L’hôpital qui se fout de la charité : le cinéma français et la fable de l’extrême-droite !

Au Festival de Cannes, ils ont sorti une tribune « Zapper Bolloré » signée par près de 600 professionnels (producteurs, cinéastes, techniciens, comédiens dont Juliette Binoche, Adèle Haenel ou Raymond Depardon… ) qui fait grand bruit.

Le texte, publié dans Libé, alerte sur une prétendue prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif  si le groupe Canal+ (Vivendi) poursuit son entrée au capital d’UGC. « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films… », écrivent-ils.

Canal+ a fait une réponse à la hauteur de l’insulte qui me réjouit : nous allons boycotter les signataires !

Grandiose, j’adore… Tel est pris qui croyait prendre,… tout la Fontaine défile dans ma tête et je savoure. Brutal ? Peut-être. Hypocrite de la part des signataires ? Certainement.

Pendant des décennies, le cinéma et la télévision français ont été largement dominés par une pensée de gauche, subventionnée, institutionnelle et souvent autocentrée. Où étaient ces mêmes voix quand les productions se succédaient, prévisibles, moralisatrices, déconnectées… du public populaire ? Si déconnectées que nos contemporains désertent les cinémas ? Les comédies convenues, les drames sociaux formatés et les films d’auteur subventionnés peinent à remplir les salles, est-ce un hasard ?

 Les Français ont voté avec leurs pieds : la fréquentation globale a connu des hauts et des bas, mais le désamour pour une grande partie du cinéma  grand public français  est ancien.

Vincent Bolloré n’est pas un saint. C’est un entrepreneur exigeant, aux méthodes parfois rugueuses, qui a investi massivement dans l’audiovisuel à un moment où beaucoup fuyaient le risque. Canal+ finance une part très importante du cinéma français. Sans cet argent privé, beaucoup de films ne se feraient tout simplement pas. Le groupe cherche désormais à contrôler davantage la chaîne (production, distribution, salles). C’est une stratégie capitaliste classique de verticalisation. Dangereuse si elle devient monopole ? Oui, comme toute concentration excessive. Mais la présenter comme une  « menace fasciste »  relève de l’hystérie rhétorique.

Où était l’indignation quand TF1, France Télévisions ou d’autres groupes orientaient fortement leurs lignes éditoriales ? Où étaient les tribunes contre l’uniformité idéologique des scénarios, le conformisme woke ou les sujets imposés par les commissions de subventions ? Le silence était assourdissant. Aujourd’hui, un acteur plus à droite (ou simplement moins aligné) arrive, et c’est l’alerte rouge, le « fascisme » au coin de la rue.

La vraie question n’est pas Bolloré = danger. C’est la santé culturelle de la France. Un cinéma vivant a besoin de pluralisme réel : des voix de droite, de gauche, conservatrices, libertaires, populaires, élitistes…. Pas d’un nouveau clergé qui décide ce qui est « acceptable » et qui hurle à la dictature dès qu’un concurrent ose financer et diffuser autre chose.

Les Français désertent les salles quand on leur sert trop souvent la même soupe tiède. Bolloré, en bon capitaliste, a tout intérêt à proposer des contenus qui marchent, y compris des films plus ancrés, moins moralisateurs, plus divertissants ou plus audacieux. C’est peut-être cela que certains craignent vraiment : que le public, enfin, ait le choix.

L’hôpital qui se fout de la charité, en effet. Au lieu de crier au loup fasciste, que les signataires prouvent par leurs œuvres que la diversité de pensée renforce la création. Le public jugera. C’est cela, la démocratie culturelle. Pas les pétitions de Cannes.

Christine Tasin

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2 Commentaires

    • Je crois que tout cela est surveillé et quantifié et que l’arçon fait justement des procès aux chaînes de Bolloré accusées de ne pas donner la parole à tout le monde