Moussa, fais pas un caca nerveux, je fais pas l’apologie du nazisme, je parle des U-Boote dans l’Atlantique (1ère partie)

 

C’est à la suite de la série Das Boot, récemment diffusée à la télévision que j’ai eu l’idée de rédiger cet article, étant moi-même passionné par le second conflit mondial, mais tout de suite un message à l’attention de Moussa Dard-Malin :

« Non Moussa, ne me fais pas un caca nerveux, je ne fais pas l’apologie du Nazisme, le drapeau ci-dessus était celui de la Kriegsmarine ».

Je commenterai la série Das Boot dans la deuxième partie. Naturellement je ne vais pas me lancer dans un historique complet de la bataille de l’Atlantique (il faudrait aussi parler des navires de surface), juste partager avec vous les destins de quelques bâtiments, l’U-47, l’U-156, l’U-505, l’U-995 et l’U-96.

Nous sommes le 3 septembre 1939. Dans son bureau de Sengwarden, près de Kiel, le capitaine de vaisseau Karl Dönitz, chef des sous-marins, fait ses comptes : il peut disposer de 22 submersibles dans l’océan Atlantique, « trop peu si un conflit éclate », se dit-il. Il en est là de ses pensées quand un matelot lui apporte un message : TOTAL GERMANY. L’homme blêmit et murmure : « Malédiction ! Revoir cela ! » En effet, une fois décodé, le message signifiait « ouverture immédiate des hostilités avec l’Allemagne ». Dönitz pense aux équipages, aux amis qui ne reviendront pas, il pense aussi à ses deux fils en âge de partir (il les perdra tous les deux). Ce moment d’abattement passé, le capitaine de vaisseau pense aux choses sérieuses, et ça ne va pas traîner !

Dès le 4 septembre, l’U-30 commandé par le lieutenant de vaisseau Fritz-Julius Lemp, naviguant au large de l’Irlande, repère un bâtiment qui zigzague tous feux éteints. Pas de doute, c’est un croiseur auxiliaire anglais ! Trois torpilles sont lancées contre le navire qui finit par sombrer. Lemp plonge, certain d’avoir coulé un navire ennemi.

En réalité, Lemp a coulé le paquebot Athenia avec 1 400 passagers à son bord. 1 300 seront sauvés par des navires situés à proximité ; le problème, c’est qu’au début de cette guerre, le torpillage des paquebots est interdit. Lorsque le commandant de l’U-30 réalise son erreur, il en fait part à Dönitz qui lui rétorque : « votre acte est à l’encontre des ordres de notre Führer. D’où de graves complications possibles, mais, je le sais, vous avez agi de bonne foi. Je vous couvre ». De fait l’affaire est étouffée, le torpillage de l’Athenia n’est pas mentionné dans le journal de bord du sous-marin et la page relatant le torpillage est détruite. Ironie de l’Histoire, le premier bateau coulé de cette bataille aura non seulement été un navire civil, mais de plus un paquebot faisant route vers l’Amérique. (Par la suite, Lemp prendra le commandement de l’U-110, il disparaîtra avec lui le 9 mai 1941 dans l’Atlantique Nord. L’U-30 survivra au conflit et sera sabordé le 5 mai 1945 à Flensburg).

My God, un U-Boot  chez les British !

Dans la nuit du 12 au 13 octobre 1939, l’U-47 commandé par le lieutenant de vaisseau Günther Prien, réussit un coup audacieux. S’introduire dans la base hyper-protégée de Scapa Flow, située au nord de l’Écosse, et repartir comme si de rien n’était ! Au cours de cette mission Prien envoya par le fond le cuirassier Royal Oak datant de la première guerre mondiale ainsi qu’un vieux porte-avions, le Pegasus. L’exploit aurait pu être encore plus complet si la flotte anglaise n’avait pas appareillé la veille ! Cette opération avait été préparée dans les moindres détails avec Dönitz. A la suite de cette mission délicate, Prien reçut la croix de fer et Dönitz fut promu contre-amiral ; enfin ce dernier était pris au sérieux, lui qui se battait comme un beau diable pour réclamer toujours plus de sous-marins ! Il n’avait jamais été vraiment aidé par Hitler qui n’y connaissait rien en bateaux : « Sur terre je suis un héros, en mer je suis un lâche » admettait-il. Le 8 mars 1941, l’U-47 fut coulé entraînant dans la mort l’ensemble de l’équipage.

