Dans les salons feutrés du macronisme triomphant, où l’on parle disruption comme d’autres parlent cholestérol, Gilles Babinet continue de tenir son rôle avec une constance qui force l’admiration. Figure tutélaire du numérique à la sauce élyséenne, cet homme a tout compris : la tech est bonne quand elle est encadrée par des comités d’experts macronistes, et mauvaise quand elle échappe au contrôle bienveillant de l’oligarchie progressiste.
Dernièrement, notre visionnaire s’est donc fendu d’une analyse profonde sur X : les algorithmes favoriseraient outrageusement la droite et l’extrême droite. Terrible constat. Les chiffres, les études sérieuses et les tendances électorales qui contredisent cette thèse ? Balayés d’un revers de main. Car chez Babinet, on ne s’encombre pas de données quand on a la foi.
Le clou du spectacle survient pourtant lorsqu’un interlocuteur, perfide, lui demande ce qu’il pense des « Twitter Files » les documents internes publiés par Elon Musk qui ont révélé, preuves à l’appui, la censure systématique orchestrée par l’ancienne direction de Twitter en collusion avec des gouvernements, des agences de renseignement et des ONG bien-pensantes. L’ancien monde, en somme. Celui où l’on étouffait les voix dissidentes au nom de la lutte contre la désinformation .
Réponse de Babinet, magistrale de sincérité : Les Twitter Files ? De quoi s’agit-il ?
On imagine la scène. Un homme qui passe pour « the » référence française sur les enjeux numériques, interrogé sur l’un des plus grands scandales de censure d’internet de ces dernières années, et qui avoue, avec la fraîcheur d’un élève de terminale qui a séché les cours, ne pas savoir de quoi on parle. C’est beau. C’est pur. C’est macroniste.
Voilà, résumée en quelques mots, toute la beauté du système. Le macronisme ne se trompe jamais : il redéfinit simplement la réalité pour qu’elle colle à son récit. Si les gens votent mal, c’est que les algorithmes sont méchants. Si les gens s’informent ailleurs, c’est qu’ils sont manipulés. Si des documents officiels prouvent que l’ancien Twitter censurait massivement les sujets gênants pour la gauche (Hunter Biden, Covid, vaccins, élections, etc.), alors… il suffit de ne pas en avoir entendu parler. Problème résolu. Grandiose, n’est-il pas ?
Babinet est l’incarnation parfaite de cette élite numérique en circuit fermé : celle qui a passé des années à applaudir la modération « responsable » , les partenariats avec les prétendus traqueurs de fake news, les fameux « fact-checkers » subventionnés, le « Digital Services Act » qui permet à Bruxelles de jouer les super-modérateurs, et qui découvre avec effroi qu’un réseau social un peu moins censuré peut laisser s’exprimer des opinions qu’elle croyait avoir éradiquées.
Le macronisme, c’est cela : une caste qui croit affirme que la démocratie fonctionne mieux quand elle est bien guidée. Quand les bons algorithmes poussent les bons contenus (ceux validés par l’Institut Montaigne ou par la Commission européenne). Et quand les mauvais algorithmes (ceux qui laissent les gens lire ce qu’ils veulent) sont forcément le signe d’un complot populiste.
On en viendrait presque à plaindre Babinet. Lui qui pensait que le combat était gagné, que la novlangue progressiste avait définitivement triomphé des populistes réfractaires. Et qui se réveille dans un monde où, horreur, on peut dire que l’immigration massive pose des problèmes, que la dette publique est hors de contrôle ou que la transition énergétique est un délire coûteux… sans se faire immédiatement comment ils disent ? « shadowbanniser ».
On a connu -et on connaît toujours- à Résistance républicaine et Riposte laïque. Il y a 15 ans on parlait de nous nous étions invités sur les plateaux, les radios… et brutalement, ils se sont donné le mot. Terminé. Des fois qu’on ait ouvert les yeux des Français sur l’islamisation qu’il ne fallait surtout pas dénoncer…
Alors tous les Babinet de France et de Navarre font ce que tout bon représentant du système sait faire : ils dénoncent. Pas les faits. Pas les mécanismes de censure révélés. Non. Ils dénoncent l’algorithme qui ne censure plus assez….
C’est beau, la France de 2026. On y produit encore des intellectuels payés par le pouvoir, capables d’ignorer superbement les scandales qui dérangent leur narratif, tout en se présentant comme des esprits libres et lucides.
Le Babinet n’est pas un incident. Il est un symptôme. Le macronisme ne veut pas d’un numérique libre. Il veut un numérique « loyal ». Et si les gens s’en vont vers des plateformes moins dociles, ce n’est jamais la faute du discours officiel. C’est toujours la faute de l’algorithme.
Évidemment.
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