
Le pape a déclaré que les jeunes étaient les nouveaux saints de notre époque. Je n’ai aucun avis là-dessus. Mais j’en ai découvert d’autres à l’occasion de ces journées. Je veux dire les journalistes qui couvraient l’événement. Habituellement, ils sont plutôt agnostiques, ce que j’admets volontiers car je pense que la liberté de croire ou pas est un droit fondamental. Mais là, j’ai été subjugué par leur attitude, ils se pâmaient devant la présence papale, pirouettant comme des phalènes devant un halo lumineux. Pourtant, la sainte Inquisition n’est plus d’actualité, et Torquemada et Bernardo Gui réunis ne les avaient pas convertis de force.
Ils se déplaçaient en ballets harmonieux, le visage lumineux, allant interroger les personnes présentes avec une gravité toute religieuse. Leurs circonvolutions gracieuses m’ont fait penser à la description de l’arrivée du sophiste Protagorasqu’avait décrite avec beaucoup de réalisme et de cruauté le philosophe Platon.
Nos journalistes évoluaient avec une grâce digne des plus grands ballets, interpellant les fidèles avec componction, souriant de toutes leurs dents étincelantes, leurs traits empreints de bonté et de recueillement, jusqu’à l’écoeurement. J’ai cru apercevoir des auréoles dorées et clignotantes entourant leurs visages devenus soudainement séraphiques. Je me suis dit qu’ils avaient trouvé là leur chemin de Damas, se repentant de leurs erreurs passées, et que, corrélativement, leur manière de diffuser et de commenter l’actualité allait changer de visage. Hélas, je me trompais lourdement.
Ce matin, sur les différentes chaînes, la ferveur papale était bien oubliée. Seule la chaîne CNEWS faisait preuve de retenue en ce qui concerne Jordan Bardella. Les autres chaînes considéraient quasiment comme acquises les révélations de Mediapart. Fi de la présomption d’innocence. Les commentaires allaient bon train. Cela allait de la honte rejaillissant sur le RN, la mise à l’écart éventuelle de Bardella, et peut-être même en prime la défaite de Marine Le Pen. Avec tristesse, j’ai pu me rendre compte que rien n’avait changé sous le soleil. Ils devraient peut-être attendre les décisions des tribunaux vu que Bardella a ou va déposer plainte pour diffamation et usage de faux. Les saints d’hier s’étaient soudainement transformés en avocats du Diable.
Jules Barbey d’Aurevilly taxait les journaux de chemin de fer du mensonge. Cela a-t-il changé depuis son époque ? Je vous laisse juges !!!
ARGO
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Barbey avait le mot juste et subtil, une syntaxe parfaite et envoûtante …