Le Brésil risque une interdiction d’exporter sa viande bovine vers l’UE faute d’une conformité avec les règles européennes

Une situation que l’on pourrait bien qualifier d’ironique. Le Brésil, principal promoteur du Mercosur et fervent défenseur de l’accord UE-Mercosur depuis des années sous Luiz Inácio Lula da Silva, président de la République fédérative du Brésil, risque aujourd’hui une interdiction d’exporter sa viande bovine vers l’Union européenne précisément pour non-conformité aux normes sanitaires européennes sur les antibiotiques.

L’accord UE-Mercosur est entré en vigueur provisoirement le 1ᵉʳ mai 2026, après des années de négociations et une situation juridique complexe marquée par une contestation acharnée depuis le début de 2025. Plusieurs États membres, dont la France, la Pologne et l’Autriche, refusaient de voter en faveur de l’accord sans des garanties jugées suffisantes. 

Seul pays du Mercosur évincé de la liste

Les bisbilles internes à l’UE avaient suscité l’impatience palpable de Luiz Inácio Lula da Silva qui avait critiqué Bruxelles en la menaçant. « Si l’UE n’approuve pas l’accord maintenant, nous serons fermes avec eux », accusant les réticences européennes de freiner le Mercosur.

Après sa signature avec les pays du Mercosur début 2026 et son adoption après un vote à la majorité qualifiée, le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’Union européenne pour contester la légalité de sa conclusion. Paris avait d’ailleurs salué cette saisine comme « en cohérence avec sa position », après avoir voté contre l’accord au Conseil des ministres européens en janvier 2026.

Malgré ces obstacles, la Commission européenne a notifié en mars dernier à ses partenaires sud-américains une entrée en application de façon « provisoire » pour la partie commerciale de l’accord à partir du 1ᵉʳ mai dernier. L’accord prévoit pour les pays du Mercosur un accès préférentiel au marché européen avec des quotas douaniers avantageux pour les exportations de nombreux produits agricoles, dont la viande bovine, potentiellement 99 000 tonnes annuelles en provenance d’Amérique du Sud, conditionnées à une conformité stricte aux normes phytosanitaires européennes sur les antibiotiques.

Mais tout n’est pas acquis pour Brasília. Depuis 2024, Bruxelles a mis en place une liste provisoire des pays tiers autorisés à exporter de la viande vers l’UE en respectant l’interdiction des antibiotiques comme facteurs de croissance, exigence de la stratégie “One Health” de 2022 pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens chez les producteurs européens, avec réciprocité imposée aux importateurs par la stratégie Vision 2025.

Et le Brésil ne figure pas dans cette liste, malgré sa récente mise à jour. Selon Euractiv, la Commission européenne a publié mardi dernier une liste actualisée des pays s’étant conformés aux restrictions de l’UE en matière d’antimicrobiens chez les animaux. Le pays est le seul parmi ceux du Mercosur à ne pas y figurer.

Interdiction d’exporter à partir du 03 septembre

“La Commission confirme que le Brésil ne figure pas sur la liste, ce qui signifie qu’il ne pourra plus exporter vers l’UE des produits, qu’il s’agisse d’animaux vivants destinés à la production alimentaire ou de produits dérivés, tels que les bovins, les équidés, la volaille, les œufs, les produits de l’aquaculture, le miel et les boyaux, à compter du 3 septembre 2026”, a annoncé une porte-parole de la Commission chargée de la santé, Eva Hrncirova, dans une déclaration au même média.

Brasilia ne semble pas respecter les exigences de l’UE “pendant toute la durée de vie des animaux”. L’exécutif européen estime que la résistance aux antimicrobiens est “l’une des plus grandes menaces pour la santé publique de notre époque”, insistant sur une “utilisation prudente” pour “préserver la santé des citoyens de l’UE”.

“Une fois la conformité démontrée” à l’issue de “l’étroite collaboration” entre la CE et Brasilia, “l’UE sera en mesure d’autoriser la reprise des exportations”, a-t-elle ajouté.

La décision européenne a suscité la satisfaction de certaines ONGs et syndicats agricoles, farouchement opposés à cet accord depuis des années.  “L’éviction temporaire du Brésil de la liste des pays autorisés à exporter vers l’Union européenne constitue un signal important sur le respect des normes sanitaires européennes”, a réagi, à titre d’exemple, la Coordination rurale (CR). 

“Cette décision démontre surtout”, estime-t-on, “les limites du libre-échange agricole lorsque les standards imposés aux producteurs européens ne sont pas respectés par les pays tiers”.

France soir 

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