Quelle est la signification de la croix orthodoxe russe ?

Symbole incontournable du paysage spirituel et culturel de la Russie, la croix orthodoxe intrigue souvent par sa silhouette singulière et complexe. Comment est-elle apparue, pourquoi comporte-t-elle autant de traverses et en quoi diffère-t-elle si profondément de la croix catholique ? Pour répondre à ces questions, il suffit de lever les yeux vers les  églises orthodoxes.

À la différence de la croix chrétienne traditionnelle à deux branches, la croix orthodoxe russe se distingue immédiatement par sa structure à trois barres horizontales. La barre supérieure, la plus courte, représente l’écriteau fixé par Ponce Pilate au-dessus de la tête du Christ, portant l’inscription moqueuse rappelant sa royauté. La barre médiane constitue la traverse principale, celle sur laquelle les bras du Sauveur ont été cloués. Enfin, la barre inférieure, inclinée en diagonale, sert de repose-pieds.

C’est précisément cette barre inférieure inclinée qui concentre la plus grande richesse de ce symbole. Loin d’être un simple choix esthétique, cette inclinaison raconte une histoire profondément ancrée dans les Écritures. Selon la Tradition, l’extrémité supérieure qui pointe vers le haut symbolise le bon larron, crucifié à la droite du Christ, qui s’est repenti in extremis et a ouvert la voie du Paradis. À l’inverse, l’extrémité inférieure qui penche vers le bas représente le mauvais larron, qui a injurié le Christ et s’est enfermé dans la damnation. Comme le soulignait un vieux proverbe populaire russe, « le bois de la croix est la balance sur laquelle se pèse le cœur des hommes ». Cette barre oblique évoque ainsi une balance spirituelle, rappelant à chacun que la vie est un choix permanent entre le bien et le mal.

Les récits des pèlerins russes d’autrefois rappellent que lorsqu’on voyageait à travers les immensités de la Russie, ces croix dressées au détour d’un chemin ou au sommet des clochers servaient de repères autant géographiques que spirituels. Les voyageurs aimaient à dire qu’elles tendaient les bras dans toutes les directions pour embrasser le monde et guider les âmes égarées.

Si la croix latine des catholiques mise sur la simplicité épurée de la Passion, la croix orthodoxe russe, souvent appelée croix à huit pointes, intègre une vision beaucoup plus vaste de l’univers et de la vie après la mort. Ses origines plongent leurs racines dans l’Empire byzantin, avant d’être transmises à la Russie par l’intermédiaire de la piété slave. Au fil des siècles, elle s’est enracinée au plus profond de l’âme russe, incarnant l’espérance indéfectible d’un renouveau et d’une lumière qui finit toujours par percer les hivers les plus sombres.

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19 Commentaires

  1. On peut citer aussi la croix de Lorraine, mise à l’honneur par le général De Gaulle, pour s’opposer à la croix gammée des nazis.
    Cette croix se réfère aux croisades en Terre Sainte.

  2. Merci beaucoup pour ces articles aussi beaux qu’instructifs. Vous répondez à des interrogations qui se perdent dans le temps, faute de réponse. Pour la Croix, comme pour tout ce qui touche à la Russie, j’adore… Mais, pour moi, avant tout, la Croix quelle que soit sa représentation, est un instrument de supplice, raison pour laquelle j’ai du mal à la porter… Néanmoins, je porte en bracelet, une croix de Camargue, dont j’aime beaucoup l’esthétique et parce qu’elle rompt un peu avec la croix classique, celle de la souffrance.

  3. J’ai une petite croix en argent et brillants, avec chaine en vieil argent en filigrane, elle me vient de mon arrière grand-mère, et comme telle j’y tiens beaucoup.
    Quand je la porte , je me sens transporté des années en arrière, c’est une sensation particulière.

  4. La croix (sans le Christ) est le symbole chrétien le plus connu au monde. Je la porte ici en Italie pour signifier aux catholiques, aux musulmans et aux autres que je suis chrétien (sans attache écclésiastique quelconque). Je porte cette croix sans le Christ car je crois qu’il est ressuscité.

    • Je commande des objets religieux à la maison Holyart, dont deux croix émaillées que je porte tour à tour sur moi. Et j’ emmerde ceux que ça dérangerait. Je possède un petit oratoire dans un petit bâtiment avec une croix de bois au dessus d’un autel, décoré de chandeliers de cuivre, d’un ostensoir, des icônes, avec un bénitier à l’entrée et un ange de pierre. Je ne fais jamais visiter ces lieux, c’est mon jardin secret. Il y a une cloche devant la porte que j’actionne a l’heure de l’angélus vu que celles de l’église ne sonnentv plus. Je m’y retire souvent pour méditer. J’ai besoin de ce décorum pour méditer. C’est apaisant. Je vais commander un jour ou l’autre une lampe électrique de la présence réelle. Je suis toujours catholique mais un chrétien éclairé, je critique quand c’est critiquable. Je ne suis pas naïf. Par contre je respecte tous mes frères chrétienscsans distinction d’orientation ou de chapelle.

