Olivier Faure ne sait pas qu’il est un bourgeois de gauche

Il existe en politique une espèce particulièrement résistante : le bourgeois de gauche. Il ne se reconnaît jamais comme tel. Le bourgeois est toujours celui d’en face. Lui, il est du côté du peuple. Il parle en son nom, souffre pour lui, s’indigne pour lui et, à l’occasion, explique au peuple ce qu’il devrait penser.
Olivier Faure appartient manifestement à cette famille.

Voilà un homme qui, à l’approche de la présidentielle de 2027, nous explique qu’il est l’enfant d’un quartier populaire, qu’il a connu la misère et qu’il est un « enfant de la classe moyenne ». L’AFP relevait encore récemment combien cette mise en avant de ses origines populaires occupait une place importante dans sa campagne.
Pourquoi pas ? Les origines sociales ne sont pas un délit. Mais elles ne constituent pas davantage un brevet perpétuel d’authenticité populaire. Car il faut regarder la suite du parcours.

Olivier Faure est entré en politique à seize ans. À vingt-trois ans, il était déjà secrétaire général des jeunes rocardiens. Puis sont venus les cabinets, les collaborateurs parlementaires, les fonctions ministérielles, les responsabilités au Parti socialiste, la direction du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et, depuis 2018, la direction du PS. Le Monde décrivait en 2018 un parcours de près de trente années dans les arcanes politiques.
Autrement dit : Olivier Faure connaît parfaitement le peuple politique. Celui des permanences, des congrès, des fédérations, des cabinets ministériels, des groupes parlementaires et des appareils de parti.
Mais le peuple réel ?
Celui qui ne connaît ni les codes des partis ni les subtilités des congrès ? Celui qui travaille, paie ses factures, regarde son salaire disparaître avant la fin du mois et n’a aucune idée de ce qu’est une motion d’orientation ?
C’est précisément ce peuple-là que la gauche affirme régulièrement vouloir reconquérir. Et c’est ici que le personnage devient intéressant.

Le peuple est une très belle clientèle électorale
Olivier Faure parle aux classes populaires. Il veut que le Parti socialiste leur reparle. Il promet de remettre la gauche au contact des Français. Tout cela est parfaitement respectable.
Mais il y a un petit problème : depuis des décennies, la gauche institutionnelle explique aux classes populaires qu’elle les représente, tandis que les classes populaires ont progressivement cessé de voter pour elle. Il faudrait peut-être s’interroger. Le problème n’est peut-être pas que le peuple ne comprend pas suffisamment Olivier Faure. Le problème est peut-être qu’il le comprend très bien.

À force de parler au peuple au lieu de lui parler simplement, à force de transformer chaque difficulté sociale en discours, chaque colère en élément de langage et chaque élection en congrès permanent, une partie de la gauche a fini par fabriquer une langue que les Français ordinaires ne parlent plus.
Olivier Faure n’est évidemment pas responsable à lui seul de cette évolution. Mais il en est aujourd’hui l’un des représentants les plus visibles.
Et c’est là que le mot « bourgeois » prend son sens.
Il ne désigne pas ici la fortune. Il désigne une position sociale et politique : celle de quelqu’un qui appartient depuis très longtemps au monde des institutions, qui en maîtrise les codes, qui en connaît les carrières et qui peut parler des exclus depuis l’intérieur du système.
L’UNESCO, les cabinets et le petit monde des élites

Il y a aussi cette autre réalité, beaucoup plus révélatrice qu’une déclaration de patrimoine. Soria Blatmann, alors épouse d’Olivier Faure, était conseillère d’Emmanuel Macron à l’Élysée, chargée notamment des droits de l’homme. En 2018, elle a rejoint l’UNESCO. À l’époque, Le Monde rapportait que ce départ était prévu de longue date selon l’Élysée.
Il ne s’agit évidemment pas de suggérer que cette nomination serait due à Olivier Faure. Rien ne permet de l’affirmer.
Mais la scène est tout de même savoureuse.

