Suspendus le 31 août. À la veille de la rentrée. Comme par hasard.
Trois enseignants de l’école de la Tourelle à Aubagne, un de Jean-Zay à La Ciotat, deux autres sanctionnés. Tous syndiqués CGT Éduc’action. Tous avaient eu le tort de dire tout haut ce que tout le monde sait tout bas: dans les Bouches-du-Rhône, des enfants handicapés sont invités à ne pas manger à la cantine.
La mauvaise langue que je suis ajoute « mais pas de souci pour les jeunes migrants, handicapés ou pas, pour eux il y a des solutions »...)
Mais, dans le cas qui nous occupe, il faut bien reconnaître que cet abandon, ce n’est pas par méchanceté. Juste par impéritie.
La cantine, nous explique l’administration, ce n’est pas scolaire, c’est périscolaire. Donc ce n’est pas l’Éducation Nationale, c’est la mairie. Donc ce n’est pas l’AESH payée par l’État, c’est l’animateur payé par la commune. Et comme la commune n’a pas d’animateur formé, pas de budget, pas envie, on demande aux parents de venir chercher leur enfant entre 11h30 et 13h30.
Traduction: votre gosse a le droit d’être inclus le matin en maths, mais pas le midi pour manger avec ses copains. L’inclusion à temps partiel. L’égalité à géométrie variable.
Des enseignants dénoncent. Ils font ce que la loi leur permet: un droit d’alerte. Et que fait le rectorat d’Aix-Marseille ? Il ne règle pas le problème de cantine. Il règle le problème des enseignants qui parlent du problème de cantine. Suspension conservatoire. Et petite fiche interne en prime: « Ne rien dire à la presse« . Circulez, il n’y a rien à voir.
C’est là que la colère doit être à double détente.
Colère contre une administration qui a transformé l’Éducation Nationale en DRH anonyme. On ne résout plus les problèmes, on suspend les gêneurs. On ne répond plus aux parents, on envoie une note de service sur le devoir de réserve. L’impéritie devenue méthode de management.
Mais colère aussi contre le petit théâtre syndical. La CGT Éduc’action 13 crie à la « répression syndicale féroce », à la « mise au pas », sort la pétition http://Change.org et appelle à la grève le 15 septembre devant la DSDEN. Comme si c’était une affaire de grands principes révolutionnaires. Non. C’est une affaire de gamins qui ne mangent pas avec les autres. En transformant un scandale concret du quotidien en énième épisode de la lutte contre « la caste européiste macroniste », le syndicat noie le poisson. Il fait de la politique avec le handicap.
Et au milieu ? Qui trinque ?
Le gosse de 7 ans qui comprend très bien qu’on ne veut pas de lui à la cantine. Et ses parents, qui doivent poser une demi-journée de congé, qui doivent expliquer à leur enfant pourquoi il n’a pas le droit à la même cour de récré que les autres, qui doivent se battre à la fois contre la mairie, contre le rectorat, et qui se retrouvent otages d’un bras de fer entre un rectorat qui ne sait que sanctionner et un syndicat qui ne sait que se victimiser.
On voudrait une école qui s’occupe des enfants. On a une administration qui s’occupe de son image et des syndicats qui s’occupent de leur survie.
Le 31 août, on n’a pas suspendu 4 enseignants. On a suspendu le bon sens.
Christine Tasin
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Les vraies victimes, ce sont des enfants déjà maltraités par la vie. C’est dégueulasse. La solution serait peut-être de remettre les cantines dans le giron de l’Éducation nationale, hors d’atteinte du système politique, les mairies étant dirigées par des politiciens en fait.