Un parc Dragon Ball saoudien sur les ruines de Mirapolis : la France réduite à un terrain de jeu.

 

Macron vient d’officialiser, en grande pompe, avec Ben Salmane et ses oripeaux musulmans, un projet de trois parcs d’attractions près de Cergy-Pontoise, dont l’un dédié à Dragon Ball (sic !) .

Six milliards d’euros d’argent saoudien, 22 000 emplois promis, du jamais vu depuis Disneyland Paris… L’Élysée en parle comme d’une victoire alors qu’il s’agit une fois de plus, d’une cruelle défaite pour nous.

La réalité, c’est que un symbole (cruel)de ce que le pouvoir macronien fait subir  à la France depuis 10 ans : transformer un pays millénaire en zone commerciale pour franchises étrangères et fonds souverains du Golfe.

Le site choisi n’est pas anodin. C’est l’ancien Mirapolis, ouvert en 1987 sur les contes et légendes françaises – Gargantua, le folklore hexagonal – et fermé dès 1991.

Un échec commercial, certes. Mais un projet qui tentait encore de raconter notre imaginaire. Aujourd’hui, on l’efface pour coller Goku, Shenron et des boules de cristal japonaises financées par Riyad. La passion commune  de Macron et de Ben Salmane pour Dragon Ball Z, découverte lors d’une visite en Arabie saoudite, devient le prétexte d’un méga-investissement.

Voilà le niveau : la diplomatie française se réduit à un fan-service de manga.

Ce n’est pas notre histoire. Ce n’est pas notre civilisation. La France a produit les châteaux de la Loire, Versailles, le Louvre, les cathédrales, Hugo, Balzac, la Révolution, les Lumières, le cinéma, l’art de vivre. Elle a des parcs qui s’appuient sur son patrimoine (Parc Astérix, Puy du Fou). Elle n’a pas besoin d’importer une licence japonaise ultra-populaire pour « rayonner ». Dragon Ball est peut-être un excellent divertissement, massivement consommé en France depuis des décennies. Ce n’est pas un crime d’aimer. C’en est un d’en faire l’étendard officiel d’un projet d’État présenté comme hors normes, au moment où le même pouvoir laisse se dégrader le patrimoine réel, les musées, les monuments, l’enseignement de l’histoire nationale…

Macron ne trahit pas seulement une sensibilité culturelle. Il confirme une logique : la France n’est plus un sujet, elle est un support. On y pose des marques globales, on y attire des capitaux pétroliers recyclés en loisirs, on y crée des destinations mondiales qui n’ont plus besoin d’être françaises pour exister. Les Saoudiens financent, Qiddiya développe, Toei (si les droits sont réellement accordés) licencie, et Paris, au lieu de se battre, au lieu de verser des larmes de sang, applaudit.

Pendant ce temps, on continue de relativiser, de multiculturaliser, de diluer ce qui faisait la singularité française. Quand le président d’un pays comme le nôtre se vante publiquement de sa passion pour un manga japonais  comme un ado de 14 ans qui n’a sans doute jamais lu La Princesse de Clèves ni Les Misérables pour justifier un deal avec une monarchie absolue du Golfe, il dit quelque chose de très clair : l’enracinement, la continuité historique, la fierté d’une civilisation particulière, ce n’est plus prioritaire. Ce qui compte, c’est le flux, l’investissement, le cool globalisé.

On nous parle d’emplois. Soit. Un pays qui a besoin de 6 milliards saoudiens pour créer des postes dans le divertissement révèle surtout l’échec de sa propre économie productive et de sa capacité à valoriser ce qu’il a déjà. On nous parle d’attractivité. Soit. Mais attractivité pour qui, et au prix de quoi ? Quand on remplace un projet de légendes françaises par un univers de combat de super-Guerrier, on ne modernise pas. On signale que notre propre récit n’a plus assez de valeur marchande aux yeux de ceux qui nous gouvernent.

Macron n’a pas inventé la mondialisation culturelle. Il l’incarne avec un zèle particulier : celui de l’homme qui se croit au-dessus des attachements ordinaires, qui trouve provincial de défendre une identité forte, et qui préfère les deals spectaculaires aux racines silencieuses. Ce parc n’est pas une catastrophe en soi. C’est un symptôme. Un symptôme de plus d’une France traitée comme un territoire neutre, disponible pour les passions de ses dirigeants et les portefeuilles de leurs partenaires, plutôt que comme le produit d’une longue histoire qu’il faudrait transmettre, protéger et faire aimer.

La France n’a pas à avoir honte de ses légendes. Elle n’a pas à les céder pour un Kamehameha financé à Riyad. Ceux qui trouvent cela  progressiste  ou  ouvert  confondent ouverture et abdication. Une civilisation qui cesse de se raconter elle-même finit par se faire raconter par d’autres. Et à force de se faire raconter, elle disparaît.

Une consolation ? Si le projet va jusqu’au bout ce sera finalement la seule trace de la Macronie qui demeurera quelques décennies avant de tomber en ruines. Parce que Macron a eu beau islamiser la France, y attirer nombre de musulmans et migrants, qui l’aiment si peu qu’ils hantent nos prisons,  il ne pourra pas détruire la France éternelle ; les Gaulois veillent,  les amoureux de la France qui ont fui leurs pays -musulmans pour certains- ne sont pas prêts à se laisser manger la laine sur le dos.  Il faut l’espérer, il faut y croire.

Christine Tasin

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