Enseignant et essayiste, Joachim Le Floch-Imad publie Main basse sur l’Éducation nationale – Enquête sur un suicide assisté aux éditions du Cerf. Un ouvrage qui décrypte « la crise de l’école » et les mécanismes du « krach éducatif » qui frappe le système scolaire français.
La « faillite de l’Éducation nationale » ne saurait d’ailleurs « être considérée comme une crise parmi d’autres », souligne Joachim Le Floch-Imad, qui rappelle que « la transmission des connaissances dont l’école à la charge » participe en effet de « la survie d’une civilisation, d’une mémoire et d’une langue ».
Un niveau scolaire en berne
Si l’effondrement du niveau scolaire a longtemps été considéré comme une rengaine réactionnaire, force est de constater que les études et les enquêtes menées sur le plan national et international ces dernières années font toutes le même constat.
Publiée en 2023, la dernière étude internationale TIMSS – qui mesure le niveau des connaissances en CM1 et en 4e en mathématiques et en sciences – fait ainsi état du niveau préoccupant des jeunes Français en comparaison des autres pays.
« En CM1, avec un score moyen de 484 en mathématiques, la France a tout simplement le pire niveau de l’Union européenne (moyenne de 524) et se situe dans les tréfonds du classement de l’OCDE, entre le Kazakhstan et le Monténégro. Pour les élèves de 4e, seul le Portugal fait pire que la France. En sciences (CM1), la situation est tout aussi préoccupante, notre nation se situant en queue de peloton avec un score moyen de 488, juste avant Chypre, la Belgique francophone et le Chili », observe Joachim Le Floch-Imad.
Une enquête menée sur le plan national par la Direction de l’évaluation de la performance et de la prospective (DEPP) – l’autorité publique en charge de produire des analyses, des études et des statistiques sur le système éducatif – signale pour sa part que la moitié des élèves français en classe « de 6e se révèle incapable de dire combien de quarts d’heure il y a dans 3⁄4 d’heure ».
Même constat en français selon la DEPP, qui souligne que « sur une même dictée de 67 mots, 63% des élèves de CM2 font aujourd’hui au moins 15 fautes, contre 26% en 1987 ».
Des adultes avec le niveau de français d’un enfant de 10 ans ?
Pour Joachim Le Floch-Imad, cet effondrement du niveau scolaire « se vérifie à tous les échelons » du système éducatif français, « au primaire, au collège, au lycée, à l’université et même au-delà ».
« J’ai donné des cours en BTS, en école de commerce, j’ai eu face à moi des étudiants qui étaient de bonne volonté, qui étaient sympathiques et attachants, mais qui étaient extrêmement démunis d’un point de vue langagier, du point de vue du référentiel que l’on est en droit d’attendre, je crois, d’un jeune bachelier aujourd’hui, qui, par exemple, passaient un semestre entier à lire un ouvrage et à produire une note de lecture, et qui, à l’oral d’évaluation, expliquaient que le livre « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen faisait référence à l’époque des croisades et non aux guerres napoléoniennes, ou alors que Suétone était un historien de la Révolution française ou encore qui confondaient le général de Gaulle et le maréchal Pétain », explique l’auteur de Main basse sur l’Éducation nationale.
Et l’essayiste de souligner que le directeur de la section éducation de l’OCDE « a récemment poussé un cri d’alerte dans le journal Marianne, expliquant qu’en France de nombreux adultes qui ont pourtant passé des années à l’école, voire sur les bancs de l’université ont un niveau à l’écrit en français qui correspond à celui d’un enfant de dix ans ».
Une situation inquiétante, notamment au regard des enjeux économiques auxquels le pays fait face. « De ce que vaut l’école aujourd’hui, dépendent la croissance, les gains de productivité, l’innovation et les revenus de demain », rappelle en effet Joachim Le Floch-Imad.
Un système éducatif de plus en plus inégalitaire
Si les raisons de la faillite de l’Éducation nationale sont nombreuses, l’essayiste insiste notamment sur le rôle joué par les pédagogies nouvelles et l’idéologie libertaire, qui ont consacré l’enfant comme co-constructeur de ses apprentissages et ont réduit le rôle du professeur à celui de simple animateur dès la fin des années 1960.