 

L’affaire du Laconia

Nous sommes le 12 septembre 1942. En juin 1940 la France a été vaincue, du pain bénit pour Dönitz ! Les ports de Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle sont à la disposition de la Kriegsmarine ! Plus besoin de faire le tour par le nord de l’Écosse ! Donc ce 12 septembre 1942, le paquebot Laconia  navigue au nord-nord-est de l’île Ascension ; il a à son bord 136 hommes d’équipage, 80 civils femmes et enfants, 268 militaires britanniques, 103 soldats polonais et approximativement 1 800 prisonniers de guerre italiens capturés en Libye.  A 22h07,i l est touché par une première torpille tirée de l’U-156 qui fait plus de 450 morts, une seconde torpille l’envoie par le fond. Le commandant du sous-marin capitaine de corvette Werner Hartenstein se rend compte qu’il y a des prisonniers italiens à bord du Laconia. Dans un premier temps, il avertit Dönitz de la situation puis il envoie un message en clair pour tous les navires de la zone afin de recueillir les rescapés. Au bout de 48 heures, les U-506 et U-507 arrivent à la rescousse. Malheureusement un avion américain B-24 Liberator arrive aussi sur zone et malgré les croix rouges disposées sur les sous-marins, ordre lui est donné de les couler. Hartenstein plonge tandis que l’U-507 récupère 161 personnes. Le lendemain, après avoir refait surface, l’U-156 prend à son bord 156 rescapés, la limite de charge que peut supporter un sous-marin.

L’affaire du Laconia fut lourde de conséquences : d’une part, le pilote du B-24, persuadé qu’il avait coulé le U-156 fut félicité et même décoré, ce qui finit par mettre la marine américaine dans l’embarras dans la mesure où des naufragés ont été bombardés (et tués) alors que les puissances belligérantes avaient décidé d’une trêve le temps des opérations de sauvetage.

Mais surtout, à la suite de cette affaire, Dönitz rédigea l’ordre Triton Null, interdisant de porter secours aux naufragés. Cette décision faillit le conduire à la potence lors du procès de Nüremberg. Il fut défendu par l’amiral Nimitz qui admit que les sous-mariniers américains avaient les mêmes consignes, ne pas porter secours aux naufragés, pratiquant de fait la guerre sous-marine à outrance. L’acte d’accusation contre Dönitz fut donc abandonné et l’amiral condamné à 10 ans de prison qu’il purgea à Spandau. Quant à Hartenstein, il disparut avec son navire le 8 mars 1943.

Ainsi se termine cette première partie, la seconde sera consacrée aux destins des sous-marins U-96, U-505 et U-995.

Un peu de musique pour terminer avec « Eternal Father strong to save », chant de marins anglais du 19ème siècle, repris par la marine américaine. C’est une musique dédiée aux marins péris en mer. C’est l’occasion de rendre hommage à tous les marins, civils et militaires, que la mer a emportés et ce quelle soit leur nationalité. D’abord un fichier mp3 (extrait de la bande originale du film « Crimson Tide) et une petite vidéo juste après.

https://www.youtube.com/watch?v=2dlXmuYuAYc

 

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18 Commentaires

  1. Depuis longtemps, j’ai le désir de faire un article sur le sabordage de la flotte de Toulon. D’abord parce que j’habite à 20 minutes de Toulon, et parce que c’est un acte absolument inouï que de saborder toute une flotte militaire moderne.
    Je brûle d’envie de rédiger un tel article, et, je t’en donne l’info avant que tous les médias français n’en parlent 😊, je vais bientôt le faire.

