Le plan Trump à Gaza : mirage sécuritaire ou Oslo en treillis ?

Trente-trois ans après la signature des accords d’Oslo, l’establishment de la défense israélienne fait face au même dilemme existentiel. L’acceptation par le gouvernement de la feuille de route en 20 points de Donald Trump ravive le spectre d’une erreur stratégique majeure. Sous couvert d’un désarmement théorique de Gaza et d’une mise sous tutelle internationale, ce plan ne prépare-t-il pas, sous des décors séduisants, le prochain conflit de haute intensité ?

Pour l’état-major de l’IDF et les services du renseignement (Shin Bet et Mossad), l’histoire militaire n’est pas une suite de concepts abstraits, mais une douloureuse liste de précédents. L’équation posée par la Maison-Blanche est chirurgicale : obtenir la libération des otages et figer le front sud en échange d’un retrait progressif de l’armée, ouvrant la voie à une architecture politique menant à un État palestinien.

Bibi Netanyahu ne peut ni ne doit glisser dans ce piège béant déjà vécu. En outre, une large part de la population juive d’Israël aspire à une transformation complète de la bande de Gaza et à son rattachement au sud israélien. Quant à la population arabe locale, Trump avait initialement évoqué des perspectives d’émigration volontaire. Mais la roue tourne : sous l’influence des pétrodollars saoudiens, turcs et qataris, les projets de Washington changent aujourd’hui de direction.

Sur le plan strictement militaire, ce schéma reproduit la faille systémique d’Oslo en 1993 : céder du terrain concret et de la liberté d’action opérationnelle contre des promesses de déradicalisation sur papier. C’est repartir à zéro dans une tragédie déjà saturée du sang de la population juive.

Le piège de la « trêve tactique » et de la Taqiyya

Il s’agit bien ici du piège d’une pause stratégique factice. La principale source d’inquiétude des stratèges militaires réside dans la capacité de dissimulation du Hamas. L’experience des réseaux de tunnels profonds a prouvé que la technologie et les accords diplomatiques ne remplacent jamais les bottes sur le terrain.

Il ne fait aucun doute que c’est un « déjà-vu » qu’une immense majorité d’Israéliens rejette. Seule la gauche politique propalestinienne, incluant les partis arabes d’Israël, semble y souscrire. Cette frange politique n’a apparemment rien appris du 7 octobre 2023 et repart d’un élan inconscient vers des solutions dont l’aboutissement à terme serait la fin de l’État juif.

Dans un scénario de type « Oslo », le retrait de l’IDF de la Phase 1 offre au Hamas une opportunité en or : appliquer la doctrine classique de la Taqiyya (la dissimulation tactique). Sans une présence militaire israélienne agressive au cœur des centres urbains de Gaza, le groupe terroriste n’aura qu’à dissimuler ses arsenaux légers, murer temporairement ses lignes logistiques souterraines et attendre. Les technocrates palestiniens indépendants prévus par le plan pour gérer le civil n’auront ni la légitimité, ni la force de frappe pour mener des opérations de contre-insurrection, à moins qu’ils ne se transforment en collaborateurs.

L’angle mort du Corridor de Philadelphie : le spectre de la reconnexions souterraine

Sur le plan purement tactique, le retrait prévu des forces israéliennes du Corridor de Philadelphie — la bande frontalière clé entre Gaza et l’Égypte — constitue la ligne rouge absolue pour les planificateurs militaires. C’est par cette artère vitale, via des centaines de tunnels transfrontaliers hautement sophistiqués, que le Hamas a bâti son empire militaire pendant quinze ans.

Ne dit-on pas que le ridicule ne tue pas ? Confier la surveillance de cette frontière à une force internationale — composée majoritairement de contingents arabo-musulmans — ou à des capteurs technologiques est jugé illusoire par le renseignement militaire (Aman). L’histoire récente a démontré que les barrières électroniques finissent toujours par être contournées par l’ingénierie souterraine. Sans un contrôle physique et permanent de l’IDF sur cette frontière, l’industrie de la contrebande reprendra inévitablement, réarmant Gaza en missiles et en explosifs sous les yeux d’une force internationale impuissante ou collaboratrice.

Fractures au sein de l’état-major : pragmatisme politique contre dogme de sécurité

L’acceptation de cette feuille de route provoque des séismes en coulisses au sein du Haut-Commandement de l’IDF. Deux visions doctrinales s’affrontent violemment :

  • Les pragmatiques du commandement central estiment que l’IDF est à flux tendu et qu’une pause stratégique est nécessaire. La devise de « donner du temps au temps », afin d’éliminer en priorité le danger nucléaire iranien plus pressant, se trouve derrière la complaisance de la signature de l’accord de Trump. Pour eux, l’intégration d’Israël dans une alliance régionale sunnite vaut ce sacrifice temporaire, d’autant que le plan offre théoriquement un droit de veto : si la démilitarisation n’est pas vérifiée, la phase suivante est bloquée.
  • Les puristes de la sécurité opérationnelle, appuyés par le Shin Bet, dénoncent une naïveté coupable. Ils rappellent qu’une fois l’engrenage diplomatique mondial lancé, la pression internationale pour passer à l’étape de l’État palestinien devancera toujours les dures réalités du désarmement. Pour eux, l’IDF ne doit jamais subordonner sa liberté d’action à l’autorisation d’un tiers, fût-il l’allié américain.

La Force internationale : bouclier, paralysie ou collaboration tacite ?

Le plan Trump mise tout sur une Force internationale de stabilisation (ISF), armée par des puissances arabes dites « modérées », sous l’arbitrage d’un Board of Peace présidé par Washington. Mais pour les militaires israéliens, cette multilatéralisation est un piège : des soldats étrangers accepteront-ils d’entrer dans les tunnels pour éliminer des cellules clandestines au péril de leur vie ? L’histoire des forces de l’ONU au Liban (FINUL) montre que les forces internationales gèrent le statu quo mais ne désarment jamais les milices idéologiques. Pire, elle fait planer le risque d’une collaboration tacite régionale contre les intérêts israéliens.

De plus, si le renseignement identifie une usine de missiles clandestine, Israël pourra-t-il frapper unilatéralement sans déclencher une crise diplomatique majeure avec le Conseil de la Paix de Donald Trump et les pays arabes sur place ? Le plan risque de paralyser la réactivité tactique d’Israël.

Donald Trump n’a manifestement pas encore assimilé la nature réelle des forces idéologiques arabo-musulmanes au Moyen-Orient, qu’elles soient chiites ou sunnites. Pour l’État juif, valider ce plan sans une liberté d’action militaire absolue et permanente revient à accepter un « Oslo en treillis » : un dispositif visuellement plus robuste, mais dont l’issue finale pourrait s’avérer tout aussi dramatique pour la sécurité de la nation.

Alors, cher Bibi, pas de complaisance ni de cadeaux. C’est la résilience d’Israël qui est sur le plateau de la balance. Nul ne peut ignorer que les juifs du monde entier n’ont aucun refuge hormis Israël, et c’est une énorme responsabilité qui t’incombe.

Thérèse Zrihen-Dvir

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