La France des sans-dents, version Macron : encore moins de dents, encore plus de cynisme
Un décret paru discrètement le 22 août 2026 au Journal officiel ouvre la voie, à partir du 1er janvier 2027, à une nouvelle baisse des remboursements des soins dentaires par l’Assurance maladie. La part publique pourra descendre à 40 %, contre 60 % aujourd’hui (déjà passée de 70 % en 2023). Le ticket modérateur grimpe dans une fourchette de 50 à 60 %. Autrement dit : l’État se désengage un peu plus, les mutuelles (et donc vos cotisations) devront combler le trou, et les Français les moins bien couverts trinquent.
Hollande avait eu la cynique sottise de laisser échapper ce « sans-dents« qui lui colla à la peau.
Les Sans Dents dans la rue : « Macron, démission »! Les CRS sur les dents à Paris et dans toute la France!
Macron, lui, ne dit rien : il agit. Il transforme la promesse en politique publique. Soins courants (détartrage, dévitalisation, extractions…) : la Sécurité sociale recule. Le panier 100 % santé et les ALD (Affection Longue Durée) sont officiellement sanctuarisés comme un cache-sexe. Pour le reste, c’est transfert de charges. Les mutuelles absorberont, puis augmenteront. Les retraités modestes, les précaires, les jeunes sans bonne complémentaire, ceux qui n’ont déjà pas les moyens de se faire soigner les dents, paieront. Ou renonceront. Comme toujours.
Pendant ce temps, l’argent public continue de couler. Des milliards pour l’Ukraine, des projets d’image, des dépenses qui se voient et se commentent. La bouche des Français, elle, n’est pas photogénique. Pas de sommet, pas de discours lyrique. Juste un décret d’été, signé pendant que le pays est en vacances, pour « soutenir la soutenabilité du système de santé » . Le vocabulaire technocratique est toujours le même : on ne coupe pas, on rééquilibre on transfère , on concentre les ressources sur l’essentiel …
L’essentiel, visiblement, n’est pas d’avoir des dents.
C’est la logique du macronisme en matière de protection sociale : affaiblir la solidarité nationale, privatiser progressivement le risque via les mutuelles, et présenter le tout comme une modernisation responsable. On a déjà vu le film en 2023. On le revoit en 2027. Et on nous explique que c’est pour financer l’innovation et les soins coûteux. Soit. Mais pendant ce temps, des millions de personnes se demandent s’ils peuvent encore se payer un détartrage sans que la facture ne s’envole.
Les organisations de patients et les dentistes alertent sur le risque de renoncement. Les mutuelles préviennent qu’elles ne sont pas des tirelires magiques. Le gouvernement promet de surveiller les conséquences. On connaît la chanson. On surveille, on regrette, on passe à autre chose.
La France n’est pas condamnée à devenir le pays des bouches fermées et des sourires masqués. Elle le devient parce que des choix politiques sont faits, année après année, en faveur d’autres priorités. Des priorités qui coûtent cher, qui se voient de loin, et qui n’exigent pas de regarder les Français dans les yeux – ou dans la bouche.
Scandale ? Le mot est faible. C’est une politique de classe, enveloppée dans le langage de la responsabilité budgétaire. Les sans-dents d’hier risquent de devenir les sans-dents d’aujourd’hui et de demain. Et cette fois, ce n’est même plus un lapsus. C’est un décret.
Christine Tasin
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