« Juste une illusion » (2026) ressuscite les années 1980

Dans la famille Dayan de « Juste une illusion », le nouveau film d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano, on demande le benjamin, Vincent (Simon Boublil), le père, Yves (Louis Garrel), le fils aîné, Arnaud (Alexis Rosenstiehl), et la mère, Sandrine (Camille Cottin). 
« Ce monde-là, c’était celui de la France heureuse avec elle-même.  Pas parfaite mais capable de rire d’elle-même… » Le Point
Bande-annonce : 

Juste une illusion, le nouveau film d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano ressuscite les années 1980 avec une précision d’orfèvre et une tendresse d’archéologue. Car c’est bien d’un monde disparu qu’il s’agit.

J’ai habité ce monde, après l’exil, en 1985. C’était celui des appartements où se croisaient des accents de France, du Maghreb, d’Iran, du Portugal, du Sénégal, de Pologne, de Turquie, d’Italie, du Vietnam, de ce qui était encore la Yougoslavie. On mangeait des couscous chez les uns, des kneidler chez les autres, des pierogi chez les voisins du troisième, du riz au safran chez nous, de la blanquette de veau partout, on fêtait shabbat tous ensemble et tout Nouvel An était notre Nouvel An, le premier de l’An, Norouz, Roch Hachana, l’occasion de se retrouver et de faire la fête, et partout on était français. Pas malgré nos origines. Pas en plus de nos origines. Français, tout simplement, avec nos origines nichées quelque part entre la fierté discrète et la blague aussi affectueuse que mordante.

Nous, les enfants de l’exil heureux, nous avions fait de nos origines un atout de séduction.

Mais nous, les enfants de l’exil heureux, nous avions fait de nos origines un atout de séduction. Un récit pittoresque pour se rendre intéressant, une carte à jouer dans les dîners, un argument de drague. « Tu sais, chez nous, en Iran… » Et ça marchait. Parce que c’était léger. Parce que c’était sincère précisément parce que c’était léger. Nous ne portions pas nos identités comme des étendards ou des revendications. Nous les portions comme des vêtements qu’on aimait bien – confortables, colorés, mais pas toute notre garde-robe.

Le secret n’était pas une trahison : c’était la condition même de l’adolescence.

C’était l’époque où les parents étaient encore des parents. Pas des best friends. Pas des confidents ou des partenaires thérapeutiques mais des adultes avec leurs zones d’ombre, leurs secrets, leurs contradictions – et c’est précisément cette opacité qui nous permettait, à nous, de grandir. Les non-dits n’étaient pas des violences. Ils étaient des espaces dans lesquels on pouvait se construire, transgresser, se tromper, découvrir. Le secret n’était pas une trahison : c’était la condition même de l’adolescence.

On découvrait les films porno entre copains, avec les rires gênés qui dédramatisaient et humanisaient tout. Le sexe arrivait dans des éclats de rire complices, dans la confusion collective, dans la honte partagée qui n’est jamais tout à fait de la honte quand elle est partagée. Pas seul, en tête à tête avec un téléphone portable, dans le silence bleuté d’une chambre fermée. Ce qui se passe aujourd’hui avec les adolescents et la pornographie de masse n’a plus rien à voir avec l’éveil. C’est une initiation solitaire et brutale.

On n’avait pas besoin d’injonctions à la mixité parce que la mixité existait, naturellement.

Nakache et Toledano font de la nostalgie juste. Non, ce n’était pas mieux avant, c’était différent, voire pire (racisme décomplexé, chômage de masse). Mais quelque chose s’est perdu car ce monde-là valait la peine d’être défendu.

Ce monde-là, c’était celui de la France heureuse avec elle-même. Pas parfaite mais capable de rire d’elle-même, de mêler ses fils sans les nouer en nœuds identitaires, de faire de la diversité une évidence plutôt qu’un programme. On n’avait pas besoin d’injonctions à la mixité parce que la mixité existait, naturellement, joyeusement, dans les cours d’école et les cages d’escalier.

Alors oui, juste une illusion ? Peut-être. Mais c’était une illusion qui nous rendait libres. Et la liberté, même illusoire, vaut infiniment mieux que la cage, même dorée, de nos identités assignées.

Le passage d’une France assimilatrice à une France fragmentée.

Éric Zemmour : la fin de la « France des cages d’escalier »

Éric Zemmour a souvent évoqué ce passage d’une France assimilatrice à une France fragmentée. Dans son livre « Le Suicide français » (2014) ou lors de ses interventions sur le « Grand Remplacement », il revient sur la fin de cette mixité des années 80 :

« Les banlieues de mon enfance, à Drancy ou à Montreuil, étaient le lieu d’une fusion française. Le nom, l’origine, la religion s’effaçaient devant la langue et l’école. Aujourd’hui, ces mêmes quartiers sont devenus des enclaves étrangères où la loi de la République a été remplacée par la loi du groupe, du clan, de la religion. Les Juifs ont été les premiers à partir, car ils étaient les premiers indicateurs que la France n’y était plus chez elle. »

Georges Bensoussan 

Très proche de ce constat de glissement, Georges Bensoussan (historien et auteur des Territoires perdus de la République) est la référence majeure. Dans ses interviews, il explique ce que le film de Nakache et Toledano semble regretter :

« On est passé d’un voisinage de proximité à une distance identitaire. Ce qui était autrefois un folklore partagé est devenu une revendication agressive. Le départ des Juifs des banlieues de Seine-Saint-Denis n’est pas seulement un exode géographique, c’est la fin du modèle de cohabitation à la française. »

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