La Cour suprême et les femmes dans le tank : quand l’idéologie prend le pas sur l’impératif de vaincre l’ennemi

1.
J’étais cette semaine devant la Cour suprême d’Israël à Jérusalem, avec les centaines de manifestants venus protester contre l’incroyable hybris des juges, qui prétendent destituer un ministre du gouvernement. C’était le peuple d’Israël dans toute sa beauté et sa diversité qui était là, mercredi matin, pour dire aux juges du « Bagatz » : « Vous ne nous priverez pas de notre gouvernement démocratiquement élu ! » Malgré la colère légitime de ces manifestants venus des quatre coins du pays, je n’ai vu aucune haine, aucune violence, mais seulement le cri profond d’un peuple, qui refuse d’être privé du droit d’élire ses représentants.
Mais c’est d’une autre décision rendue cette semaine aussi par la Cour suprême que je voudrais ici parler, qui n’est pas moins scandaleuse : celle qui concerne l’intégration de soldates dans les unités combattantes de tankistes. Par une décision unanime, l’instance judiciaire suprême d’Israël a en effet décidé cette semaine, mettant fin à une procédure de 6 longues années, que Tsahal était tenue d’autoriser des soldates à être intégrées dans les unités de tankistes, et ce dès le mois de novembre 2026.
2.
Jabotinsky avait dit un jour qu’il n’existe pas une fonction au monde qu’une femme n’est pas capable de remplir aussi bien qu’un homme. Mais ce féminisme du “Rosh Betar” n’a pas grand-chose à voir avec le féminisme idéologique radical actuel. Or c’est bien ce féminisme radical qui dicte la décision de la Cour suprême. Celle-ci n’en est pas à son coup d’essai. En novembre 1995, elle avait déjà jugé qu’une femme pouvait devenir pilote dans l’armée, faisant droit à la pétition d’Alice Miller.
Mais la signification de la décision rendue cette semaine est différente. L’objet du débat dans la procédure concernant les femmes tankistes ne concerne pas “l’égalité des opportunités”, principe abstrait au nom duquel la Cour suprême a rendu sa décision. Il s’agit de savoir quelle est la valeur suprême de Tsahal, alors qu’Israël se bat depuis bientôt trois ans sur sept fronts, menant la guerre la plus longue et la plus difficile depuis 1948.
3.
En enjoignant à Tsahal d’intégrer – dès le mois de novembre prochain – des femmes dans les unités de tanks, la Cour suprême montre une fois de plus qu’elle obéit à des intérêts idéologiques partisans, et qu’elle a perdu de vue l’intérêt supérieur de l’armée et du pays. Comme je l’écrivais il y a quinze jours, à propos de la décision rendue par la Cour suprême à l’encontre du “Home Front Command” de Tsahal, les juges de la Cour suprême ont démontré, si besoin était, qu’ils ne siégeaient pas “au sein de leur peuple”, et qu’ils vivent dans leur tour d’ivoire, coupés des réalités d’Israël et de la guerre existentielle que mène notre pays.
En privilégiant une vision radicale de l’égalité hommes-femmes, au détriment de l’intérêt de l’armée, la Cour suprême va encore un peu plus loin dans sa dérive idéologique. Elle poursuit sa course d’amok entamée sous la houlette du juge Aharon Barak, instigateur de la “Révolution constitutionnelle” visant à faire de la Cour suprême le “premier pouvoir”. Celui-ci avait déclaré à l’époque : “En tant que juristes, nous ne sommes pas limités à l’interprétation et à l’application du droit existant… Nous sommes les architectes du changement social[1]. C’est au nom de cette volonté idéologique de changement social que la Cour suprême met aujourd’hui (comme hier) en danger la sécurité d’Israël, en pleine guerre existentielle.
P. Lurçat

[1] C’est moi qui souligne. Citation extraite de mon livre Quelle démocratie pour Israël ? Gouvernement du peuple ou gouvernement des juges ? Editions l’éléphant 2023.
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Complément de Christine  Tasin

Mon cher Pierre, pour la première fois je ne serai pas d’accord avec toi. Non pas par féminisme imbécile mais parce que, sauf si faire la guerre dans un tank est très différent de la faire aux manettes d’un avion de combat et requiert des qualités spécifiquement  masculines, l’histoire pourrait peut-être te donner tort avec les extraordinaires « sorcières de la nuit » russes, ces femmes pilotes qui ont lutté à mort contre les aviateurs allemands pendant la seconde guerre mondiale. Apparemment elles ont été et sont donc tout aussi efficaces -voir plus ? – que les pilotes masculins, à moins qu’il n’y ait des éléments que j’ignore

Cf les nombreux livres historiques et romancés  sur ce sujet, notamment le roman de Kate Queen La chasseresse fondé sur des éléments et personnages historiques.
Les « Sorcières de la Nuit » étaient des aviatrices soviétiques du 588e régiment de bombardement de nuit, célèbre pour ses attaques nocturnes audacieuses sur l’armée allemande avec des avions en bois obsolètes. Créé par Marina Raskova, ce régiment féminin a effectué plus de 24 000 missions, terrorisant les Allemands qui les surnommaient « Sorcières de la nuit ».

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1 Commentaire

  1. Bonjour, et en quoi les femmes ne seraient pas capables de piloter un tank ou un avion? Vous seriez surpris de la valeur de certaines femmes qui ont souvent plus de courage que les hommes! Rien ne doit etre interdit aux femmes! C’est à elles de décider de quoi elles sont capables.Halte au sexisme! Bonne journée.