Une révolution culturelle qui, considérant l’école comme une institution oppressive et inégalitaire, a eu à cœur de rompre avec l’approche éducative traditionnelle en cessant « de mettre le savoir au centre » afin de « lui substituer le droit absolu de l’enfant à l’épanouissement ».
Si cette nouvelle vision de l’apprentissage devait mettre un terme aux inégalités du système scolaire et bénéficier aux classes populaires, Joachim Le Floch-Imad souligne que loin de favoriser la méritocratie, elle a fini par produire le contraire de ce dont elle se réclamait.
« Les classes populaires, qui n’ont que l’école pour accéder au savoir et élargir leur horizon, sont les premières à payer le prix de la destruction de la transmission par l’égalitarisme niveleur », explique l’essayiste.
« Plus que jamais, notre école confirme voire exacerbe les déterminismes de la naissance. Toutes les statistiques le prouvent. Le dernier volet de l’étude Pisa classe ainsi la France parmi les bonnets d’âne en ce qui concerne la différence de niveau entre “élèves riches” et “élèves pauvres”, ces derniers ayant dix fois plus de chances d’être considérés “en difficulté”. Les données du ministère révèlent que 90% des fils et filles de cadres et d’enseignants obtiennent le baccalauréat sept ans après être entrés en 6e, contre seulement 40% des enfants d’ouvriers », ajoute-t-il.
« Nous vivons encore sur cette logique funeste qui conduit à la baisse du niveau de tous, notamment des meilleurs élèves d’aujourd’hui dont le niveau représente, à quelques exceptions près, celui des pires d’hier », poursuit l’auteur de Main basse sur l’Éducation nationale.
800 armes blanches saisies dans les établissements scolaires
Autre raison majeure au « krach éducatif » français évoquée par Joachim Le Floch-Imad dans son ouvrage, l’effondrement de l’autorité des professeurs et la montée de la violence dans les établissements scolaires.
« Il suffit de suivre attentivement les remontées du terrain et les actualités éducatives pour mesurer combien la violence étend aujourd’hui son empire sur tous les segments de notre école », écrit l’essayiste.
« Chaque jour de cours connaît désormais son lot de personnels de direction, de CPE et de professeurs insultés, menacés de mort ou roués de coups. De règlements de compte à coups de marteaux, de couteaux, de cocktails Molotov et de tirs de feux d’artifice. De harcèlements, d’actes de lynchage et de crimes d’honneur commis par des adolescents en meute. D’établissements criblés de balles, vandalisés ou contraints à la fermeture ou au déménagement du fait de la proximité de points de deal », ajoute-t-il.
Un constat qui pourrait paraître alarmiste mais que confirment les statistiques et études disponibles, selon Joachim Le Floch-Imad.
« Nous avons le troisième climat scolaire le plus dégradé de l’OCDE, nous avons cent mille professeurs menacés ou agressés chaque année, nous avons 19% des collégiens qui se disent victimes de harcèlement », confie Joachim Le Floch-Imad. « Sur la seule année écoulée, 800 armes blanches ont été trouvées dans les établissements scolaires. »
En première ligne, de nombreux professeurs font désormais « cours la peur au ventre » et hésitent à dispenser leurs enseignements dans leur intégralité alors que trois de leurs confrères ont été assassinés ces dernières années (Samuel Paty en 2020, Dominique Bernard et Agnès Lassalle en 2023).
« L’expression “faire une Paty” est employée chaque semaine maintenant dans les établissements scolaires. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’un professeur soit menacé de mort, 56% des enseignants en sont à s’autocensurer », affirme l’essayiste.
« J’évoque dans l’ouvrage un rapport parlementaire relatif aux contestations d’enseignements, avec des exemples très concrets de professeurs d’anglais qui ne peuvent pas parler d’Harry Potter aujourd’hui parce que ce serait “haram”. Il y a des difficultés à enseigner les croisades, l’histoire de la Shoah, la colonisation en histoire-géographie, des difficultés qui se posent quand on aborde Darwin ou la création de l’univers en SVT », poursuit l’auteur.
