Avec le modèle technocratique que la France a exporté à Bruxelles, ceux qui conçoivent et imposent la norme sont rarement passés par le terrain. Cela nous condamne à résoudre les défis fondamentaux par la seule production de normes sans jamais se soucier de leur mise en œuvre !
L’Europe et la France décrochent, et nous continuons à légiférer dans le vide.
Nos textes imposent des objectifs hors de portée et une complexité bureaucratique qui asphyxie l’innovation.
Ce diagnostic ne résulte pas d’une crise de compétences et d’engagement : la haute administration déborde de talents dévoués à l’intérêt général. C’est une crise d’expérience.
Le modèle technocratique, que nous avons exporté à Bruxelles, souffre d’un défaut rédhibitoire : ceux qui conçoivent la norme sont trop rarement passés par le terrain. Ils n’ont, pour l’immense majorité, jamais piloté une usine, jamais levé de fonds, ni jamais tenu un compte de résultat. Surtout, notre système s’est installé dans une illusion coupable : nous pensons résoudre les défis fondamentaux par la seule production de normes et d’instruments juridiques, sans jamais nous soucier de leur mise en œuvre. Le modèle administratif européen privilégie aussi la bureaucratie
Notre modèle de fonction publique fermée a eu ses heures de gloire.
En Europe, il a permis au marché unique, notamment sous Jacques Delors, de se doter de fondations indispensables.
Mais aujourd’hui, un constat s’impose : tant à Paris qu’à Bruxelles, ce système est à bout de souffle. Il a sanctuarisé un dogme toxique selon lequel la bureaucratie détiendrait le monopole de l’intérêt général, tandis que l’entreprise et la société civile ne représenteraient que des intérêts égoïstes et mercantiles.
C’est ce divorce radical entre la norme et le terrain qui tue notre compétitivité.
Vulnérabilités face à la Chine
Ce constat s’observe dans bien des textes, dont le règlement européen sur les matières premières critiques adopté en 2024.
Face à l’hégémonie chinoise sur les métaux rares, l’Europe s’est engagée à extraire 10 % de nos besoins, en raffiner 40 % et en recycler 25 % d’ici 2030.
Le problème est que ces objectifs sont irréalistes. À titre de comparaison, le Japon, qui agit depuis quinze ans de manière méthodique en finançant des projets à l’étranger et en sécurisant des chaînes de valeur physiques, n’a diminué sa dépendance à l’égard de la Chine que de 85 % à 60 %. Parce que notre bureaucratie l’aurait décrété, nous ferions mieux que les Japonais ? Faute de s’attaquer aux obstacles du terrain, que ce soit la fragmentation de nos financements ou la lourdeur de nos procédures, la législation européenne s’est résumée à un vœu incantatoire. En février 2026, un rapport de la Cour des comptes européenne a révélé ce que tous les industriels anticipaient : nos vulnérabilités à l’égard de la Chine continuent de s’accentuer. Sur ce sujet comme sur bien d’autres, l’Europe a sacrifié sa politique industrielle sur l’autel de promesses aussi démagogiques que déconnectées de la réalité.
Face à ces échecs, le temps des rapports alarmants, de Mario Draghi à Enrico Letta, est derrière nous. Puisque le mal est structurel, la réponse doit l’être. Nous devons briser ce cercle vicieux par un changement de paradigme : l’instauration d’un véritable revolving door à l’européenne, c’est-à-dire une fluidité nouvelle qui permet à l’administration de s’irriguer de profils issus de la société civile tout en encourageant ses propres cadres à s’enrichir de l’expérience du secteur privé.
Il ne s’agit pas de copier aveuglément le système américain des nominations politiques, qui, poussé à l’excès, déstabilise l’État et décourage les carrières administratives. Il s’agit de s’en inspirer avec discernement.
Aux États-Unis, ceux qui rédigent les décrets sur l’intelligence artificielle ou dirigent des agences de rupture comme la Darpa viennent en partie de la Silicon Valley, des laboratoires universitaires ou du capital-risque. On peut contester leur vision ou leur proximité avec les géants de la tech, mais ils connaissent intimement le sujet. Ils parlent le même langage que les entrepreneurs et naviguent avec aisance dans l’écosystème. Cela leur donne une crédibilité que leurs homologues européens n’ont pas. Chez nous, « la régulation de l’IA a été pensée par des juristes éloignés des défis technologiques ». Le résultat est l’IA Act : une prouesse de légistique (sic) qui protège des risques théoriques en tuant les start-up européennes dans l’œuf. L’Europe se ment à elle-même en prétendant réguler un monde qu’elle ne se donne plus les moyens d’inventer.
Pour inverser la tendance, nos administrations doivent s’ouvrir à des profils issus du privé ou de l’université, y compris à leur sommet. À l’inverse, nos fonctionnaires doivent pouvoir aller se nourrir d’expériences dans l’entreprise, et voir ces parcours valorisés à leur retour au service de l’État.
