Je pourrais m’abonner aux chaines de télévision françaises et les recevoir chez moi à Las Vegas comme si j’étais en France.
Je me contente de la partie de leur contenu qui est placée sur YouTube, et c’est amplement suffisant. Parfois je regarde une émission en entier, mais c’est très rare, et comme je le dis parfois en répondant à des commentaires, c’est en général en la regardant au second degré. Les émissions les plus pertinentes sont celles diffusées par Radio J et i24 news, une radio juive et une chaine de télévision israélienne, ce sont aussi celles venant de CNews et Europe1 (avec parfois quelques manques), c’est tout. Je ne veux surtout pas payer un centime pour recevoir les autres chaines. Et ce que je trouve dans la presse écrite française, hors de quelques rares articles, est au mieux très aseptisé, souvent très déformé.
Seuls ceux qui sont profondément ancrés dans un prêt à penser franco-français peuvent encore imaginer que le Figaro n’est pas un journal de gauche (chaque jour il y a un article négatif et perfide sur Trump, parfois deux, et les articles sur les Démocrates sont toujours élogieux, et on retrouve le même type de biais sur de nombreux sujets). Il en va de même pour les magazines Le Point et l’Express, et je ne parle, bien sûr, pas du Nouvel Observateur.
Seuls ceux qui ne perçoivent pas à quel point la transmission d’information en France est très largement biaisée peuvent penser que celle-ci est « pluraliste ». Essentiellement, elle ne l’est pas. Et je dirai même qu’elle l’est de moins en moins. Et j’en fais l’expérience personnelle. J’écris des livres et des articles depuis une cinquantaine d’années. Mes positions n’ont pas changé. Il en va tout autrement du contexte français qui, lui, a beaucoup changé. J’ai écrit dans le Figaro quand c’était encore un journal conservateur, dans le Quotidien de Paris aujourd’hui disparu, dans Causeur, jusqu’au jour où j’ai envoyé un article positif sur Trump. Il m’est devenu quasiment impossible de publier en France et d’être invité à parler à la radio et à la télévision. Et ce n’est pas la distance qui fait obstacle. Je peux parler sur des chaines israéliennes, et quand je suis invité sur Newsmax, chaine américaine, je suis à 4500 kilomètres des studios.
Avant que je parte aux Etats-Unis, des chaines de télévision françaises m’invitaient encore, mais de plus en plus rarement. Frédéric Taddei, un homme respectueux de la liberté de parole, et que j’estime, m’invitait souvent : je sais que cela déplaisait à la direction de la chaine, car il me l’a dit. Il n’est plus sur aucune chaine. L’un de mes éditeurs m’a dit que pour de nombreux commentateurs, j’étais le « diable ». CNews m’a invité quatre fois en cinq ans. J’espère que cela se fera plus fréquent, mais je n’en sais rien.
Je suis libéral économiquement, et conservateur culturellement. Je suis proche depuis longtemps du Parti Républicain américain et j’ai compté parmi mes amis Martin Anderson, principal conseiller de Ronald Reagan à la Maison Blanche. Je défends résolument Israël et mes positions sont celles du Likoud, le grand parti conservateur israélien, j’ai une profonde estime pour Binyamin Netanyahou et je décris Mahmoud Abbas comme un chef de bande terroriste, car c’est ce qu’il est. J’ai de l’estime pour Donald Trump, et j’ai été invité à Mar-a-Lago par le CEO de Newsmax, Chris Ruddy, un homme admirable qui aime ce que j’écris en langue anglaise, et j’ai pu rencontrer Trump grâce à lui. Tout cela est censé faire de moi un « fasciste ». J’ai connu l’époque où un fasciste était un partisan de la dictature et un antisémite, je suis exactement l’inverse. Quand j’ai été rédacteur en chef d’une grande revue libérale aujourd’hui disparue, j’avais choisi pour slogan une phrase de Goethe : « Quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté ». J’ai publié dans la revue Alexandre Soljenytsine, Mario Vargas Llosa, Jean-François Revel, Ronald Reagan, Margaret Thatcher, Binyamin Netanyahou, Vladimir Boukovsky, Nathan Sharansky (j’ai traduit du russe ses écrits quand il était encore un refusenik en prison), entre autres. Tous des « fascistes » sans doute.