    • la croix sans crucifié est propre au monde protestant, mais elle est parfois présente chez les catholiques. Le crucifix avec le Christ supplicié – orthodoxe et catholique – rappelle l’historicité de la passion.

      • Il y a aussi chez les protestants le souci de ne pas se faire « d’image taillée » de Dieu que l’on ne peut adorer qu’en Esprit.

  5. POST 3/3
    Les catholiques et orthodoxes arborent de nombreuses croix dont tu nous expliques dans ton excellent article la différence. Les protestants ont peu de croix dans leurs lieux de culte, et quand il y en a une, elle est vide, pour représenter que le Christ est ressuscité et n’est pas mort en le laissant sur la croix.
    Quant aux Évangélistes, comme dit dans le POST 2/3, rien de rien.
    Tu nous as bien expliqué tous les symboles de la croix orthodoxe, mais elle est quand même extrêmement décorée et chargée. Ceci ne m’étonne pas, car les orthodoxes sont extrêmement friands de décorations, ornements, et toutes ces choses (voir comment sont habillés également les pops orthodoxes). En entrant dans une église orthodoxe on est frappé par toute ces richesses de décorations, magnifiques au demeurant.

    • N’oublie pas la croix huguenote qui est le symbole principal du protestantisme français. Elle représente à la fois l’histoire, la foi et la résistance des protestants face aux persécutions. Pour les détails de sa signification, je suggère de consulter l’IA car celle-ci est fort longue à détailler ici.

  6. POST 2/3
    Après 55 ans de catholicisme très engagé, puis 15 ans de désert, je me suis tourné vers l’église Baptiste évangélique. Elle répond pour l’essentiel au type d’expression de foi qui me convient. Je pratique actuellement le culte tous les dimanches. Les Évangélistes pratiquent un culte extrêmement dépouillé. Il n’y a rien. Local sans aucune décoration, aucun objet religieux, aucune icône, aucune image, aucune croix, aucune statue, rien, absolument rien. Tout cela est voulu pour ne se concentrer, pour ne s’adresser qu’au Christ et Lui seul. Tout le reste ne sont que idolâtries matérielles.
    Et cela me plaît beaucoup.

    • Il est contradictoire d’admirer les décorations religieuses orthodoxes (admirables au demeurant) tout en qualifiant toutes autres expressions artistiques de dévotion d’ « idolâtriques ». C’est un peu sectaire, non?

      • J’ai dû mal m’exprimer, car je n’ai pas le pouvoir, ni le désir, de juger. Oui, toutes ces dévotions à des objets, plus exactement à ce qu’ils représentent, ne me paraissent pas utiles. Autant s’adresser à Christ et Dieu directement. Non ?

  7. POST 1/3
    Quel article très intéressant, passionnant ! Comme d’habitude, ami Jules, tu nous apprends tant de choses !
    Je m’intéresse beaucoup à la foi religieuse. Mes parents, très catholiques et engagés, nous ont tous élevés (mes 7 frères et sœurs) dans la foi catholique. J’ai même, comme beaucoup d’adolescents catholiques je pense, réfléchi à devenir prêtre. M’étant marié, je ne pouvais plus le devenir. J’avais alors commencé une formation dans l’église pour être diacre. Abandon au bout de deux ans car ma femme n’adhérait pas à ma formation (les femmes doivent être très étroitement liées et approuver la démarche diaconale de leur mari).

  8. Bonjour Jules, Je ne pense pas que le titulus INRI soit une inscription moqueuse. PILATE n’avait rien d’un plaisantin et le droit romain rigoureux ne permettait pas ce genre de fantaisie. JÉSUS a été condamné comme séditieux ayant semé le trouble en Judée. Le procurateur l’a condamné selon le strict droit en vigueur qu’il se devait de faire respecter. Pas d’ humour en la matière chez les romains. Du moins c’est mon avis de latiniste… et de juriste de formation. J’ai autrefois à l’université Claude Bernard /Lyon eu un certif de droit romain quelque peu désuet. Sympathie.

    • À ma connaissance les condamnations romaine n’ont jamais fait dans la dérision ou l’improvisation. Elles étaient exemplaires. SPARTACUS en témoigne, non ?

    • D’accord avec toi. L’inscription « Roi des Juifs » désigne Jésus (de son vrai nom Yeshoua) que l’Evangile mentionne deux fois. A sa naissance en Matthieu 2:2 et lors de son procès en Marc 15:2 et Jean 18:33 et sur l’écriteau de la croix « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » en Matthieu 27:37. Enfin, Jésus lui-meme a annoncé à la femme samaritaine  » le salut (lui-meme?) vient des Juifs » Jean 4:22.

    • Beaucoup ne savent pas qu’INRI est l’abréviation de « Jésus de Nazareth Roi des Juifs ». En effet, en caractères d’imprimerie le i et le j majuscules étaient pareils.