Hélas, oui, la Hongrie de Peter Magyar classe officiellement la Russie comme une menace C’est une : rupture claire avec l’ère Orban, et l’alignement européen, ce qui signifie, entre autres, des risques pour la stabilité.
Fin août 2026, le gouvernement hongrois a publié au Journal officiel des directives destinées à sa délégation pour l’Assemblée générale des Nations unies. Signées par le Premier ministre Peter Magyar, elles qualifient explicitement le comportement de la Russie de menace pour la Hongrie, l’Europe et l’ordre mondial ! Budapest y condamne ce qu’elle appelle « l’agression militaire russe » et soutient pleinement la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues, reconnaît le droit de Kiev à la légitime défense et affirme que Moscou place la minorité hongroise de Transcarpatie (Zakarpattia) en grave danger. Tous éléments historiquement faux comme Résistance républicaine le démontre et répète depuis le début de la guerre.
Le document hongrois appelle aussi à des négociations en vue d’une paix durable et de garanties de sécurité à long terme.
Ce texte marque une rupture nette avec les seize années de pouvoir de Viktor Orbán (2010-2026). Sous Orban, Budapest avait systématiquement atténué ou bloqué des paquets de sanctions européennes contre la Russie, freiné l’aide financière et militaire à l’Ukraine, mené des campagnes critiques contre Kiev (souvent en lien avec les droits de la minorité hongroise) et entretenu des relations étroites avec Moscou, notamment dans le domaine énergétique et nucléaire.
Le contexte du changement de pouvoir
Les élections législatives du 12 avril 2026 ont vu le parti Tisza de Peter Magyar, un ancien cadre de Fidesz devenu opposant, remporter une large majorité (141 sièges sur 199, soit une super-majorité des deux tiers). Orban a concédé la défaite après seize ans de domination. Magyar, avocat de 45 ans, a pris ses fonctions en mai 2026. Son gouvernement a rapidement cherché à normaliser les relations avec Bruxelles : déblocage d’environ 16,4 milliards d’euros de fonds européens gelés, levée de vetos sur le remboursement des armes livrées à l’Ukraine par d’autres États membres, et ouverture des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE (qu’Orbán avait bloquées pendant des années).
La déclaration d’août 2026 s’inscrit dans cette réorientation progressive. Dès juillet, le ministre de la Défense avait évoqué la nécessité de fermer la porte à la Russie et de rétablir la confiance avec les alliés. Le document onusien officialise cette ligne.
Continuité partielle et dépendances structurelles
Le virage n’est pas total. Budapest refuse toujours d’envoyer ses propres armes à l’Ukraine et s’oppose à un accélération du processus d’adhésion de Kiev à l’UE. Sur l’énergie, la Hongrie reste l’un des États membres les plus dépendants de la Russie : plus de 90 % du pétrole importé et environ 74 % du gaz en 2025 provenaient de Moscou (via le pipeline Druzhba pour le pétrole et TurkStream pour le gaz). Les stocks de gaz sont importants, mais une coupure brusque resterait coûteuse. Le projet nucléaire Paks II (deux réacteurs VVER-1200 construits par Rosatom, financés en grande partie par un prêt russe) fait l’objet d’une revue par le nouveau gouvernement ; la construction a démarré (premier béton début 2026), mais l’avenir du contrat est incertain.
Moscou a réagi. Un député de la Douma, Andrei Kolesnik (commission de la Défense), a menacé de couper les livraisons de pétrole et de gaz, estimant que Magyar « a reçu pour instruction d’adopter une attitude hostile » sous pression européenne. Aucune réponse officielle du Kremlin n’a encore été publiée au moment des faits.
Ce changement me semble très dangereux pour la paix en Europe !
La Russie est de plus en plus diabolisée et écartée, et le ralliement hongrois renforce cette dynamique. C’est une préoccupation réelle partagée par une partie des observateurs critiques de la politique occidentale. Pendant des années, Orban a incarné une voix dissonante au sein de l’UE et de l’OTAN : il plaidait pour des négociations, relativisait la responsabilité exclusive de Moscou et maintenait des canaux avec le Kremlin. Sa défaite et le ralliement de Budapest à la position majoritaire (condamnation claire de l’agression, soutien à l’intégrité ukrainienne) réduisent les espaces de médiation interne à l’Europe.
Plusieurs arguments augmentent mon inquiétude :
– Uniformisation du discours. L’absence de voix critiques au sein de l’UE peut rendre plus difficile toute discussion sur les conditions d’une paix négociée, les garanties de sécurité mutuelles ou les causes plus larges du conflit (élargissement de l’OTAN, statuts de neutralité, questions ethniques en Transcarpatie, etc.).
– Risques de rétorsion énergétique. Une coupure russe, même partielle, frapperait directement les ménages et l’industrie hongrois à l’approche de l’hiver, avec des répercussions possibles sur les prix européens. Cela pourrait nourrir des tensions internes.
– Effet d’entraînement. Si d’autres pays jusqu’ici plus prudents (Slovaquie, certains États d’Europe centrale) suivaient, le front anti-russe se solidifierait. Pour ceux qui estiment que la diabolisation empêche la diplomatie, cela éloigne encore plus la perspective d’un cessez-le-feu durable.
– Minorité hongroise. L’évocation de la Transcarpatie dans le document hongrois montre que Budapest n’abandonne pas entièrement ses préoccupations historiques, mais les reformule désormais contre la Russie plutôt que contre l’Ukraine.
À l’inverse, les partisans du changement soulignent que la position d’Orban était devenue isolée et contre-productive : elle freinait l’unité européenne, entretenait une dépendance stratégique dangereuse et n’avait pas empêché la poursuite de la guerre. L’alignement de Magyar, selon eux, renforce la crédibilité de l’UE face à une agression ouverte et protègerait mieux les intérêts de la Hongrie au long terme au sein de l’Alliance atlantique et du marché unique.
Perspectives
Le document onusien de septembre 2026 sera le premier test public de cette nouvelle ligne. Magyar devra gérer la tension entre le besoin de diversifier l’énergie et le coût économique immédiat d’une rupture trop brutale. La Russie dispose d’un levier réel, mais l’utiliser pleinement risquerait aussi de précipiter la diversification hongroise et de confirmer l’image d’un fournisseur peu fiable.
Pour la paix en Europe, l’enjeu dépasse la Hongrie. Un continent où les capitales parlent d’une seule voix sur la Russie peut accélérer le soutien à l’Ukraine et la pression sur Moscou. Il peut aussi réduire les marges de manœuvre diplomatiques et transformer toute négociation en confrontation pure. L’histoire récente montre que les changements de gouvernement dans les États membres de l’UE ont un effet de levier important : la Hongrie d’Orban avait freiné ; celle de Magyar accélère. Reste à savoir si cette accélération mène à une paix négociée plus rapide ou à un enlisement prolongé.
La réalité est que la Hongrie n’est plus le frein pro-russe qu’elle était. Cela change l’équation européenne. Progrès ? J’en doute. Je crains que cela ne soit un pas de plus vers une polarisation dangereuse…
Christine Tasin
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J’avais un doute sur Magyar, il se dévoile…