D’après Joachim Le Floch-Imad, « rompre avec la spirale de l’impunité » et « à la faillite de l’autorité » qui mine le système éducatif français implique « d’abord et avant tout d’en finir avec la culture de l’excuse », mais aussi de « réapprendre à punir ceux qui ont fauté à la hauteur de leurs actes ».
L’effondrement du système éducatif n’est pas une fatalité
Malgré un constat préoccupant sur l’état de l’école, l’essayiste en est convaincu, « l’effondrement éducatif de la France n’est pas une fatalité » mais bien une question de courage et de volonté politique.
« Regardez le redressement spectaculaire de l’Estonie, regardez le Portugal il y a une quinzaine d’années, qui a obtenu des résultats éducatifs spectaculaires du jour au lendemain. Regardez l’Angleterre qui truste aujourd’hui les premières positions européennes au classement PIRLS et au classement TIMSS, alors même qu’elle avait de vraies difficultés il y a une trentaine d’années. Regardez les États-Unis, je pense au “miracle du Mississippi”, selon la formule consacrée. Le Mississippi, un État américain qui était 49e en lecture en primaire il y a dix ans et qui est en 7e position aujourd’hui. Cela montre que des mesures de bon sens peuvent porter leurs fruits très vite. »
Et l’essayiste de conclure : « Tous ceux qui ont été les pyromanes de l’Éducation nationale ces dernières décennies ne seront pas les pompiers de demain. Si nous voulons nous en sortir, il faut non seulement changer d’élites politiques mais il faut aussi changer de technostructure. Il faut une sorte de reset. »
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Il faut lire 3La Fabrique du crétin » de Jean Paul Brighelli.
Excellent chroniqueur de cnews, Joachim Le Floch-Imad !
Un bon gars !
L’histoire des quarts d’heure, c’est quand même excessif, est-ce réel ?
En 1962 par exemple, il ne fallait pas faire 5 fautes ou plus à une dictée d’une page, car c’était élimination du Certificat d’études… Toute »ma » classe a eu son certif…
Le 5 fautes éliminatoire en dictée existait déjà en 52, et le zéro éliminatoire aussi !
Et si on commençait par fermer les frontières et remigrer massivement les parasites qui ne veulent pas s’intégrer ?
Sans ce travail de fond, le reste ne servira pas à grand chose.
Visionnez ou revisionnez le film sorti en 2006 « IDIOCRACY’ éh bien, c’est exactement ça !!
ll est bien plus facile de manipuler un peuple de crétins, il suffit de regarder les pays musulmerdes pour s’en convaincre !!
Vous en faites pas, dans certaines unités de police, c’est pire ?
AH, ah !
Cela prouve qu’on veut vraiment remplacer le peuple de base en le rendant crétin à un point que je n’aurais jamais imaginé en 1990 !
Voilà, c’est fait !
Le continent africain est chez nous et nos jeunes sont des incultes !
Quand un peuple ne sait même plus parler sa Propre langue, alors il risque de mourir et c’est ce qui est en train d’arriver.
Ce n’est pas « on se croirait » mais nous sommes dans un monde d’idiots !
J’ai eu l’audace de penser que le nouveau ministre allait mettre un peu d’ordre dans l’Education Nationale en proclamant qu’une copie de bac pleine de fautes ne pourrait avoir la moyenne. J’ai été bien naïve… Tant qu’on mettra l’enfant au coeur du système et non le savoir, tant qu’on n’exigera pas la propreté d’une copie à tous les niveaux, rien ne changera. Il faut pouvoir sanctionner par un zéro un devoir bâclé et pas seulement un devoir non rendu. Et ce n’est certainement pas à l’élève imbibé par les préceptes de la secte qui est en droit de dire ce qu’on peut ou non enseigner, ni aux parents de mettre leur grain de sel. Les enfants des milieux favorisés réussissent mieux parce que les parents les emmènent dans des musées, discutent avec eux ou les font lire tandis que dans les milieux défavorisés, les enfants traînent dans la rue jusqu’à des heures pas possibles.
Ma mère ne m’a jamais amené dans un musé tout comme mes potes et pourtant, nous savions lire, écrire et compter par coeur !
