L’affaire Penelope : une chute qui lui a coûté l’Élysée
Fillon affirme sans ambiguïté que l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse Pénélope (révélée fin janvier 2017 par Le Canard enchaîné) lui a coûté l’élection. Sans cette affaire, Emmanuel Macron n’aurait pas été élu président de la République déclare-t-il. Malgré le scandale, il rappelle avoir obtenu près de 20 % des voix au premier tour et avoir manqué de peu la qualification pour le second.
Il conteste que le travail de son épouse ait été entièrement fictif, mais reconnaît une faute : avoir maintenu Penelope comme collaboratrice de son suppléant (Marc Joulaud) après son entrée au gouvernement. Je n’aurais pas dû poursuivre cette organisation , concède-t-il. Selon lui, des pratiques longtemps tolérées à l’Assemblée nationale n’étaient plus acceptables aux yeux de la société, et il n’a pas su le voir à temps.
Les costumes : une faute « moralement inacceptable »
Fillon regrette encore plus l’affaire des costumes offerts par Robert Bourgi (tailleur Arnys). Il dit avoir reçu trois costumes à son domicile, dont deux payés par l’avocat franco-libanais, sans savoir immédiatement qui les avait réglés. Là, j’ai commis une faute. J’aurais dû renvoyer ces costumes immédiatement reconnaît-il. Il estime que cette affaire a été psychologiquement plus destructrice que celle des emplois, car le prix des costumes a choqué l’opinion. Bourgi a ensuite déclaré à la télévision qu’il s’agissait d’une opération montée contre lui.
Lâcheté de la classe politique et soupçons de manipulations
Fillon cible durement ceux qui l’ont abandonné ou accablé alors qu’ils connaissaient les usages parlementaires (et se trouvaient parfois dans des situations similaires). Les gens auxquels j’en veux le plus, ce sont tous les gens lâches, lâche-t-il. Il parle d’ailleurs d’une classe politique plutôt lâche dans son ensemble.
Sur le plan judiciaire, il reste convaincu d’avoir subi un traitement d’exception : rapidité de la mise en examen, rupture avec la tradition de non-intervention de la justice en pleine campagne présidentielle (sauf faits extrêmement graves), magistrats passés par des cabinets de gauche, demandes d’informations au Parquet national financier, perquisitions à l’Assemblée… « Qui a tiré le premier, je ne sais pas. Je ne le saurai sans doute jamais », admet-il. Il évoque des cabinets noirs dans l’entourage des candidats et une volonté de certains magistrats de montrer aux politiques que, au fond, ce sont eux qui ont le pouvoir .
Le moment le plus douloureux, selon lui, a été le traitement réservé à son épouse (convocations, mise en cause de ses diplômes britanniques). Mon épouse. Le traitement qui lui a été infligé est insupportable. Et comme j’en suis responsable, je lui dois éternellement des excuses.
Regard sur Macron et l’après-2017 : Macron restera dans l’histoire comme quelqu’un qui a beaucoup abîmé le pays et restera dans l’histoire pour avoir accéléré la chute de notre pays.
Fillon, qui avait appelé à voter Macron au second tour de 2017, porte aujourd’hui un jugement très sévère. Il pensait alors que Macron était intelligent, libéral et plutôt à droite .Je me suis trompé, tranche-t-il. Selon lui, le « en même temps » aurait détruit l’alternance, affaibli droite et gauche, et laissé le champ libre aux extrêmes. Macron restera dans l’Histoire comme quelqu’un qui a beaucoup abîmé le pays et accéléré de façon brutale la chute du pays (dette, divisions…). Pour 2027, il indique qu’il n’appellerait certainement pas à voter pour un héritier du macronisme.
Fillon se dit aujourd’hui définitivement retiré de la politique active, même s’il se tient disponible pour conseiller des candidats ou représenter le pays dans des situations délicates. L’interview (près de deux heures) mêle regrets personnels, amertume et un diagnostic sombre sur l’état de la France.
Ces propos s’inscrivent dans le récit que Fillon défend depuis 2017 : une affaire instrumentalisée qui a bouleversé le cours de l’élection. Les faits judiciaires (condamnation définitive pour détournement de fonds publics) et les démentis de l’époque sur l’existence d’un cabinet noir restent, de leur côté, documentés dans les archives de presse et les décisions de justice. L’interview offre essentiellement le point de vue personnel et rétrospectif de l’intéressé.
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