D’un côté, la gauche politique dénonce régulièrement les puissances établies, les élites, les réseaux, les privilèges et les petits arrangements du monde d’en haut.
De l’autre, nous découvrons un univers où l’on circule entre le Parti socialiste, les cabinets ministériels, l’Élysée et les grandes organisations internationales.
Ce n’est pas scandaleux.
C’est simplement le monde des élites administratives, politiques et institutionnelles.
Et Olivier Faure en est un professionnel accompli.
Le révolutionnaire tranquille du Palais-Bourbon
Il y a quelque chose d’assez délicieux dans la gauche contemporaine. Elle peut être radicale dans le discours et parfaitement institutionnelle dans la pratique.
Olivier Faure en fournit une illustration presque parfaite.

En mai 2026, il défendait encore l’idée d’une gauche rassemblée. Quelques mois plus tard, il se présente à la primaire de la gauche avec un discours très fortement marqué à gauche et une stratégie destinée à le distinguer de ses concurrents.
Il promet une « radicalité tranquille ».
Quelle admirable formule.
La révolution, mais tranquillement.
Le bouleversement, mais dans les règles du congrès.
La rupture, mais avec communiqué de presse.
Le peuple, mais avec les codes-barres du Parti socialiste.
On pourrait en rire si le problème n’était pas plus profond.
Car pendant que les professionnels de la politique perfectionnent leur vocabulaire, la France réelle, elle, ne vit pas dans les éléments de langage.

Une gauche qui parle beaucoup d’elle-même
Le plus cruel, finalement, est peut-être que le diagnostic est déjà formulé par les socialistes eux-mêmes.
Boris Vallaud expliquait en 2025 que le PS devait « cesser de ne parler qu’à lui-même pour parler aux Français » et qu’il devait revenir vers les classes populaires et moyennes.
Voilà donc le paradoxe.
Le Parti socialiste sait qu’il s’est éloigné d’une partie de ceux qu’il prétend représenter.
Il sait qu’il doit retrouver les classes populaires.
Il sait qu’il doit parler autrement.
Et pourtant il continue de produire cette étrange politique où l’on passe davantage de temps à définir la bonne géographie de la gauche qu’à comprendre pourquoi une partie des Français n’en veut plus.

Olivier Faure n’est donc pas nécessairement un menteur.
Il est plus intéressant que cela.
Il est un homme politique qui dit sincèrement beaucoup de choses auxquelles une partie de ceux qui l’écoutent ne croit plus.
Et c’est beaucoup plus difficile à combattre qu’un simple mensonge.

Le bourgeois de gauche ne se reconnaît jamais
Le bourgeois de gauche possède une particularité admirable : il ne se considère jamais comme un bourgeois.
Il est « engagé ».
Il est « progressiste ».
Il est « populaire ».
Il est « solidaire ».
Il est « du côté des gens ».
Le bourgeois, c’est toujours quelqu’un d’autre.

Olivier Faure n’est évidemment pas un monstre. Il n’est pas davantage l’incarnation de tous les travers de la gauche française.
Mais il représente quelque chose. Une gauche qui a fait de la politique son métier. Une gauche qui possède ses codes, ses carrières, ses réseaux, ses institutions et son vocabulaire.
Une gauche qui parle sans cesse du peuple et qui, précisément pour cette raison, devrait peut-être commencer par l’écouter.
Car il y a une question qu’Olivier Faure devrait se poser.

Pourquoi faut-il constamment expliquer au peuple que la gauche est faite pour lui, si le peuple lui-même n’en est plus convaincu ?
La réponse est peut-être beaucoup plus simple qu’un programme présidentiel de cent pages.
À force de parler au nom du peuple, certains ont fini par oublier de parler avec lui.
Et le peuple, décidément, est beaucoup moins naïf qu’on ne le croit.

Raphaël Delpard

ripostelaique.com

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2 Commentaires

  1. Moi, par contre, je sais que c’est une belle SALOPE, un traitre dans toute sa splendeur, qui a tout à fait sa place sur l’échafaud, comme tous les baltringues qui nous ont conduit à cette situation actuelle apocalyptique depuis un peu plus de 45 piges…