Annoncé le mercredi 29 juillet, le départ de Jean Quatremer, journaliste à Libération, a incontestablement des airs de purge. Dans une lettre publiée par Le Point, celui qui avait rejoint en 1984 le titre fondé par Jean-Paul Sartre revient sur ce départ en pointant une « nouvelle gauche » et sa « police de la pensée ».
Ou quand, une fois de plus, la Révolution dévore ses propres enfants.
Par Pierre Victor, le 30 juillet 2026
On serait tenté de dire que « trop de gauche tue la gauche ». Après des mois de tensions au sein de la rédaction de Libération, avec pour toile de fond le conflit israélo-palestinien, le journaliste Jean Quatremer, spécialiste des questions européennes s’en va, poussé vers la sortie.
Dans sa lettre d’adieu, s’il écrit à deux reprises qu’il « tire sa révérence », tout porte à croire que c’est le rideau que l’on tire sur lui.
C’est par une profession de foi que s’ouvre cette lettre :
« Je le confesse, je suis un libertaire et comme tout libertaire, un provocateur. Ni Dieu ni maître. » Une formule qui dit bien tout le frisson qu’il y a à être un rebelle institutionnel. Cet europhile convaincu, acharné diront certains, évoque ensuite le Libération de ses débuts, celui d’un soixantehuitardisme qui tient aujourd’hui presque du folklore. Souvenirs d’une époque révolue…
Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Plus loin, l’auteur étrille cette « nouvelle gauche » dont on comprend bien qu’elle recoupe largement ce que d’autres appellent la « nouvelle France » et ses promoteurs.
« Les vrais insoumis ne sont pas ceux qu’on croit », écrit-il. Le journaliste liste ainsi les tentations totalitaires de cette « nouvelle gauche » dans laquelle il ne se « reconnaît pas ». Lui se revendique d’une autre gauche, une gauche devenue, à l’évidence, ringarde, dont il ne peut « hélas que constater qu’elle est désormais minoritaire, voire en voie de disparition ». Dans les colonnes du Point, il résume son constat d’une formule lapidaire : « L’islamo-gauchisme et le wokisme ont gagné. »
L’ensemble ressemble à un véritable chant du cygne : celui d’une gauche qui s’estime cannibalisée par une autre, jugée dévoyée. Deux gauches présentées comme irréconciliables, censées différer jusque dans leur essence, alors qu’elles sont peut-être les héritières d’une même matrice.
Deux sœurs qui se déchirent, se crêpent le chignon, avant de retrouver, peut-être, le moment venu, le chemin des arrières-cuisines électorales. Deux gauches dont les différends sont particulièrement saillants en cette fin juillet.
source Juvénal de Lyon
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