ePhoto à usage unique : quand le numérique réinvente les inconvénients du papier

 

Je me suis fait voler mon portefeuille. J’ai pu voir la vidéo-surveillance et comme par hasard ce sont « des gens qui font des ravages ». Et oui, comme c’est bizarre

Des pros : j’ai rien senti. Sauf l’alerte SMS de ma banque qui me prévenait que 2000€ de débit c’était suspect (ils avaient observé mon code à la station essence).

Et donc me voilà parti pour refaire tous mes papiers.

Je vous passe le détail des démarches Internet où il faut payer un timbre fiscal pour refaire ses papiers alors qu’on s’est fait voler sa carte bleue: ha ha, la bonne blague !

Ni la vérification de l’adresse sur le site ANTS mais la mairie qui vous demande quand même d’imprimer tous les justificatifs.
Et puis il y a les fameuses photos d’identité…

La France est un pays formidable. On y fait des fusées, des centrales nucléaires, des trains à grande vitesse, des cartes bancaires sans contact… et pourtant, quelque part dans les profondeurs administratives, quelqu’un a réussi un exploit conceptuel : inventer une photo numérique moins pratique qu’une photo papier !

Bienvenue dans le monde merveilleux de l’ePhoto à usage unique.

Le principe est simple : vous allez dans un photomaton, vous payez votre photo, vous obtenez un code numérique, vous l’utilisez pour votre demande administrative… et voilà, terminé. L’idée est excellente. Vous vous dites que votre E-photo est centralisée (Bercy vous connai par coeur, il peut bien avoir une petite photo de vous).

Vous pensiez avoir acheté une photo numérique ?
Erreur : vous avez acheté une photo kleenex !
En effet, le code de vos photos ets à usage unique.
Oui oui, à usage unique !!

Un usager qui devait refaire plusieurs papiers après avoir perdu son portefeuille résume assez bien le sentiment général :

« Le numérique est un outil précieux qui permet de dupliquer des documents (…) sans effort, sans coût, et votre dispositif ephoto rend les choses plus compliquées et chères que lorsque c’était des photos papiers. »
(source https://www.plus.transformation.gouv.fr/experiences/6783656_ephoto-utilisable-une-seule-fois)

Difficile de ne pas admirer l’élégance du résultat.

Pendant des décennies, des générations entières ont vécu dans l’insouciance : on faisait une planche de photos d’identité, puis on utilisait les exemplaires restants pour plusieurs démarches.

Puis le numérique est arrivé pour moderniser tout ça.

Aujourd’hui, vous obtenez quatre tirages papier… mais une seule utilisation numérique.

L’innovation à la Française.

Autre scène admirable : vous lancez une démarche, vous vous trompez, vous abandonnez, vous recommencez.

Logiquement, on pourrait penser que rien n’a été consommé.

Pas du tout !

Comme l’explique un autre usager :

« la précédente demande étant abandonnée (donc sans avoir été déposée), ce n° n’aurait pas dû être assigné ou utilisé. »
(source : https://www.plus.transformation.gouv.fr/experiences/4369250_e-photo-e-arnaque )

Dans le monde administratif moderne, même ce qui n’a servi à rien peut être considéré comme utilisé.

C’est presque philosophique.

Le plus beau reste peut-être la découverte progressive de la règle.

Parce que beaucoup d’usagers expliquent n’avoir appris le caractère jetable du code qu’après paiement.

Une utilisatrice résume :

« le fait que la photo soit à usage unique n’est indiqué nulle part »

et pose ensuite une question qui mériterait peut-être un comité interministériel :

« pourquoi se passer de « la » fonction qu’offre le numérique : la reproductibilité d’un fichier ? »

(source : https://www.plus.transformation.gouv.fr/experiences/6076193_photo-numerique-usage-unique-aberrante-arnaque )

Question naïve 😂

Car le véritable génie administratif consiste parfois à prendre un avantage technologique… puis à le neutraliser soigneusement pour retrouver le confort rassurant de la contrainte.

La seule justification est la séparation des dossiers.
Très bien. Mais comment fait Bercy pour collecter autant d’informations disparates pour collecter l’impôt ?
C’est pas pareil me direz vous : D’un côté il y a un service à rendre auquel vous avez droit mais tout le monde s’en fout.
De l’autre vous avez l’obligation de payer des impôts et l’Etat a mis le paquet pour que ce soit efficace.
Encore que… c’est efficace pour les petits poissons.
Les gros requins nagent dans des eux turquoises bien loin de tout ça….

Mais fallait-il vraiment choisir un modèle où une photo numérique se comporte comme une banane : ouverte = consommée ?

Était-il impossible d’autoriser deux ou trois usages sur quelques mois ?

Était-il inimaginable qu’une demande abandonnée restitue le code ?

Le paradoxe est fascinant: On nous promet le numérique pour simplifier.On repart au photomaton !

La France n’a pas raté sa transition numérique, la preuve, elle a réussi à numériser la file d’attente !

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