Les mots en France ont perdu leur sens et les Français perdent leur liberté. Lorsque j’ai été président de l’institut Turgot à Paris, tous les financements venaient d’entreprises américaines, les grands entrepreneurs français que j’ai rencontrés m’ont dit apprécier le travail de l’institut, mais ils m’ont tous répondus que s’ils s’affichaient comme libéraux, ils auraient des problèmes avec le fisc français. Sans doute aurais-je dû rencontrer Vincent Bolloré à l’époque, un homme dont j’admire le courage.
On m’a conseillé plusieurs fois de changer ma façon de parler, et de m’autocensurer (les gens qui m’ont conseillé passent aujourd’hui souvent à la télévision et s’autocensurent très nettement), et on m’a suggéré de dire par exemple, « bien sûr que Binyamin Netanyahou est un homme d’extrême droite détestable, mais il fait quand même des choses positives ». Je ne l’ai jamais fait. Une phrase à moitié mensongère et insultante est à mes yeux une phrase mensongère et insultante. Les phrases à moitié mensongères et insultantes en France côtoient les phrases totalement mensongères et pleinement insultantes. Je garde de l’un de mes maitres à penser, Friedrich Hayek, dont j’ai traduit et adapté et fait publier plusieurs livres en langue française, une éthique intellectuelle. A mes yeux, respecter ceux à qui on s’adresse implique de respecter les faits et de s’efforcer de dire la vérité. La tâche d’un intellectuel est de donner à comprendre et à connaitre. Si on s’écarte de cette tâche, on devient un imposteur (j’ai d’ailleurs écrit un livre sur ce thème : Voici revenu le temps des imposteurs). L’imposture prédomine aujourd’hui dans les médias français.
Je dois dire qu’elle prédomine aussi dans une large part des médias américains, mais elle n’y est pas omniprésente. Je peux écrire ici pour le Gatestone Institute dont je suis Senior Fellow, et je suis libre d’écrire ce que je veux, à condition que ce soit factuel et pas mensonger. Le Gatestone Institute est l’un des grands think tanks américains, et j’ai, par mes articles écrits pour le Gatestone Institute, des lecteurs anglophones dans le monde entier.
En français, je ne peux écrire que sur Dreuz, et le travail de Dreuz devrait être plus connu. Je n’ai pas proposé d’article au JDD, Journal du Dimanche, je devrais le faire, mais je ne veux pas risquer de perdre mon temps, et à mon âge chaque instant est précieux. Que je ne puisse, pour l’heure, publier que sur Dreuz en langue française et sans risquer d’être censuré est, je pense, très significatif. Le fait que j’ai choisi de vivre à dix mille kilomètres de la France m’empêche de me rendre sur des plateaux, c’est peut-être, pour partie, un obstacle, mais je ne regrette pas mon choix. Certains de mes passages à la télévision quand je vivais encore en France m’ont valu des menaces de mort et des agressions dans la rue à Paris. Ma famille a été menacée. Je suis heureux et libre à Las Vegas.
Je le dis en tout cas, le risque d’agression fait partie des éléments qui poussent aussi des commentateurs en France à s’autocensurer, et le risque est très réel, j’en atteste.
Toujours est-il que ce que je viens d’écrire a globalement des conséquences, et je pense utile d’insister sur ce point.
Dès lors qu’il est quasiment impossible en France de dire la vérité sur Donald Trump, sur son action, sur le Parti Démocrate, tout comme il était impossible auparavant de dire la vérité sur l’administration Biden et sur l’administration Obama, l’opinion très massivement prédominante en France est que Biden a été un bon président et n’est devenu sénile qu’à la fin de sa présidence, qu’Obama a été merveilleux et rédempteur, et que Trump est un ignoble personnage, peut-être fou, totalement ignorant et incompétent, et entouré de gens aussi incompétents que lui qui mènent les Etats-Unis vers le naufrage. Les Etats-Unis étant la première puissance du monde, l’opinion qui a été installée dans la tête des Français n’a qu’une importance mineure : elle mène néanmoins à justifier certaines politiques prises par Macron et son gouvernement, elle peut rendre informulables certaines idées. Si vous proposez d’expulser massivement les immigrants illégaux coupables de crimes, on vous dira que c’est ce genre de politique qui a conduit l’ICE à tuer de braves gens innocents à Minneapolis (et bien sûr, on ne vous dira nulle part, sauf sur Dreuz, ce qui s’est réellement passé à Minneapolis). Les Etats-Unis sous Trump sont décrits de manière si épouvantable en France que le nombre de touristes français se rendant aux Etats-Unis est en très forte baisse (plus de 40%). Et je ne parle pas de ce qui se dit sur la guerre contre le régime iranien : les dizaines de milliers d’Iraniens massacrés par le régime sont totalement oubliés, les menaces génocidaires du régime envers Israël et son peuple sont totalement oubliées aussi, le soutien du régime au terrorisme islamique mondial est lui-même laissé de côté, l’immense danger qu’aurait représenté une arme atomique aux mains de fanatiques n’est plus guère évoqué, et il se dit même parmi les journalistes français le régime iranien a gagné la guerre et qu’on se demande pourquoi Trump et Netanyahou ont attaqué l’Iran.
