C’est une communauté discrète, qui bosse, qui ne manifeste jamais, et qu’on entend pourtant de plus en plus dire la même chose: « On ne se sent plus en sécurité. »
Depuis des années, le scénario est connu, surtout en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers, La Courneuve, dans le triangle de Choisy à Paris. Des commerçants, des restaurateurs, des grossistes, réputés à tort ou à raison pour transporter du liquide, sont pris pour cible. Vols à l’arraché, agressions violentes à la sortie du métro, cambriolages… Le souvenir de Zhang Chaolin, ce couturier de 49 ans mort en 2016 à Aubervilliers après un vol ultra-violent, reste gravé comme le symbole de ce racisme ordinaire.
La plupart des victimes ne portent pas plainte, par peur, par honte, par barrière de la langue ou par situation administrative précaire. Ce qui encourage les agresseurs.
Alors la communauté s’est organisée elle-même: patrouilles nocturnes bénévoles aux sorties de métro et dans les parkings, groupes WeChat d’alerte, caméras, portes blindées… Des milliers de personnes avaient déjà manifesté en 2016 à Paris pour « la sécurité pour tous ».
Mais aujourd’hui, le discours a changé. On entend ce qu’on entend de plus en plus sur les réseaux : »On est venus en France pour travailler, pour que nos enfants étudient, mais si on doit avoir peur à chaque fois qu’on rentre le soir, à quoi bon? »
Et certains font leurs valises. Pas par nostalgie politique, mais par calcul très simple: la Chine est perçue comme beaucoup plus sûre au quotidien pour ce qui est de la délinquance de rue. Même si y vivre, c’est aussi accepter d’autres contraintes, notamment la surveillance.
C’est le paradoxe douloureux: des familles qui avaient fui l’insécurité économique ou politique, qui ont tout reconstruit ici en travaillant 12 heures par jour, et qui repartent parce qu’elles ne se sentent plus protégées par l’État français.
Quand une communauté qui ne demande rien d’autre que de pouvoir travailler tranquille en vient à envisager le retour, c’est un signal d’alarme pour tout le monde.
Christine Tasin
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