Le pouvoir, entre texte biblique, dérives religieuses et impasse démocratique

David sacré roi par le prophète Samuel (Louvre)

Le « Pouvoir » est un terme fascinant et jalousé. Selon la Bible, le pouvoir suprême appartient uniquement à Dieu. Tout pouvoir humain n’est que délégué, précaire et temporaire. Dans le livre de la Genèse, l’Homme reçoit la mission de « dominer » la création en qualité de gardien (intendant) et non de propriétaire absolu. Le roi, le prêtre ou le juge ne sont que des instruments, des outils. Le véritable souverain reste Dieu.

La méfiance absolue envers le pouvoir absolu

L l Dans le premier livre de Samuel (chapitre 8), lorsque le peuple réclame un roi pour « imiter les autres nations », le prophète le met solennellement en garde contre les dérives inévitables du pouvoir centralisé : conscription forcée des enfants, saisie des terres, impôts écrasants et perte de liberté. Le pouvoir humain y est décrit comme intrinsèquement enclin à l’abus, et l’histoire en déborde.

Le Deutéronome (chapitre 17) fixe d’ailleurs la charte de cette limitation : le roi ne doit pas accumuler de richesses excessives, ni entretenir une armée disproportionnée, ni multiplier les épouses pour des alliances politiques. Plus important encore : il doit copier la Loi de sa propre main et la lire chaque jour pour « apprendre à craindre Dieu » et ne pas se croire supérieur à ses frères.

Le contre-pouvoir prophétique : L’ancêtre de la morale politique

C’est l’apport le plus moderne de l’Ancien Testament. Le pouvoir politique (le Roi) et le pouvoir religieux (les Prêtres) sont systématiquement surveillés par une voix indépendante et marginale : les Prophètes (Élie, Nathan, Isaïe).

L’exemple du Roi David est éditorial. Ayant expédié Urie à une mort certaine pour lui prendre sa femme, David est défié en face et condamné par le prophète Nathan. Le roi doit se repentir. Le pouvoir politique n’a pas le dernier mot sur la morale, et David sera frappé par la justice divine : mort de son enfant et révolte de son fils Absalom.

Pour l’Ancien Testament, un pouvoir fort qui réussit militairement ou économiquement mais opprime les faibles est un pouvoir maudit. La légitimité et la survie d’un gouvernement sont directement liées à sa capacité à protéger les trois catégories les plus vulnérables : la veuve, l’orphelin et l’étranger. En résumé, le pouvoir humain est une charge lourde et dangereuse. Il n’est toléré que s’il sert la justice, reste humble et se soumet à des lois morales supérieures.

Le monde religieux actuel ou « l’ivraie des apparences »

Alors que Samuel avertissait contre la centralisation, nous observons aujourd’hui une forte politisation du religieux. Qu’il s’agisse des mouvements évangéliques aux États-Unis, de certains partis ultra-orthodoxes ou nationalistes en Israël, ou des influences cléricales islamiques (moolahs, érudits et docteurs de la loi coranique), les religieux cherchent activement à s’emparer des leviers de l’État pour imposer leurs lois. La méfiance originelle s’est muée en quête de contrôle politique.

Cette dérive s’accompagne d’une absence cruelle de contre-pouvoir prophétique. Les institutions religieuses modernes sont devenues de grandes structures hiérarchisées, bureaucratiques et financières. Le « prophétisme » y est étouffé au profit de la discipline de groupe et des intérêts partisans. Les autorités religieuses ne critiquent plus les politiciens de leur propre camp.

On assiste alors à un sur-investissement du formalisme rituel, vestimentaire et dogmatique — l’ivraie des apparences — au détriment de l’éthique sociale globale — le grain. Le pouvoir religieux sert à tracer des frontières d’exclusion (« qui est pur, qui ne l’est pas ») plutôt qu’à incarner la justice. Pire, certaines franges sombrent dans le culte de la personnalité et la soumission aveugle aux leaders spirituels (gourous, télévangélistes, maîtres hassidiques, Mollahs). Cette sacralisation des dirigeants humains est une forme d’idolâtrie qui contredit le principe biblique : seul Dieu détient le pouvoir absolu.

Pour être tout à fait juste, le « Bon Grain » subsiste à travers le tissu associatif et caritatif. Cette immense force d’entraide, de soutien aux malades et de secours mutuel maintient la dignité humaine. De même, face au matérialisme effréné et à l’hyper-individualisme du monde moderne, le monde religieux (comme l’illustre la vidéo de Torah-Box) agit encore comme un garde-fou indispensable.

Le mirage et l’échec de la démocratie moderne

Dans ce paysage, la démocratie moderne s’est présentée comme l’héritière technique et séculière de l’Ancien Testament. Elle a simplement remplacé la « souveraineté de Dieu » par la « souveraineté du peuple ». Conçue pour institutionnaliser la méfiance envers le pouvoir, elle a tenté de réaliser le rêve de Samuel via la séparation des pouvoirs de Montesquieu (Législatif, Exécutif, Judiciaire). Aucun homme ne doit tout posséder.

La démocratie a également laïcisé le rôle du prophète en le fragmentant entre le citoyen (droit de vote, manifestation), les médias d’investigation (quatrième pouvoir) et une justice indépendante. Elle a instauré la primauté de la Constitution et de l’État de droit : personne, pas même le chef de l’État, n’est au-dessus de la loi commune.

Tout serait parfait dans ce système si la corruption n’existait pas. Le grand conflit actuel réside dans ce nœud :

Pour la démocratie, la loi vient d’en bas (le peuple décide et les lois changent).

Pour le religieux dogmatique, la loi vient d’en haut (les commandements sont divins et éternels).

Cependant, l’observation du monde contemporain révèle un échec abyssal de la démocratie. Face à ce que beaucoup qualifient d’invasion du tiers monde, le système démocratique s’est transformé en une forme de dictature technocratique. Prisonniers de traités internationaux supranationaux et d’une « dictature des juges » non élus, les gouvernements n’obéissent plus à la volonté des peuples mais à des dogmes juridiques abstraits. La souveraineté populaire est bafouée, les frontières sont abolies et la sécurité culturelle est détruite.

Conclusion : La souveraineté de la conscience

Aucun système/régime/politique/monarchique terrestre ne possède les capacités de satisfaire les humains et leurs besoins.

Ce naufrage politique et moral nous ramène à la seule conclusion lucide : rien n’est parfait en ce bas-monde et la perfection n’appartient qu’au Créateur. Les systèmes humains, qu’ils soient politiques ou religieux, finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leur propre hubris. Face au chaos des nations, la seule véritable liberté réside dans la souveraineté de sa propre conscience et dans le choix de s’en remettre à Dieu.

Le point d’ancrage absolu de la sagesse et de l’humilité

 par Thérèse Zrihen-Dvir

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