Effectivement, si nous rations une virgule, c’était 0.5 point en moins sur les 20 que nous avions en début de copie. Autant vous dire que l’on faisait le maximum intellectuellement. Ma dernière EX ne voulait pas que je fasse de sa fille ( petite que j’ai connu à ses 2 ans jusqu’à ses 15 ans ) un » petit soldat » en apprenant par coeur les tables de multiplications, divisions etc…soit ce que l’on faisait en 1970 donc maintenant, elle ne sait pas compter et ne sait pas écrire car je voulais lui faire faire des autodictées mais non, pas bien, trop dur.
Heureusement que ce n’était pas ma gamine.
Bref, nos enfants sont des incultes en tout !!!!!
Déjà si on ne changeait pas de ministre de l’éducation comme de chemises ce serait déjà une bonne chose.
Encore une question raciste, n’est-ce pas ?
La fabrique du crétin !
Présentiel et Digital
L’Ecole est désormais planante, rien de concret, que du virtuel… autrement dit, une panne (mondiale) et tout le monde ou presque est déboussolé jusqu’à en crever !
L’exigence, la rigueur, la connaissance, la maitrise, tout est passé à la trappe.
Je me souviens dans mon enseignement d’avoir vu déjà dans les années 80, des élèves de 16 ans incapables de lire une carte (je ne vous dis pas aujourd’hui avec le GPS).
Je me rappelais mon grand-père ayant passé une certificat d’études à 12 ans (pas 14 ans), avoir su s’évader avec une carte sommaire et une boussole, un grand père qui envoyé au Maroc après son évasion, servir de maitre de chantier dans la construction de routes, et d’avoir continué un temps en France (attention, il ne fallait pas dévier, le paysan avait le fusil facile !).
Exact ! J’ai 62 ans et pas de GPS ! Une carte me suffit amplement !
Bonjour,
Vous ne pensez pas si bien dire.
J’ai eu un copain qui a voyagé avec moi, et à qui j’avais donné la carte pour me guider, il n’en sortait rien de bon, il était incapable de piger et de m’indiquer la route, j’étais obligé de m’arrêter régulièrement pour consulter la carte, quelle galère !!!.
Mais ce gars était ingénieur « en électronique !!!!! véridique !
Ce qui est épouvantable c’est que certains de ces gamins seront élus par des citoyens imbéciles.
Et tous ces enseignants incompétents ont des vacances payées beaucoup plus longues que les votres! Par les récompenser pour leur inertie?
Tout ça ne peut etre que voulu,quoi de plus simple si on veut détruire un pays que de s’attaquer à la base(fondations)les enfants,sur 2 ou 3 générations on détruit une civilisation si on ne lui apprend rien,faire intervenir des dragqeens,le woke et autres fadaises,éducation sexuelle décadente,le résultat,on le voit aujourd’hui.On sait très bien ou certains veulent en venir,que font les parents?peut etre qu’ils ont déja été contaminés par l’école de leur époque.?
Ma nièce en région parisienne qui avait fait un lycée en premier choix avec une note de 14(note que je suppose dans les meilleurs) a été déclassée dans son 3e choix avec des élèves de sa classe qui avaient une moyenne de 7 à 9. C’est ça l’égalité,que plus une tête ne dépasse. Les bons élèves sont mélangé avec les plus mauvais.
Qui se rappelle du projet d’André MALRAUX de mettre un téléviseur avec un programme unique assuré par les meilleurs profs accompagné d’un répétiteur dans chaque classe ? Une belle utopie au moindre coût… Après il y eut le Mammouth à allègrement dégraisser…
Rappelons nous d’un prétentieux ministre de l’agriculture passager clandestin de divers ministères qui ignorait, en direct à la TV, combien il y a de m2 dans un HECTARE !!! INSUPPORTABLE PERSONNAGE prétentieux qui avait le temps d’écrire des bouquins pornos comme Marlène Schiappa La suceuse des ministères… Qui nous faisait, elle aussi, avaler des couleuvres 😜
Bonjour,elle ne devait pas avaler que des couleuvres,la bougresse,c’est vrai qu’elle ne laisse pas indifférent….bonne journée
Il faut un S majuscule à suceuses 😂
@Juvénal de Lyon
Oui tout comme Xavier Bertrand, qui ne savait pas faire une règle de trois!