Ces derniers jours, un faux discours de Vladimir Poutine adressé à l’Allemagne a fait le tour de l’Europe. « Nous ne voulons pas vous attaquer ! Pourquoi le ferions-nous ? » suivi de 8 constats au vitriol sur la dette, les migrants, l’école, les trains… Le texte est entièrement inventé. Et c’est précisément ce qui le rend intéressant.
On ne partage pas un fake par bêtise. On le partage parce qu’il dit tout haut ce que des millions d’Européens pensent tout bas.
Regardez la mécanique. D’un côté, Friedrich Merz et une classe politique qui annonce un trillion d’emprunt supplémentaire pour se réarmer contre la Russie, pendant que la dette allemande dépasse déjà les 2,5 trillions, que les infrastructures s’effondrent et que les écoles peinent à enseigner. De l’autre, un président russe qui, dans la réalité, répète depuis deux ans qu’il n’a aucune intention d’attaquer l’OTAN, mais que personne ne veut écouter.
Alors les gens inventent. Ils inventent le discours de bon sens qu’ils aimeraient entendre de leurs propres dirigeants, et ils le mettent dans la bouche de Poutine.
Ce faux tweet n’est pas de la propagande russe. C’est le symptôme d’un divorce profond entre les peuples et leurs va-t-en-guerre.
La guerre comme fuite. Quand on n’a ni matières premières, ni énergie, ni budget, ni chemins de fer qui fonctionnent, parler de guerre contre la Russie devient une façon de ne pas parler de son propre bilan.
Le ras-le-bol économique. 50 milliards par an pour la migration, un trillion pour les armes: les Européens voient bien que l’argent existe toujours pour les canons, jamais pour les ponts, les écoles ou les hôpitaux.
Le besoin de réel. « Vous croyez influencer le climat en faisant du vélo et en mangeant des insectes. » La phrase est brutale, fausse dans la bouche de Poutine, mais elle fait mouche parce qu’elle résume le sentiment d’une déconnexion totale entre l’idéologie verte punitive et la vie réelle.
Les « fact-checkers » (journaleux prétendant vérifier les fausses infos) vont crier au fake. Ils ont raison sur la forme. Ils passent à côté du fond. Si autant de Français, d’Allemands, d’Italiens partagent ce faux Poutine, ce n’est même pas par amour (encore que, on est nombreux à rêver de plus en plus d’avoir la chance d’être Russes…) pour Moscou. C’est parce qu’ils n’en peuvent plus d’une Europe qui leur explique qu’ils doivent se serrer la ceinture, accueillir sans compter, réparer sans moyens, mais toujours être prêts à faire la guerre.
Le jour où nos dirigeants tiendront eux-mêmes un discours de réalisme — « soyons réalistes: nous avons déjà assez de problèmes à régler chez nous » — plus personne n’aura besoin d’inventer de faux tweets de Poutine.
Christine Tasin
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