L’introduction de l’anglais dès la troisième année primaire, le report du français à la quatrième année ainsi que la réorganisation de certaines matières au secondaire, notamment la philosophie pour les candidats au Bac dans les filières scientifiques, ont donné lieu à une passe d’armes et à des échanges enflammés sur la toile.
Les islamistes algériens soutiennent le virage vers l’anglais
On l’aura compris : Douibi désigne explicitement le français.
Le responsable d’Ennahda défend ainsi la consolidation de l’anglais comme première langue étrangère et « estime que le français devrait être repoussé au secondaire », où il serait enseigné au même titre que l’allemand, l’italien ou l’espagnol.
Dans la même veine, le Front de l’Algérie nouvelle (FAN) de Djamel Benabdesslam estime que le maintien du français dans les programmes scolaires « profite essentiellement à la France et que cette langue est dépassée dans les domaines de la science, de la connaissance et de la technologie ».
Il appelle à laisser le ministre engager son chantier, tout en demandant que la réforme demeure « participative, scientifique et progressive », associant enseignants, experts, professionnels de l’éducation et parents.
El-Karama met surtout en garde contre une campagne qui viserait à faire échouer le projet avant même son entrée en vigueur.
Il défend également le renforcement de l’enseignement des langues étrangères, notamment de l’anglais, tout en mettant en garde contre une transformation du débat linguistique en affrontement idéologique.
Sans se positionner aussi directement que les partis politiques, l’Association des oulémas musulmans algériens a, elle aussi, appelé à sortir de la polémique idéologique.
Elle affirme par ailleurs que l’arabe constitue « une patrie et une identité », tout en considérant les autres langues comme des acquis scientifiques à exploiter selon leur utilité pour le pays.
Le PT ( Parti des Travailleurs) réclame un débat national
Sur les langues, elle défend une approche fondée sur la complémentarité entre l’arabe, le tamazight, le français et l’anglais.
Pour la secrétaire générale du PT, le remplacement précipité d’une langue par une autre ne saurait être décidé sans réunir les conditions pédagogiques nécessaires. Elle demande que les experts, universitaires et spécialistes puissent faire entendre leurs arguments dans les médias publics et privés.
Le président de Jil Jadid met en garde
« Il s’agit d’un débat qui concerne l’avenir de générations entières. Mais pour dépasser les querelles autour des programmes, des matières et des langues, il faut commencer par l’essentiel : l’élève. La question centrale devrait être simple : que doit savoir, que doit savoir faire et que doit savoir penser un jeune Algérien lorsqu’il quitte l’école ? », a-t-il dit dans une contribution adressée à TSA.
Le RCD veut sortir la question des langues de l’idéologie, « silence du FLN » et du RND
Il réclame également que la question du tamazight soit intégrée à la réflexion sur la politique linguistique de l’école algérienne.
Il faut relever que les partis de la majorité, notamment le FLN, le RND, El Bina, El Moustakbal ou encore le FFS, ne se sont pas prononcés et ne se sont pas encore positionnés sur les choix les plus controversés du ministre.
source Juvénal de Lyon
Des partisans d’une idéologie raciste et hostile à tout ce qui touche à l’identité algérienne sortent du bois pour crier, comme à leur habitude, «au scandale». Une semaine après la diffusion de l’intervention magistrale de l’ex-ministre de l’éducation et spécialiste attitrée, ces acteurs ont envahi les réseaux sociaux pour déverser leur fiel sur elle et sur la chaîne berbère qui l’a invitée.
A visage découvert ou caché derrière des pseudo étranges, ils ont multiplié les commentaires, non pas sur le contenu de l’intervention de la ministre, mais sur son «animosité» imaginaire « envers la langue arabe et l’islam ».
Leurs profils se ressemblent. Ils ont un point commun : la haine et le racisme. Cette fois-ci, leur peine est double. Leur bête noire, en l’occurrence Nouria Benghabrit, s’exprime et, le comble pour eux, sur une chaîne berbère. D’ailleurs, la première attaque a concerné la chaîne elle-même qualifiée par «média du MAK», rien que parce qu’elle n’est pas un canal de transmission pour leur idéologie rétrograde et dangereuse (à la Tebboune -note de J.d.L.-). Mais le gros des attaques a ciblé l’ancienne directrice du Crasc d’Oran.
