de l’imbrication des différends canoniques et de la géopolitique. Les participants ont souligné les conséquences de l’intervention du Patriarcat œcuménique de Constantinople, la question de la juridiction canonique et la situation de l’Église orthodoxe ukrainienne, ainsi que le risque que le modèle des divisions ecclésiales observé en Ukraine soit transposé à d’autres parties du monde orthodoxe.
7. L’ingérence politique d’acteurs extérieurs dans les affaires ecclésiales constitue une menace pour l’autonomie et l’ordre canonique de l’Église orthodoxe. La conférence a analysé différentes formes d’influence diplomatique, politique, informationnelle et institutionnelle exercées par des acteurs extérieurs sur les processus religieux, notamment en Ukraine et en Europe de l’Est.
8. La protection des droits religieux des communautés orthodoxes canoniques doit être assurée de manière cohérente et indépendamment des intérêts politiques. Les questions relatives à la saisie des églises, aux pressions exercées sur le clergé et aux restrictions des droits des fidèles ne doivent pas être négligées en raison de l’orientation géopolitique de certains États ou acteurs internationaux.
9. L’unité orthodoxe ne peut être préservée que par un retour à la conciliarité, à l’ordre canonique et à l’unité dans la foi. La centralisation administrative ne peut se substituer à une véritable unité ecclésiale. L’Église puise son unité dans le Christ, dans la foi commune, dans la Sainte Tradition et dans la vie eucharistique, et non dans l’existence d’un unique centre terrestre doté d’un pouvoir universel.
10. Il est nécessaire de poursuivre la coopération internationale pour la défense de l’ordre canonique orthodoxe. Il convient de développer le dialogue entre théologiens, canonistes, juristes, chercheurs, journalistes et spécialistes des relations internationales afin que les défis contemporains auxquels l’Orthodoxie est confrontée puissent être analysés simultanément sous les angles théologique, canonique, juridique et géopolitique. Les organisateurs ont annoncé la poursuite de cette coopération internationale.
Message final
Les participants à la conférence ont estimé que la défense de l’ordre canonique orthodoxe ne relève pas seulement de la préservation de la tradition ecclésiale, mais également de la préservation de la nature même de l’Église orthodoxe en tant que communion conciliaire d’Églises locales unies dans une même foi.
Les divisions politiques et géopolitiques contemporaines ne doivent pas servir de fondement à une refonte de l’ordre canonique, pas plus que les processus œcuméniques ne sauraient justifier la relativisation des fondements dogmatiques et ecclésiologiques de l’Orthodoxie.
C’est précisément pourquoi la nécessité de distinguer clairement les besoins authentiques de l’Église des intérêts politiques qui cherchent à instrumentaliser les questions religieuses à des fins géopolitiques a été mise en avant comme l’une des priorités.
Participants à la conférence
La conférence a réuni des représentants des milieux académiques, théologiques, juridiques, médiatiques et d’expertise de plusieurs pays :
⦁ Dragana Trifković (Serbie), directrice générale du Centre d’études géostratégiques, avec une intervention intitulée « Entre primauté d’honneur et primauté de pouvoir : le rôle du Phanar dans les divisions contemporaines du monde orthodoxe » ;
⦁ Georgios Tramboulis (Grèce), théologien, journaliste et rédacteur en chef de l’hebdomadaire orthodoxe Orthodoxos Typos, avec une intervention intitulée « Le Phanar entre primauté, vanité et unité orthodoxe » ;
⦁ Alexander Azadgan (États-Unis), expert en géopolitique et en économie politique internationale et conseiller géopolitique principal du Centre d’études géostratégiques, avec une intervention intitulée « L’Orthodoxie en Amérique » ;
⦁ Georgios Karalis (Grèce), spécialiste de la patristique grecque et disciple de l’éminent théologien orthodoxe Jean Romanidès, avec une intervention intitulée « Du contexte historique de l’œcuménisme à la déformation théologique de l’ecclésiologie » ;
⦁ Olimpia Fronzoni (Italie), éditrice et rédactrice en chef de Theosis Editrice, avec une intervention intitulée « Contamination par l’œcuménisme : la conception latine du “libre arbitre” dans la théologie orthodoxe » ;
⦁ Arnaud Develay (France), expert en droit international humanitaire, avec une intervention intitulée « Le principe de non-ingérence et la juridiction ecclésiastique : le droit international peut-il fournir un cadre analytique utile ? » ;
⦁ Konrad Rękas (Pologne), analyste géopolitique et journaliste, avec une intervention intitulée « Uniatisme, œcuménisme, prise de contrôle hostile : les stratégies occidentales contre l’Orthodoxie dans leur contexte historique » ;
⦁ Nicolò Ghigi (Italie), doctorant en études de l’Antiquité à l’Université Ca’ Foscari de Venise et spécialiste de philologie byzantine, avec une intervention intitulée « La subordination de l’Église à l’opportunité politique comme motif de l’œcuménisme » ;
⦁ Dmitry Belyakov (Biélorussie), président du Centre pour la protection juridique systémique, avec une intervention intitulée « Le rôle du Royaume-Uni dans la question religieuse en Ukraine et en Europe de l’Est ».
Conseil international pour la protection de l’ordre canonique orthodoxe
Article transmis à Nicolas Faure par le Centre d’études géostratégiques de Belgrade
Août 2026
Nicolas Faure
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