Le 6 octobre 2026, à Magdebourg, a eu lieu une première en Allemagne : Tobias Rausch, 35 ans, AfD, a été élu président du Landtag de Saxe-Anhalt. Il a obtenu 48 voix alors que l’AfD, comme le BSW n’en ont eu que 44. Il a donc eu des voix d’autres groupes, au scrutin secret. Il devient le premier homme de l’AfD à présider un parlement allemand.
Le même jour, à Munich, BMW retire son offre de leasing pour la voiture de fonction du président du Landtag. Vous me direz qu’on n’est pas étonnés, que c’est petit, mais est-ce légal ?
L’administration parlementaire l’a confirmé à Die Zeit: l’offre était déjà sur la table. BMW était d’ailleurs le seul grand constructeur allemand à avoir fait une offre. Ni Mercedes, ni Audi. Et BMW fournit déjà une grande partie du parc automobile du Landtag et du gouvernement régional.
Motif officiel ? « La BMW Group ne s’exprime pas sur les relations clients« . Vraiment ? Quelques jours plus tôt, le patron de BMW Milan Nedeljkovic déclarait dans la FAZ (quotidien allemand) : « le populisme de droite et le nationalisme sont un poison pour un pôle économique ouvert« .
Résultat : Tobias Rausch roule pour l’instant avec la vieille Série 7 de son prédécesseur CDU Gunnar Schellenberger, 50.000 km en 9 mois, contrat qui expire en novembre. Au 1er décembre, le président du parlement de Saxe-Anhalt pourrait se retrouver sans voiture de fonction…
Tobias Rausch a réagi dans le Mitteldeutsche Zeitung: « Je trouve consternant que BMW dénigre une institution étatique et le Land de Saxe-Anhalt ».
La question juridique que personne n’ose poser
Un fournisseur privé peut-il refuser une prestation à une institution parlementaire en raison de l’étiquette de celui qui la préside ?
En droit, la voiture n’est pas attribuée à Tobias Rausch, militant AfD. Elle est attribuée à la fonction de Président du Landtag de Saxe-Anhalt. Fonction qui demeure. L’occupant, lui, change au gré des élections. C’est le principe même de la continuité de l’Etat.
Si BMW refuse le Landtag parce que son président est AfD, il ne sanctionne pas une personne, il sanctionne une institution démocratiquement élue. C’est une prise de pouvoir politique d’une multinationale sur un parlement.
Ce n’est d’ailleurs pas isolé. L’AfD a déjà vu des comptes bancaires résiliés, des salles de réunion et des chambres d’hôtel annulées.
Et si ça arrivait en France ? Le cas RN
Imaginons… 2027 ou 2028. Le Rassemblement National remporte les législatives. Un député RN est élu Président de l’Assemblée Nationale, quatrième personnage de l’Etat.
Le lendemain, Renault, Stellantis ou une société de leasing française dit: « Nous ne fournissons plus la DS7 de fonction du Président de l’Assemblée« .
En France, ce serait illégal à trois niveaux :
Discrimination pour opinion politique : L’article 225-1 du Code pénal interdit toute discrimination à raison des opinions politiques dans la fourniture d’un bien ou service. Le refus d’établir un contrat pour ce motif est puni de 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende. L’article L121-11 du Code de commerce sanctionne aussi le refus de vente à un consommateur.
Marché public : Le parc automobile de l’Assemblée est un marché public. Le principe d’égalité de traitement et de neutralité s’impose au titulaire. On ne peut pas choisir son client final en fonction de sa carte de parti. L’administration serait obligée d’attribuer à un autre fournisseur, mais pourrait attaquer BMW pour rupture abusive.
Continuité du service public et séparation des pouvoirs : Une entreprise privée ne peut pas faire le cordon sanitaire à la place des élus. Si le peuple élit une majorité, les institutions doivent fonctionner. Sinon, c’est la porte ouverte à tout : le boulanger qui refuse de livrer la cantine de l’Assemblée, l’informaticien qui coupe les serveurs, l’électricien qui coupe le courant au Palais Bourbon…
C’est exactement le piège allemand. En voulant « défendre la démocratie » contre l’AfD, BMW affaiblit l’institution parlementaire elle-même. Et crée un précédent terrible : demain, un patron qui n’aime pas LFI refusera de servir un président LFI.
La démocratie, ce n’est pas choisir son parlement quand il nous arrange. C’est accepter de servir la fonction, même quand on déteste l’homme qui l’occupe. Qu’on y trouve son compte ou pas.
Christine Tasin
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Milan Nedeljkovic pas très allemand comme patronyme.
Si le patron de l’afd avait eu un patronyme disons serbe..
Le patron de BMW aurait il rompu le contrat?