Par des propos nauséabonds, des individus s’attribuant des titres pompeux de «professeurs» tentent de relancer la campagne menée déjà depuis 2014 contre elle. C’est le cas du profil Facebook «Prof.Issam Benchikh». Ce dernier jure par Dieu dans un post «que Nouria Benghabrit n’a même pas le magistère et qu’il ne sait pas si elle a obtenu son baccalauréat».
Pourtant, une simple recherche sur le Net permet de lui apporter la réponse cinglante, puisqu’on tombe rapidement sur un nombre incalculable d’ouvrages du professeur et sociologue Nouria Benghabrit, notamment dans son domaine de prédilection, à savoir l’éducation. Un autre individu au nom de Toufik Hichour a consacré plusieurs posts pour attaquer l’ancien ministre sur la période où elle était à la tête du ministère de l’Education nationale, prétendant «qu’elle voulait détruire l’École et l’enseignement de la langue arabe». Sans arguments ni preuves, il a reproduit le même refrain cher aux marchands de l’idéologie islamo-baathiste « qui refusent l’existence d’une Algérie plurielle ».
Ces posts ont donné l’occasion à des dizaines d’anonymes d’abonder dans son sens et de proférer des propos diffamatoires et haineux contre Mme Benghabrit. Parmi eux, il y a un ancien commentateur de l’ENTV durant les années 1990 Madjid Boutemine. Bien planquée à Doha, au Qatar, cette personne qui a consacré sa page Facebook, notamment depuis 2019, à la propagation du discours de haine contre une partie de l’identité de l’Algérie, Tamazight, (Kabyle -J.d.L.-) reprend le texte de son «ami Toufik Hichour» et appelle même à l’emprisonnement de Benghabrit, parce qu’elle n’est pas de son bord idéologique. Il n’est pas en tout cas à son premier impair. « Que font les autorités chargées de lutter contre la discrimination et le discours de haine ? ». La campagne de dénigrement contre Nouria Benghabrit, rappelons-le, ne date pas d’hier. Elle a commencé dès son installation à la tête du ministère de l’Education nationale, « que les islamo-conservateurs considèrent comme leur chasse gardée ». Dans un premier temps, ils ont tenté de l’attaquer sur ses origines, en véhiculant des tissus de mensonges.
En vain. Ils sont revenus à la charge, massivement, lorsqu’elle a entrepris sa série de réformes, dont celle visant à promouvoir l’enseignement des langues maternelles comme une meilleure base pour une bonne entame du cursus éducatif de l’élève algérien.
« Cette idée a suscité l’ire de tous les partisans de l’idéologie islamo-baathiste qui se sont mis à vociférer et à accuser Nouria Benghabrit de vouloir s’attaquer à l’enseignement de la langue arabe ».
Mais en réalité, ils avaient plutôt peur d’une libération du système éducatif algérien qu’ils prennent (désormais avec Tebboune -note J.d.L.-) en otage depuis des dizaines d’années.
Juvénal de Lyon
Des enseignants, des académiciens et des intellectuels continuent d’exprimer leur incompréhension face à cette décision qui exclut la «philo» des épreuves du Bac pour les classes concernées et sa programmation seulement en deuxième année secondaire. Rappelant que «la philosophie est la mère des sciences», ces derniers dénoncent cette mesure qui «fera d’elle une matière secondaire» et «sans intérêt» pour une catégorie d’élèves. En effet, plusieurs lettres ont été adressées, sur les réseaux sociaux, au ministre de l’Education.