Bien sûr, un tel système suppose une transparence totale pour se prémunir contre les conflits d’intérêts. Mais entre les dérives de l’Administration Trump et l’approche robespierriste de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique en France, il y a un juste milieu à inventer. Aujourd’hui, les procédures de contrôle agissent comme un puissant repoussoir. Quiconque a réussi dans le privé et nourrit l’ambition d’apporter ses compétences à sa patrie est d’office traité avec suspicion.
La France et l’Europe se privent ainsi de nombreux talents susceptibles de mettre leur expérience et leur expertise au service de l’intérêt général.
Nous devons changer les règles du jeu.
Ce va-et-vient entre le public et le privé n’est pas une trahison de l’État : c’est la condition de son efficacité. Le pragmatisme économique n’est pas l’ennemi de l’intérêt public, mais son premier garant.
Si nous ne faisons pas entrer l’expérience du monde réel dans les couloirs de la Commission européenne et de nos ministères, nous continuerons à écrire de belles régulations qui ne feront qu’accélérer la paupérisation et la sortie de l’Histoire de notre continent ! source
Juvénal de Lyon
Ecole Nationale d’Administration pour formation d’INCAPABLES !
École Nationale de Ânes.
Pour y travailler… vous n’imaginez pas les avantages énormes qu’ont un certain nombre de cadres supérieurs voire hauts fonctionnaires. Les rémunérations de 15000 euros par mois ne sont pas rares. Et pour certains ils ne connaissent pas grand-chose au métier qu’ils encadrent. Rien que le fait de passer par un IRA ou l’ENA (INSP) vous RESERVE des postes en or. Les petits fonctionnaires sont exploités comme les ouvriers le sont par certains grands patrons et actionnaires… Et dans leur vie privée, pour avoir vécu avec l’un d’entre eux, c’est parfois une calamité du point de vue moralité comme on l’a vu avec DSK en son temps ainsi que les drogues dures très répandues car pour consommer, il faut beaucoup d’argent…
C’est très vrai votre article,en France on se prive de nombreux talents,on est tous un peu responsable,de cette situation.On ne s’écoute plus les uns et les autres,il y a une rupture de dialogue,qui fait qu’on avance plus.Vous connaissez beaucoup de chefs,qui demandent conseil aux ouvriers,pourtant je peux vous dire que beaucoup de gens sont autodidacts,et ce sont souvent de très bonnes recrues,mais encore faut il leur reconnaitre cette qualité,il y a le mépris,la jalousie,la connerie.En plus de 50 ans,j’ai du travailler dans presque toutes les couches sociales de notre société,invariablement,les memes comportements,études ou pas études.Ce qui me fait dire que l’humain est indécrottable,c’est un constat,j’en fait parti,hélas.Il n’y a que dans les petites structures ou le patron est plus proche des employés qu’on trouve un contact différent et qui influx sur l’ambiance de la boite.Il va de soit qu’il y a des différences,et que la règle des 100 pour 100 n’est valable dans aucun domaine,mais quand meme.
Au niveau français, je pense qu’une majorité des gens qui nous dirigent sont des spécialistes des lois et des décrets. Formé soit par l’ENA (administration donc bureaucratie) soit maintenant depuis le 1ᵉʳ janvier 2022 par l’INSP (Institut national du service public), on peut se demander où sont les vrais spécialistes. En France, il n’y a ni polytechnicien, ni ingénieur au gouvernement. Une exception, Serge Papin, un ancien chef d’entreprise, ayant commencé comme manutentionnaire. Nous avons par contre des rond de cuir.
Et Madame Borné, polytechnicienne ! Bigre, un cadeau hors de prix !!!
Dès que quelqu’un me parle de la haute fonction publique, j’ai cette phrase de Lao-Tseu qui me vient à l’esprit : « Celui qui sait ne parle pas. Celui qui parle ne sait pas. » Réformer la haute administration, c’est très simple. Au lieu de choisir des incompétents qui ne savent que bien parler, mais n’y connaissent rien, il faut sélectionner des gens qui savent de quoi ils parlent et qui ont une expérience pratique.
Autant aller chercher des ânes dans un pré, ils ne feront pas pire.
20/100/1 000 ânes dans un pré et 120 dans l’autre… 😊
Vincent, comme le roi Midas a des zoreilles (comme on dit à la Réunion) d’âne !
L’état fonctionne sans gestion de la ressource humaine. On sème des textes,lois,normes,décrets, arrêtés, réglements… et il pousse des… fonctionnaires ! C’est bien connu, recrutés au doigt mouillé ! Puis on ajusté les budgets en conséquence et à posteriori. Toujours plus, au pif… On ne peut continuer ainsi sans courir à la catastrope. Cette fuite infernale ne peut pas durer.