  2. POST 2 SUR 2
    Mon article cité dans la première réponse sur les deux (https://resistancerepublicaine.com/2020/10/23/mers-el-kebir-churchill-salaud-ou-heros/) avait fait l’objet de discussions passionnantes avec d’autres amis patriotes, dont certains ne partageaient pas mon article suscité, notamment Moktar. Ce dernier n’a pas perdu beaucoup de temps puisqu’il a publié sur RR, le lendemain même de mon article (!) un article manifestant son désaccord avec ton serviteur que tu peux lire en cliquant sur le lien suivant :
    https://resistancerepublicaine.com/2020/10/24/jaccuse-de-gaulle-dincitation-a-la-destruction-de-la-flotte-francaise-a-mers-el-kebir/
    En fait mon ami Moktar n’a rien écrit du tout, car il explique dès le début qu’il retransmet un article qui avait été écrit par Manuel Gomez – ex-journaliste écho d’Alger; écrivain-historien. Ce qui change tout.
    En effet, j’ai lu beaucoup d’articles écrits par Manuel Gomez sur de nombreux sites (principalement Dreuz) et je connais bien cet homme par ses articles. Il faut savoir qu’il voue une haine cosmique contre De Gaulle. De Gaulle lui fait pousser des boutons rien qu’à entendre son nom. Il passe ses années à vouloir démolir De Gaulle de tous les côtés en essayant de démontrer que ledit De Gaulle n’a strictement absolument rien fait de bon de sa vie, mais n’a fait que des choses scandaleuses, honteuses, et inacceptable.

    Voilà l’avis de Monsieur Gomez sur le général De Gaulle. À partir de cela, on se pose de sérieuses questions sur l’objectivité de cet homme lorsqu’il écrit des articles sur De Gaulle.
    Et enfin, je t’invite à lire mon post que j’avais écrit dans le forum suivant l’article de Monsieur Gomez répercuté sur RR par mon ami Moktar que tu trouveras en première position suite audit article ou bien, pour y arriver immédiatement, en cliquant sur le lien ci-dessous :
    https://resistancerepublicaine.com/2020/10/24/jaccuse-de-gaulle-dincitation-a-la-destruction-de-la-flotte-francaise-a-mers-el-kebir/#comment-442405

  3. POST 1 SUR 2
    Avec un peu de retard, ami patriote Filoxe, je viens de lire tes deux articles sur les U-Boote.
    C’est un sujet original et absolument passionnant. Tu dis que tu es un passionné par le second conflit mondial, et je le suis également. De plus, pendant très longtemps je ne m’intéressais pas beaucoup au premier conflit mondial, mais depuis une dizaine d’années je le trouve tout aussi passionnant que le deuxième conflit mondial. Entre les deux les mentalités, les matériels, la logique des ordres, la société ont beaucoup changé. Je m’intéresse donc beaucoup à chacun d’entre eux en tenant compte de l’époque où ils se sont déroulés.
    Tes deux articles sur le point précis des U-Boote sont tout à fait passionnants. Merci de m’avoir appris beaucoup de choses, comme d’autres lecteurs patriotes je suppose.
    Et comme d’habitude félicitations pour la qualité de tes articles et l’iconographie qui les accompagne.
    Enfin, pour terminer cette première partie de réponse sur les deux, comme dit ci-dessus étant passionné par le second conflit tout comme toi, j’ai écrit dans RR évidemment, en date du 23/10/2020 un article intitulé « Mers el-Kébir : Churchill salaud ou héros ? » que tu peux lire en cliquant sur le lien ci-dessous :
    https://resistancerepublicaine.com/2020/10/23/mers-el-kebir-churchill-salaud-ou-heros/

  4. Pour ceux que ça intéresse et qui parlent anglais, les mémoires de l’amiral Karl Dönitz  » Ten years and twenty days « vous apprendront tout sur les U-boots, il y a aussi les mémoires d’Otto Kretschmer  » The golden Horseshoe  » que je suis en train de lire où il parle de ses camarades Günther Prien qui a aussi écrit un livre de mémoires et Joachim Schepke, parmis les plus connus des commandants d’U-boots !
    N’oublions pas que sur 40’000 membres d’équipages d’U-boots, 30’000 ne sont jamais revenus !