«La philosophie n’est pas une matière scolaire comme les autres, mais le domaine dans lequel l’école apprend à réfléchir sur elle-même et à former l’être humain avant de former le spécialiste. Par conséquent, toute modification touchant à la place de la philosophie au sein du système éducatif ne doit pas être considérée comme un simple ajustement technique dans la répartition des heures de cours, mais comme un choix de civilisation qui révèle la nature de l’être humain que l’école souhaite former», écrit Hamidi Oubellil, ancien inspecteur de l’éducation à la retraite. Selon lui, «la décision d’enseigner la philosophie en deuxième année secondaire dans certaines filières, tout en la supprimant des épreuves du baccalauréat, soulève une série de questions pédagogiques et épistémologiques qui méritent un large débat national, car elles concernent l’avenir de l’école algérienne à l’ère des transformations numériques et de l’intelligence artificielle». L’ancien syndicaliste de l’éducation Nouar Larbi a également exprimé ses inquiétudes face à cette «réforme».
Il estime, dans un post sur Facebook, que la suppression des mathématiques pour les filières littéraires et de la philosophie pour les scientifiques «portera atteinte à la formation de l’élève en ce qui concerne la pensée critique, notamment sa capacité d’analyse et de synthèse». «Je considère que cette mesure vise à augmenter les taux de réussite au baccalauréat au détriment de la formation de base de l’élève sur le plan intellectuel, et qu’elle favorise le principe de l’apprentissage par cœur et de la restitution, largement privilégié actuellement dans les examens officiels, au détriment du développement de l’intelligence de l’élève dans des domaines plus vastes, se contentant d’une spécialisation partielle au sein de sa filière».
L’écrivain et universitaire Karim Djoudi affirme, pour sa part, que «la suppression de la philosophie, c’est la proclamation de la mort de la raison en Algérie». «car une nation qui craint la question, étouffe la réflexion et exclut la philosophie affaiblit sa capacité à construire l’avenir…», explique-t-il.
Son intervention a suscité une réaction du ministre, qui est sorti de sa réserve, mardi dernier, pour tenter de défendre sa décision. Mohamed Seghir Saâdaoui s’est dit, d’abord, «étonné de voir des enseignants entrer dans un débat avant de lire ce que propose exactement le ministère de l’Education». «Le ministère est très conscient, et c’est de sa responsabilité, de l’importance de la mission qui est la sienne pour faire avancer le système éducatif dans l’intérêt du pays et de l’avenir des générations», écrit-il. Et d’ajouter : «Nous sommes conscients de l’importance de la philosophie en tant que matière d’enseignement et en tant que savoir dans la cadre de la restructuration de l’enseignement dans les différentes filières.» Il affirme : «Nous avons renforcé les matières essentielles dans toutes les filières et la philosophie dans les filières littéraires en élevant son coefficient en troisième année secondaire.
Cette matière sera bien enseignée en deuxième année secondaire (pour les scientifiques) avec le coefficient qui existait par le passé. Est-ce que la philosophie est supprimée ?» Mais sa réponse n’a pas convaincu l’Association algérienne des études philosophiques et son président, Omar Boussaha. «Quelle est donc la différence, monsieur le ministre, entre réduire le nombre d’heures consacrées à une matière, la ramener aux premières années, supprimer toute évaluation et minimiser son importance dans les programmes et auprès des élèves ?» s’interroge ce dernier. Et de rappeler : «Votre excellence ne sait-il pas que les élèves délaissent même certaines matières inscrites dans les programmes depuis des décennies, alors imaginez celles pour lesquelles il n’y a ni examen ni évaluation… N’est-ce pas là une forme d’exclusion déguisée ?»
Poursuivant, Omar Boussaha affirme que «c’est une grave erreur de croire que la philosophie est étroitement liée aux filières littéraires et qu’elle n’a aucun rapport avec les autres sciences», précisant qu’«en réalité, chaque science comporte sa propre philosophie». «Vous connaissez peut-être, par exemple, la philosophie des sciences, la philosophie des mathématiques, la philosophie du droit, la philosophie politique, la biotique, les arts, les sciences humaines et bien d’autres encore», enchaîne-t-il. source https://elwatan.dz/suppression-de-la-philosophie-pour-les-classes-scientifiques-en-terminale-la-polemique-enfle-et-saadaoui-defend-sa-decision/
Juvénal de Lyon
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Suppression de la philo, Tebboune à peur. Apprendre à Penser par soi-même est trop dangereux pour une dictature….