« Les Sorcières de la Nuit », cauchemar des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale

Maria Dolina, commandant par intérim d’un escadron du 125e régiment, née le 18 décembre 1922 et décédée le 3 mars 2010

Les « Sorcières de la nuit » ont été évoquées la semaine dernière sur Résistance républicaine au sujet d’un article sur la possibilité de femmes dans les tanks :

https://resistancerepublicaine.com/2026/04/18/la-cour-supreme-et-les-femmes-dans-le-tank-quand-lideologie-prend-le-pas-sur-limperatif-de-vaincre-lennemi/

La rubrique « Russie mon amour » se devait de prolonger ce sujet !

Les nazis les appelaient «les sorcières de la nuit», les Français du régiment Normandie-Niémen «les magiciennes de la nuit» et les Russes «les sœurettes». Les escadrilles du régiment féminin étaient composées exclusivement de jeunes femmes et pourtant, elles inspiraient une peur bleue aux Allemands.

Une genèse née de la nécessité et de la volonté

L’existence de ces régiments doit tout à Marina Raskova, une aviatrice célèbre (surnommée l’Amelia Earhart russe).

Dès 1941, elle utilise son influence auprès de Staline pour obtenir l’autorisation de former des unités de combat féminines. Elle recrute des jeunes femmes, pour la plupart des étudiantes de 17 à 25 ans, qui deviendront pilotes, navigatrices, mécaniciennes et armurières.

Durant les premiers mois après l’attaque surprise de l’Allemagne nazie contre l’Union soviétique (en juin 1941), le gouvernement du pays a reçu une grande quantité de lettres de la part de femmes pilotes d’écoles et de clubs aériens et de structures de l’aviation de transport. Elles ne demandaient toutes qu’une chose : les envoyer en mission afin de combattre comme les hommes.

Marina Raskova, détentrice du titre Héros de l’Union soviétique, célèbre pour son vol sans escale depuis Moscou jusqu’aux régions extrême-orientales du pays à bord d’un Tupolev ANT37 « Patrie », a avancé l’idée de mettre en place un régiment féminin. Les fonctionnaires l’ont écoutée et ont promis de réfléchir. Toutefois, la pratique mondiale de l’aviation ne connaissant aucun précédent, l’idée a été largement contestée. Or, les lettres ne cessaient d’affluer…

Pilotes du 586e régiment d’aviation de chasse féminin

Marina Raskova a finalement réussi à obtenir l’autorisation de Staline de former un régiment aérien féminin. Les demandes des volontaires ont commencé à être acceptées dès l’automne 1941. À l’issue d’une formation accélérée, il fut possible de former le 46e régiment, qui est devenu l’unique régiment féminin au monde de bombardiers de nuit.

Le premier ordre donné aux jeunes femmes était de se faire faire « une coupe garçonne », en laissant dépasser les cheveux devant « jusqu’à la moitié de l’oreille ». Pour garder les cheveux longs, il fallait obtenir l’autorisation personnelle de Marina Raskova. Cependant, personne ne s’est adressé à elle pour une telle « futilité ».

Le 27 mai 1942, le régiment des Sorcières de la nuit comptant 115 jeunes femmes de 17 à 22 ans est arrivé au front. La première sortie a été accomplie le 12 juin. (Source : Fenêtre sur la Russie)

Un équipement dérisoire transformé en arme tactique

Le paradoxe des Sorcières de la Nuit réside dans leur appareil : le Polikarpov Po-2.

  • Conception : Un biplan de 1928, fait de contreplaqué et de toile de lin.

  • Vitesse : Si lent qu’il était presque impossible à abattre pour les chasseurs allemands modernes, qui décrochaient en essayant de s’aligner sur lui.

  • Capacité : Il ne pouvait transporter que deux bombes à la fois. Les pilotes devaient donc multiplier les sorties (jusqu’à 18 par nuit).

L’origine du mythe

Le surnom Nachthexen (Sorcières de la Nuit) vient des soldats allemands eux-mêmes. Pour éviter d’être détectées, les pilotes coupaient leur moteur à quelques kilomètres de l’objectif et s’approchaient en vol plané. Le seul son perceptible était le bruissement de l’air contre les ailes en toile, rappelant le bruit d’un balai de sorcière.

Cette guerre psychologique était si efficace que les Allemands faisaient circuler la rumeur selon laquelle ces femmes recevaient des injections de drogues expérimentales pour leur donner une vision nocturne de chat.

Navigatrice d’escadron du 46e régiment d’aviation de la division Taman

La mémoire : romans et bandes dessinées

L’histoire de ces femmes a inspiré de nombreux auteurs contemporains qui cherchent à réhabiliter leur rôle crucial :

  • Littérature : Outre La Chasseresse de Kate Quinn, on peut citer À bord des avions de la liberté ou les mémoires de survivantes comme Raisa Aronova.

  • Bande Dessinée (Le 9e Art) : La référence absolue est la série « Le Grand Duc » de Yann et Romain Hugault, ou encore la série « Les Sorcières de la Nuit » (chez Paquet) qui dépeint avec un réalisme saisissant la dureté des combats et la précarité de leurs conditions de vie. Ces œuvres mettent en avant l’esthétique du Po-2 et le contraste entre la fragilité des machines et la détermination des pilotes.

Le Musée de Minsk

Merci à notre ami lecteur  Jean05 qui a écrit en commentaire (18 avril 2026) :
Au Musée de la deuxième guerre mondiale (en russe Musée de la Grande guerre patriotique) de Minsk toute une section est consacrée à ces « sorcières de la nuit ». On voit les photos de groupe de ces filles jeunes (de 17 à 22 ans pour la plupart), belles et surtout rayonnantes. Les films de guerre soviétiques montrent l’audace incroyable de leurs raids nocturnes, où elles naviguaient à vue, sans radar, et coupaient leurs moteurs en approche. Leurs avions étaient les vieux biplans Policarpov d’épandage agricole. Et pas de parachutes… On voit mal ce qui exclurait les tankistes femmes en Israël.

  • On y trouve des objets personnels, des uniformes (souvent trop grands, car conçus pour des hommes) et des photographies d’époque.

  • C’est l’un des rares endroits au monde où l’on peut réellement prendre la mesure du sacrifice de ces femmes : elles volaient sans parachute (pour gagner du poids pour les bombes) et dans des cockpits ouverts par des températures de -40°C.

 

Un avion U-2 (Po-2)

Fiche Technique du Régiment

CatégorieDétails
Missions totalesPlus de 30 000
Bombes larguées23 000 tonnes
Pertes32 femmes (dont Marina Raskova en 1943)
Distinction23 pilotes nommées « Héros de l’Union Soviétique »

 329 total views,  327 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


4 Commentaires

  1. Merci Jules de nous faire partager la bravoure de ces pionnières exemplaires
    et hélas méconnues!

  2. Bonjour Jules et merci ! Si on était réellement honnête, on se devrait de reconnaître que les femmes ont en général, bien plus de courage que les hommes! Ce n’est pas du feminisme, c’est un fait indéniable, cet article en fait à nouveau la démonstration. Bonne journée.

    • Bonjour Chti, le courage féminin a souvent une saveur particulière : il est fréquemment lié à la protection de la vie. C’est un courage qui demande d’affronter non seulement l’ennemi, mais aussi les préjugés de son propre camp. Bonne journée

    • A l’instant où j’allais lire les commentaires, je me disais , nous, la gent masculine, serions nous capable de supporter les douleurs du à l’enfantement .