    • @ Sniper83 Je vous recommande vivement la lecture du livre « Dix-huit secondes pour survivre » écrit par un commandant de U-Boot. Le témoignage le plus saisissant que j’ai pu lire sur le sujet. Et j’ai beaucoup lu … Il est possible de trouver ce livre sur la toile.

      • Bonjour Oncle John,
        Merci pour le tuyau, j’ai trouvé des exemplaires sur le net mais à des prix exhorbitants, donc je continue à chercher !

  5. J’ai laissé passer une erreur, c’est bien l’U-47 et non le 30 qui a été coulé en 1941.
    Il ne me reste plus qu’à faire pénitence.

  6. Un livre à lire aussi : les sous-marins de la France libre.
    On y décrit bien les conditions difficiles et éprouvantes pour la santé avec l’acide des batteries finissant par être présent dans l’air lors d’immersions longues. Puis le destin du Surcouf.

  7. l’épave du U 455 plantée verticalement au fond du golfe de Gênes m’a beaucoup impressionné , c’est dans ce reportage que j’ai appris que la presque totalité des U boot qui sont entrés en Méditerranée n’en sont jamais ressortis . Sans avoir un tableau aussi impressionnant les navires corsaires ont frappé eux aussi . Je pense en particulier au plus connu  » l’atlantis  » que commandait le Capitaine Rogge .

    http://www.1939-45.net/schiff16.htm

  8. Merci pour cet article. J’ai commandé le kit plastique de l’U 505 pour pouvoir le présenter un jour dans la rubrique modélisme mais je dois encore le construire … Patience …

  9. Je lis :
    Le 8 mars 1941, l’U-30 fut coulé entraînant dans la mort l’ensemble de l’équipage.
    Contradiction avec ce qui précède, il doit y avoir erreur, le U-47 plutôt !

  10. Le pire de mes cauchemars, me retrouver dans un sous-marin. Ces hommes avaient du courage, nazis ou pas.

    • En temps de guerre ( combats) Argo, je ne sais où il fait bon se trouver. Prenez aussi, l’exemple d’un char pour imaginer ce qu’il se produit à l’intérieur lorsqu’il est touché. C’est une mort horrible qui vous y attend.
      La guerre n’a jamais été belle, tant par la façon dont on peut y trouver la mort mais aussi révélatrice de bestialité sadique chez les individus tout comme de l’humanité; s’en est son paradoxe.
      Mais je ne pense pas vous apprendre quelque chose.

      • Grand amateur d’histoire et grand lecteur ce qui me frappe c’est la sobriété avec laquelle ils décrivent les horreurs qu’ils ont vécus que ce soit dans les avions, la la marine, les chars ou l’infanterie alliée comme de l’axe (Closterman, Del Vecchio, Bonnecarrère, Knoke, Kageneck, Jünger, Genevoix, Monsarrat etc. etc.).
        Sur de nombreuses photos, on les voit sourire même sur le front de l’est, même dans des colonnes de prisonniers et ce n’était pas forcé, mais dans l’air du temps de ne pas s’apitoyer et de faire bonne figure même face aux pires obstacles. À notre époque certains font des dépressions parce qu’on critique le boulghour, eux venaient de perdre un ami brûlé dans son char ou dans son avion, ils l’avaient extrait en morceau, enterrés de leurs mains et ils repartaient.
        Paradoxalement, il y avait énormément d’honneur, de respect et de dignité dans l’adversité.

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