Si le nom Omer Bartov ne vous dit rien, vous allez sûrement le rencontrer dans les prochaines semaines sur les médias français. Cet historien né en Israël, fils de l’écrivain Hanoch Bartov[1], vient en effet de publier aux éditions du Seuil un livre intitulé “Israël, une course vers l’abîme” (paru aux Etats-Unis sous le titre “Israel : What went wrong?”) ; déjà numéro 1 des ventes sur Amazon !
Son éditeur français le présente ainsi: “Comment un État né comme refuge au lendemain de la Shoah peut-il exercer un régime d’oppression ? Comment le sionisme a-t-il pu évoluer d’un mouvement de libération et d’auto–détermination vers une idéologie ethno-nationaliste ? Par quels renversements tragiques de l’histoire a-t-on pu en arriver là ?”
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L’idée fondamentale sur laquelle repose l’ensemble du livre est donc celle du “renversement”, ou plus exactement de l’inversion, idée qui est au cœur de la propagande antisioniste et de la vague de haine planétaire à laquelle on assiste depuis le 7-Octobre. Il n’est pas étonnant que cet historien bénéficie d’une couverture médiatique très favorable, et que les portes des grands médias français, du Monde à France Culture lui soient largement ouvertes.
Bartov, il est vrai, n’en est pas à son coup d’essai. Dès le lendemain du 7-Octobre, en novembre 2023, il dénonçait dans les colonnes du New York Times (ce même journal qui est aujourd’hui un fer de lance de la haine d’Israël) une “intention génocidaire” de la part d’Israël !!!!
Un an plus tard, en août 2024, c’est dans le très antisionisteGuardian britannique que Bartov affirmait que son pays était “engagé dans des crimes de guerre systématiques, des crimes contre l’humanité et des actes génocidaires” ; établissant un parallèle entre la rhétorique d’endoctrinement diffusée au sein de l’armée allemande pendant la guerre contre l’URSS et la rhétorique d’endoctrinement au sein de l’armée israélienne combattant à Gaza.
Ce dernier point est crucial pour comprendre le discours de Bartov : historien spécialiste de la Shoah, il s’autorise des comparaisons qui, comme l’a bien montré la sociologue franco-israélienne Eva Illouz, sont largement infondées. Voici comment elle décrit le parcours personnel et intellectuel de Bartov, dans un article intéressant publié dans la Revue-K:
“Enfant de survivants de la Shoah en Israël, il devint historien de la Wehrmacht – montrant la complicité de cette dernière dans les crimes nazis –, et de la ville de sa mère, Buczacz. C’est probablement cet intérêt pour la Wehrmacht qui le poussa à écrire en 1987 une lettre à Yitzhak Rabin (alors ministre de la Défense), durant la première Intifada, l’avertissant que l’armée israélienne risquait de commettre des faits de barbarie morale et éthique [« barbarization »] comparables à ceux de l’armée allemande sous le nazisme (lettre qu’il cite très souvent).”
On reconnaît – à travers la comparaison faite par Bartov il y a déjà quarante ans entre l’armée israélienne et la Wehrmacht – un élément central d’un certain discours israélien de gauche et d’extrême-gauche, qu’on peut résumer ainsi: “Ne devenons pas comme les nazis !” La Shoah est en effet une référence omniprésente dans le discours public en Israël, depuis 1948.
C’est le philosophe Y. Leibowitz qui avait inventé le qualificatif de “judéo-nazi” pour décrire les soldats de Tsahal… Il a été plus récemment imité par l’ancien chef d’état-major adjoint Yair Golan, prétendant déceler des “tendances” comparables à celles de l’Allemagne des années 30 dans la société israélienne. Les exemples de ce discours sont légion. Mais ces comparaisons sont d’autant plus dangereuses lorsqu’elles émanent d’historiens spécialistes de la Shoah, comme Omer Bartov.
L’analyse du discours de Bartov permet de saisir la place centrale que celui-ci occupe dans le nouveau dispositif qui s’est mis en place au lendemain du 7-Octobre. Comme je l’explique dans mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, dont la nouvelle édition paraîtra cet été, tous les “barrages” – juridiques, symboliques ou moraux – qui empêchaient auparavant la parole antisémite de se diffuser semblent avoir cédé sous les coups de boutoir de l’offensive militaire du Hamas. Or, l’un de ces barrages était précisément la mémoire de la Shoah. On comprend donc le rôle pernicieux que le discours anti-israélien d’un Bartov remplit dans cette vague de haine planétaire.
Ceux qui, comme Omer Bartov, ou comme l’écrivain israélien David Grossman, accusent leur pays et leur propre peuple de “génocide” à Gaza, portent une lourde responsabilité dans la vague de haine anti-israélienne actuelle. Leur magistère moral (dans le cas de Grossman) ou intellectuel (dans celui de Bartov) est utilisé à dessein par les médias et par les militants de la cause palestinienne, pour donner une aura de respectabilité à leurs accusations délirantes contre Israël et le peuple Juif. Comme l’a bien vu Marek Halter, interrogé récemment sur Radio J par Ilana Ferhadian au sujet des propos de Finkielkraut, un tel discours est “une aubaine pour les antisémites”. Effectivement. Bartov, Grossman et leurs émules sont du pain bénit pour les antisémites.
Pierre Lurçat
NB Je donnerai une conférence dimanche 31 mai à 19h30 dans le cadre de la Midreshet Yehouda Manitou, sur le thème :
“AM KALAVI : La métamorphose du peuple d’Israël après le 7-Octobre”.
Chez Brigitte et Alex Bliah à Jérusalem. – Inscription obligatoire au 050-22 40 661
[1] Récompensé par les prix Bialik et Agnon, Hanoch Bartov n’a pas été traduit en français. Le dernier livre de son fils lui est dédié.
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