Lorsqu’il s’agit d’Israël, l’absence de vérité et l’omniprésence du mensonge sont bien plus graves, car Israël est l’État juif, et traiter Netanyahou d’homme d’extrême droite, dire que l’armée israélienne perpètre des massacres, fait clairement monter l’antisémitisme et renforce la haine anti-juive des musulmans français, et ce n’est pas un hasard si depuis des années les Juifs qui le peuvent quittent la France par milliers.
Je n’ai pas de sondages sur le sujet, mais je suis persuadé, effet des grands médias, qu’une majorité écrasante de Français considèrent que Viktor Orban en Hongrie était un sinistre personnage complice des crimes de Vladimir Poutine. Je suis persuadé aussi qu’une majorité écrasante de Français ignorent tout de la réalité de la situation en Ukraine et de l’ampleur de la catastrophe qui touche le pays. Et combien de Français pensent que le blocage par le régime iranien du détroit d’Ormuz est un cataclysme qui va ravager la planète entière ? Combien de Français pensent que les « Palestiniens » ont droit à un État ? Combien savent que toutes les organisations palestiniennes sont terroristes et on des buts génocidaires ? Que dès l’enfance on apprend aux petits « palestiniens » que leur devoir se terre est de tuer des Juifs en faisant des attentats ou en recourant à l’égorgement au couteau ? Le formatage des esprits par les grands médias français fait accepter des politiques profondément délétères pour le monde et pour la France. Hélas, ce formatage s’accentue.
C’est pour cela que je crains que le déclin, le changement de population, l’effacement civilisationnel se poursuivent en France, et ce qui se passe en France se passe ailleurs en Europe, d’une manière similaire.
Les Etats-Unis ne sont pas épargnés, non, et au vu de ce qu’est devenu le Parti Démocrate, son retour au pouvoir aurait des conséquences cataclysmiques pour les Etats-Unis et pour la planète entière. Ce ne sera pas dit en France, je sais.
Personne ne dit en France, à part moi, que le Parti Démocrate est devenu un parti d’extrême gauche résolument destructeur.
Faire un travail intellectuel digne de ce nom en France est devenu très difficile, presque impossible. Cela reste plus facile aux Etats-Unis. La gangrène gauchiste ronge la plupart des grandes villes du pays. New York, la ville où ont été perpétrées les attaques islamistes du 11 septembre 2001 a aujourd’hui un maire islamiste. C’est la plus grande ville juive des Etats-Unis et le maire est antisémite, donc le péril monte. Il y a sept ou huit ans, les saucisses de hot dogs vendues dans les rues étaient de la marque Nathan’s, et elles étaient casher. Je me suis rendu à New York juste avant l’élection de Zohran Mamdani, les saucisses de hot dogs étaient toutes hallal, et c’était affiché partout. Nathan’s existe encore, à Coney Island. San Francisco est la plus belle ville du monde, mais le maire est gauchiste et les sans-abris et les drogués jonchent le sol de nombre de rues et d’avenues. La situation est la même à Los Angeles et à Chicago.
La situation est très différente à Las Vegas, et c’est pourquoi j’ai choisi d’y vivre et d’y investir. Dans un livre Time Life qui était dans la bibliothèque de mon père, un chapitre d’un livre sur l’Amérique avait un chapitre appelé The good life. Je me suis dit que plus grand je vivrais the good life et je la vis.
Il faut néanmoins se battre, et j’ai choisi de devenir américain, car la bataille à livrer ici est essentielle.
Si les Etats-Unis devaient tomber, c’en serait rapidement fini de la civilisation occidentale, cela doit être compris et expliqué.
Et concernant la France et l’Europe, tout comme le mensonge omniprésent m’indigne, je ne supporte plus les discours anesthésiants et anesthésiés disant que la situation en France et en Europe n’est pas si grave. La situation en France et en Europe est extrêmement grave. Dire le contraire est permettre au mal de continuer son action délétère.
© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.
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